Des histoires pour vous

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Parution de « VOIX SANS ISSUE »

Trahisons, disparitions, meurtres… Quand la mort frappe, personne n’est à l’abri !

Un tueur en série rôde dans les rues du Vieux Lyon, des cadavres disparaissent mystérieusement à la morgue, ailleurs un homme enfermé dans une cave comprend que l’horreur ne fait que commencer… Sept récits qui vous feront trembler.

Derrière chaque crime, une histoire. Derrière chaque victime, une faute. Et au-delà des raisons de tuer. Enquêtes sous tension, victimes inaudibles, la mort rôde et frappe.

Troublant, glaçant, inoubliable, VOIX SANS ISSUE est une plongée dans les ténèbres. Une seule question demeure : jusqu’où êtes-vous prêt à aller ?

Plume acérée et imagination sans limite, Audrey Degal signe ici son 7e livre où le suspense est roi. Elle s’impose comme une nouvelle voix incontournable du thriller. Préparez-vous à une plongée vertigineuse où chaque page est un piège, chaque ligne une menace.

VOIX SANS ISSUE est le 7e livre d’Audrey Degal (auteure déjà récompensée par deux prix littéraires).

Vous pouvez le commander en ebook ou livre papier, sur internet ou auprès de votre libraire.

Le numéro d’ISBN suivant permet à tout libraire de le commander facilement :

pour commander un livre papier : 9782322525522
pour commander un ebook : 9782322667628 


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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE (suite 4)

Chères lectrices et chers lecteurs,

Voici le quatrième épisode de votre histoire à suspense « Paraître ou disparaître ».

Merci à toutes et à tous de partager cet article (notamment sur les groupes de lecture de Facebook, Instagram, Twitter…) pour en faire profiter d’autres lecteurs et faites fonctionner le « bouche à oreille » qui généralement marche pas mal du tout !

Un commentaire de votre part, un « J’aime » font toujours plaisir à l’auteure, un abonnement au site plus encore d’autant que cela ne vous engage en rien. En effet, il est triste de voir que certains lisent régulièrement sur mon site, voire reviennent tous les jours, profitent de mes écrits, de mon travail mais ne s’investissent pas en retour, retranchés derrière l’anonymat confortable des réseaux sociaux, surtout que s’abonner ou mettre un commentaire, ce n’est vraiment pas grand chose.

La fin de cette histoire à suspense paraîtra très prochainement mais avant je publierai un autre article concernant mes conseils de lecture car je dévore les romans.

Passez une bonne journée, une bonne semaine et à très bientôt !

Résumé de l’épisode précédent :

La police n’a rien trouvé d’anormal chez Éthan, resté enfermé dans la buanderie pendant leur visite. L’inconnu a répondu à leurs questions et une fois seul a libéré Éthan éberlué de se trouver en face de son double. Ce dernier prend sa place au travail si bien que le jeune trader peut profiter de ses journées et s’offrir tout ce qu’il n’avait pas le temps de faire ou d’acheter auparavant. Il baigne dans le bonheur.

La vie était belle pour Éthan qui s’habituait à l’oisiveté. Mais un soir, en rentrant d’une partie de squash dont il était devenu adepte, il fut étonné de ne pas trouver le repas prêt, comme c’était le cas tous les jours. Certes, il avait remarqué que la prestation de l’autre baissait en qualité depuis quelque temps. Les plats surgelés micro-ondables avaient peu à peu remplacé les dîners mitonnés et le petit déjeuner était désormais privé de jus de fruits frais, de viennoiseries chaudes, supplantés par des boissons aux couleurs alléchantes mais au goût insipide et par de simples biscottes.

Il était minuit trente quand son double rentra, le visage défait, les traits tirés. Il jeta ses affaires sur un fauteuil du salon et s’affala sur le lit où Éthan lisait. Quelque chose clochait.

            — Éthan, il faut qu’on parle !

            — Je t’écoute.

             Comme il ne décollait pas les yeux de son roman, l’autre s’énerva, lui arracha le livre des mains et monta d’un ton :

            — Je te parle. La semaine prochaine, tu reprends le boulot. Il faut que tu me remplaces. Je suis fatigué.

            — Si tu ne rentrais pas tous les soirs aussi tard.

            — Je fais ce que je veux. Si tu crois que c’est simple de se lever tôt pour préparer les repas de monsieur qui devient de plus en plus exigent d’ailleurs. Sans parler du linge, des courses… J’en ai assez d’autant qu’il y a trop de pression au boulot. On m’en demande plus, toujours plus !

            — C’était déjà comme ça avant !

            — Non, c’est devenu pire. Tu ne peux pas imaginer. Et puis tu as bien profité ces derniers temps : un voyage par ci, le ski, la mer, l’avion, la moto… J’ai besoin d’un break moi aussi.

— Impossible, la semaine prochaine je pars au Cap Vert. J’ai déjà réservé l’avion et l’hôtel. Il n’a jamais été question que je renonce ou que je reprenne le travail, selon notre accord ! Tu n’as qu’à…

            À ces mots, l’autre pivota brusquement et chevaucha le corps d’Éthan étendu sur le dos, les yeux rivés au plafond comme s’il y voyait le ciel bleu de ses prochaines destinations de voyage. Il l’immobilisa, bras coincés le long du buste à l’aide de ses jambes et il enserra sa gorge de ses deux mains aussi puissantes que des tenailles.

            — Regarde-moi bien et ouvre grand tes deux oreilles. D’abord, on n’a jamais passé d’accord. Je suis venu t’aider, c’est tout. Mais maintenant, c’est fini. Fini, tu entends !

            Sous lui, le jeune homme suffoquait, le visage rougi, les yeux exorbités. Il commençait à manquer d’air et redoublait d’efforts pour rester en vie. Puis l’autre relâcha légèrement son étreinte, même s’il renonçait encore à libérer sa proie. Son regard sanguin exprimait toujours une colère redoutable.

            — Pour le cas où tu n’aurais pas compris, je te répète que la semaine prochaine tu vas au taf à ma place. Ne t’avise pas de contester ou de te défausser. C’est clair ?

            Aucun son compréhensible n’émanait de la bouche d’Éthan mais les traces rouges qu’il garderait sur son cou pendant plusieurs jours s’occuperaient de lui rappeler qu’il n’avait pas le choix. Il se demandait pourquoi ce changement brusque et cette réaction violente et il cherchait dans son comportement ce qui avait pu causer ce retournement de situation qu’il redoutait depuis le début de leur cohabitation. Il se garda de poser la moindre question, trop occupé à retrouver sa respiration et craignant le courroux de son double. Par précaution, il décida de passer la nuit sur le canapé, loin de son agresseur qui prit la direction de la banque au petit matin en laissant derrière lui l’appartement dans un désordre inhabituel. Le réfrigérateur était presque vide et lorsqu’Éthan se leva, il dut se préparer lui-même un café qu’il avala difficilement tant son cou était tuméfié.

            Trop inquiet, il ne se rendit pas sur le green ce matin-là alors qu’il en avait pris l’habitude. Il consulta en ligne son compte en banque qui avait fructifié mais ne présentait pas d’anomalie, vérifia à deux reprises que la porte était bien verrouillée puis il se mit à fouiller l’appartement à la recherche de son arme, un pistolet acquis sous le manteau deux ans auparavant sur les conseils d’un collègue agressé en pleine nuit par deux voyous. La dégradation de la sécurité n’était pas un vain mot et Éthan ne voulait pas le vérifier à ses dépens.

            — Où sont les balles ? dit-il tout haut.

            Précautionneux, il avait pris soin de les ranger séparément. Il eut beau tout retourner, elles restaient introuvables. Il devrait en acheter.

            Il songea qu’il aurait dû prendre des cours de self-défense pour se prémunir contre le danger d’autant qu’il aurait eu le temps de s’impliquer et d’apprendre les rudiments. C’était trop tard à présent. Trop perturbé pour entreprendre quoi que ce soit ou pour sortir, il se contenta de téléphoner pour annuler son voyage, après quoi, il erra chez lui, échafaudant des stratagèmes pour palier à tous les cas de figures qui pourraient se présenter quand l’autre rentrerait et il redoutait ce moment.

            Fébrile, il passa le reste de sa journée dans le canapé où il finit par plonger dans des micro-sommeils peuplés de rêves sombres dans lesquels il essayait d’utiliser son pistolet sans jamais y parvenir. L’arme qui reposait sur ses cuisses glissa doucement à plusieurs reprises et il la rattrapait à chaque fois, recollant ainsi à la réalité ou du moins à ce qu’il croyait être la réalité.

            Le cliquetis d’une serrure qu’on ouvre le réveilla définitivement. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait tout fermé, sûr que ce bruit l’alerterait. Il ouvrit les yeux, se redressa, attendant l’autre de pied ferme. Quand l’intrus pénétra dans l’appartement, Éthan ne lui décrocha pas le moindre mot.

            — Salut, dit simplement l’arrivant.

            Il se dirigea vers la cuisine, remplit la bouilloire d’eau, la mit à chauffer et revint quelques instants après auprès d’Éthan en lui tendant une tasse de thé fumante.

— Attention, c’est chaud.

Éthan en perdit son latin. Il eut un geste brusque comme s’il se cabrait et en se levant il propulsa le darjeeling sur le carrelage ainsi que son arme. Le liquide brûlant évita de justesse le serveur. En heurtant le sol l’arme quant à elle émit un son métallique qui glaça le sang d’Éthan involontairement désarmé.

            — Qu’est-ce qu’il te prend ? C’est pas malin ! Tu aurais pu m’ébouillanter. Moi qui voulais te faire plaisir, c’est raté !

            L’autre semblait ne pas avoir remarqué l’arme.

            Éthan bondit alors, s’empara du révolver et le pointa sur sa cible.

            — Ne bouge pas ou je tire ! menaça-t-il, masquant difficilement le trouble qui l’agitait.

            Sa main tremblait.

            — Arrête Éthan, pose cette arme, tu sais comme moi qu’elle n’est pas chargée ! Il y a longtemps qu’on a perdu les balles. Range-la et cesse de t’exciter !

            L’intrus s’absenta quelques secondes et revint auprès de lui pour éponger le thé renversé. Ils se regardèrent droit dans les yeux, longuement.

            Éthan s’étonnait de le voir si tranquille et si gentil. Pourquoi changeait-il d’attitude ? Il avait imaginé tous les scénarios mais pas ce changement radical.

            — Je sais, c’est bizarre et tu ne comprends pas ce qui se passe moi non plus d’ailleurs ! Je suis désolé pour hier. J’étais fatigué. Excuse-moi !

            Tout en parlant, il rassemblait les morceaux de la tasse brisée dans une pelle pour les jeter.

            — Veux-tu que je te prépare une autre tasse ? demanda-t-il de façon extrêmement affable.

            Cette voix si douce et maintenant ce visage apaisé. Quel jeu jouait-il ? Voulait-il pousser Éthan à bout ? C’était une possibilité.

            — Sinon, si ça t’intéresse, au travail tout était ok et notre portefeuille d’actions se porte comme un charme. J’ai fait des placements et des investissements qui se sont avérés très rentables. Tu as raison : fais-toi plaisir, fais-nous plaisir, pars au Cap vert.

            Mais Éthan ne semblait pas avoir entendu.

            — Comment es-tu entré ?

            — Avec ma clé pardi ! Quelle drôle de question.

            — Quelle clé ?

            — Réfléchis : tu en as une donc moi aussi. Depuis le temps, tu devrais déjà le savoir.

            — Mais de quoi tu parles ?

            — Enfin Éthan, ça fait des mois qu’on fonctionne ainsi. Tu as oublié ? Tu m’inquiètes.

            Éthan commençait à douter. Si l’autre lui parlait maintenant de façon sympathique il fallait se méfier.

            — Et tu sors ce soir ?

            — Non, je préfère rester avec toi. On passe trop peu de temps ensemble.

            Éthan ne savait plus qui était la personne qu’il avait en face de lui. Pouvait-il lui faire confiance ?

            — Dans ce cas, jure-moi de ne plus m’agresser comme hier.

            — Je te l’ai déjà dit, je suis vraiment désolé. Ça ne se reproduira plus. Oublie ce qui s’est passé !

            Puis il changea de sujet.

            — Ce n’est pas tout mais le temps passe à une de ces vitesses ! Il est plus de vingt heures. Allume la télé, moi je m’occupe du dîner. Des lasagnes ça te tente ? J’ai acheté tous les ingrédients.

            L’autre redevenait à nouveau serviable et Éthan le regardait s’agiter tandis qu’il restait inerte, privé de toute énergie, perdu.

Il le regardait. Il se sentait chez lui alors que ce n’était pas son appartement.

Il le regardait s’occuper de tout.

Il se regardait lui.

Il se voyait vivre, marcher, parler.

Il n’était plus unique, il était deux.

            La tête basse comme si on l’avait grondé, il ouvrit le réfrigérateur que l’autre avait partiellement garni.

            Tout en préparant le repas, son double continuait de lui parler.

            — Tu travaillais trop, ça ne pouvait plus durer. Tu aurais fini par y laisser ta peau ou par avoir un accident cardiaque ou quelque chose comme ça ! Depuis que nous sommes deux, tu te sens mieux, reconnais-le.

            Il fallait bien admettre que l’autre avait raison. Depuis qu’il travaillait dans cette banque, Éthan avait dû faire ses preuves et se battre chaque jour pour être le meilleur puis le meilleur parmi les meilleurs. C’était une véritable guerre qu’il devait livrer pour se maintenir au top. Interdiction de faillir, impossible de ne pas atteindre les objectifs mensuellement fixés par la direction. Chimérique de croire qu’il pouvait tout faire en 35 heures par semaine car il en faisait le double. Hors de question d’être malade ou seulement fatigué. Impensable de rencontrer des problèmes familiaux et donc fonder une famille était inimaginable. Le paraître était aussi surveillé de près. Chacun devait soigner son apparence en toutes circonstances. Aucun écart n’était toléré : costume, cravate exigés… Jamais Éthan ne s’était rendu compte qu’à ce jeu pervers et dangereux il se dépossédait progressivement de son identité et que fondu dans une masse où tous finissaient par se ressembler, il disparaissait progressivement.

— Mets la table s’il te plaît. On gagnera du temps. Dans une demi-heure ce sera prêt. Ça sent bon hein !

            Éthan attrapa deux assiettes, deux verres, les couverts et les disposa sur les deux sets qui patientaient. Il ouvrit une bouteille de vin pour accompagner le repas, en versa un peu dans son verre et le sentit avant de le goûter

            — Bonne idée ce vin, fit l’autre.

Éthan tira ensuite une chaise et s’installa en attendant d’être servi.

            — Ah, je vois que tu recommences à m’accepter, à t’accepter devrais-je dire ! On forme un beau couple en somme !

            Tel un miroir ésotérique, quand Éthan regardait l’étranger, il se voyait. L’autre était lui. Lui était cet autre, à ceci près que son double débordait de vitalité, de force et prenait les décisions tandis que lui semblait subir la situation et être asthénique. Lequel des deux était le vrai Éthan ? Ils étaient parfaitement identiques : dans leur façon de s’exprimer, de se mouvoir, de réagir. Les deux pouvaient-ils continuer à coexister ?

            — Ça va être prêt. On commence par une petite salade.

            Éthan posa sa serviette sur ses genoux et soudain une question jaillit de sa bouche.

            — Comment es-tu arrivé là ?

            L’étranger interrompit ce qu’il faisait et réfléchit un instant.

            — J’aimerais bien te répondre mais je ne sais pas trop comment ça s’est produit. Je me souviens que je dormais et que je t’ai senti remuer à côté de moi, dans le lit.

            — Mais avant ça où étais-tu ? Tu étais bien quelque part !

            — J’ai envie de te dire oui mais je n’ai aucune réponse et j’ai les mêmes souvenirs que toi. La veille, j’étais au bureau, croulant comme toi sous les dossiers. Marine, du service de comptabilité est passée me voir avant de partir. Plus tard j’ai quitté l’agence, j’ai attrapé le métro à la volée et en descendant du TER, je suis rentré à la maison. Il n’y a pas à tortiller, je ne sais pas comment j’ai atterri là. D’ailleurs, puisque nous sommes les mêmes, je te retourne la question. Est-ce que ce n’est pas toi qui as fait irruption dans ma vie ?

            — Non, non ! Je suis Éthan !

            — Mais moi aussi ! Inutile de te torturer, pensons à autre chose. J’ai remplacé le réveil que tu as cassé. J’en ai acheté un tout neuf, encore mieux que le dernier.

            — Arrête. Ne change pas de sujet ! Pourquoi es-tu là ?

            — Comme je suis toi, il m’est impossible de répondre mais j’ai juste une petite idée.

            — Ah, dis-moi !

— Regarde-toi, tu devenais une loque, tu étais épuisé, tu avais un teint de déterré. À part ton travail, tu ne faisais rien d’autre. Moi, au contraire, j’ai une pêche d’enfer enfin jusqu’à ces derniers jours. Personne ne peut tenir ce rythme de fou et être privé de vie personnelle, personne ! Je crois qu’un ange a eu pitié de toi et m’a envoyé ou l’inverse : il a eu pitié de moi et t’a envoyé. Franchement, je ne sais plus qui est qui aujourd’hui. Maintenant que nous sommes deux, nous pouvons nous répartir les tâches. Moi non plus je ne peux pas tenir éternellement. On doit permuter !

Éthan l’écoutait, plus inquiet que dubitatif et s’il trouvait la situation toujours aussi étrange, il commençait à se sentir dépossédé de son être. Il était le véritable Éthan, il en était sûr et l’autre n’était qu’une doublure. Pas question de lui céder sa place. Il devrait disparaître de sa vie à un moment ou à un autre. La violence dont il avait fait preuve la veille quand il avait tenté de l’étrangler le conforta dans sa méfiance et ses certitudes d’être le modèle original, authentique, unique. Il avait souvent imaginé être deux : l’un qui aurait travaillé pendant que l’autre pourrait se prélasser, s’amuser ou dormir à loisir mais jamais il n’aurait imaginé que cela se produirait.

Après le repas, ils se détendirent face à une série policière diffusée à la télé puis gagnèrent ensemble la salle de bains. Là, face au miroir, Éthan se figea et s’obligea aussitôt à prendre un air plus décontracté afin que l’autre ne voie pas qu’il était profondément troublé. Que leurs reflets soient absolument identiques, il le savait mais que l’étranger affiche les mêmes traces d’étranglement au niveau du cou n’avait aucun sens puisqu’à aucun moment Éthan n’avait tenté de l’étouffer ou du moins il ne s’en souvenait pas. Quelque chose clochait.

— Donc demain c’est moi qui vais travailler. Tu prendras le relais la semaine prochaine.

La tête sur l’oreiller, le jeune homme se contenta de répondre à la proposition de son squatteur.

— OK !

Il ne savait pas comment l’autre avait surgi dans sa vie et il ignorait pourquoi il avait ces marques terribles au cou.

Éthan supposa qu’il devait tremper dans des affaires louches, qu’il s’était battu avec un individu peu scrupuleux, qu’il était victime d’un chantage ou d’un règlement de comptes… Que lui était-il arrivé pour qu’il porte les mêmes traces que lui ? Elles n’étaient pas apparues par enchantement, cela ne leur était jamais arrivé. Une blessure chez l’un ne déclenchait pas la même chez l’autre. Ils ne l’avaient jamais observé depuis qu’ils se côtoyaient. Il y avait donc une explication différente mais Éthan n’osa pas demander laquelle.

Il se positionna dans le lit dos à l’autre, en chien de fusil et échafauda mille et une interprétation possible, à tel point qu’il ne trouva pas le sommeil, convaincu qu’une menace dont il ignorait l’origine planait sur sa tête, sur leurs têtes.

AUDREY DEGAL

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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE (suite 2)

 Résumé de l’épisode précédent : 

Éthan qui a trouvé un étranger endormi chez lui, dans son lit, s’est d’abord réfugié dans un placard avant d’appeler la police. L’inconnu, toujours paisible, ne s’alarme pas de la réaction du jeune homme terrorisé et violent. Ce dernier rétablit l’électricité et s’introduit dans la buanderie en attendant l’intervention des forces de l’ordre. Mais la poignée casse, le condamnant à rester enfermé, incapable de répondre à l’agent qui sonne à l’interphone. Il entend du bruit. L’intrus s’est réveillé et répond aux sollicitations des policiers.

Bonne lecture et laissez-moi un petit commentaire, ça fait toujours plaisir !

— Oui, c’est bien moi ! Qu’est-ce que c’est ? …. La police !… Qu’est-ce qui se passe ?… Moi ?… Non, je ne vous ai pas appelés… Un intrus, chez moi, c’est une plaisanterie !… Excusez-moi, mais je vous assure qu’il n’y a personne d’autre que moi ici, je suis un peu surpris d’être dérangé en plein milieu de la nuit !

            L’inconnu semblait agacé et mal réveillé.

            — OK, OK, continua-t-il alors que les policiers insistaient, je comprends, vous devez vérifier. Je vous ouvre…. Troisième étage, porte gauche.

            Il actionna le déverrouillage de l’allée comme s’il était vraiment chez lui.

            Quelques instants plus tard, un policier toqua à la porte de façon discrète pour ne pas ameuter le voisinage.

            — Pouvons-nous entrer ?

            — Je vous en prie mais je vous assure que tout va bien.

            La porte d’entrée venait de se plaquer contre celle de la buanderie dont elle masquait désormais l’accès. Toujours retranché, Éthan venait de comprendre que si les agents ne la refermaient pas derrière eux, ils ne le découvriraient pas dans sa planque d’autant que l’inconnu venait de ramasser la poignée et le carré qu’il avait trouvés par terre.

            Éthan se rapprocha de la porte, posa une main sur le bois et prit une inspiration, prêt à appeler pour signaler sa présence.

            Il essaya mais aucun son ne sortait de sa bouche sans qu’il sût pourquoi. Quelque chose le dérangeait dans cette situation improbable. Il était en quelque sorte bloqué, entravé dans sa volonté par des forces contradictoires qui le dépassaient et son corps ne lui obéissait plus.

            C’était plus fort que lui, il n’arrivait pas à agir.  Était-ce l’émotion, l’excès de peur, la fatigue ? Il ne parvenait pas à comprendre pourquoi il restait muet alors que tout le poussait à sortir de ce guêpier. Il dut se concentrer pour pouvoir lever la main mais ses doigts se contentèrent seulement d’effleurer la porte, tout doucement. Il renonçait malgré lui.

La situation aurait pu être angoissante ou cocasse mais elle n’était ni l’un ni l’autre. Elle le troublait et plus encore la voix de l’intrus. Elle lui était familière, si familière : les intonations, les expressions, le ton… De plus, il connaissait l’appartement et s’y déplaçait apparemment sans hésiter. Peut-être s’agissait-il d’un voisin qui occupait le même logement, juste au-dessus ou juste au-dessous de lui et qui avait échafaudé un plan pour le piéger et lui faire avouer son code de carte bancaire. Mais il aurait déjà agi au lieu de se contenter de se coucher dans le même lit que lui. Il dut l’admettre : les intentions de l’intrus étaient différentes.

Il aurait payé cher pour connaître le fin mot de tout ceci mais même son compte en banque garni ne pouvait lui offrir cette délivrance. Il enragea tout à coup, comme un volcan éteint depuis des siècles et désormais au bord de l’implosion. Ses nerfs lâchaient. Il leva brusquement un poing fermé, prêt à marteler la porte de rage et d’accablement mêlés. Son geste s’arrêta là, en l’air, poing retenu par une main invisible ou une volonté extérieure qui prenait l’ascendant sur ses propres décisions. Son bras refusait de lui obéir. Il dut bien l’admettre : il était prisonnier de la buanderie, de lui-même et de ce squatteur. Alors il prêta l’oreille pour saisir la conversation qui se déroulait sans lui.

            — Oui, je vous dis que je dormais. Je ne sais pas qui vous a appelés. Vous pouvez regarder dans toutes les pièces, je n’ai rien à cacher !

            Les policiers, deux probablement, avancèrent dans le couloir. Éthan entendit les portes s’ouvrir et se refermer, des pas, des paroles entrecoupées de moments de silence.

            — Je travaille au Lcl, répondit l’inconnu à la demande des agents.

            — Lcl ?

— Oui, le Crédit Lyonnais.

— OK ! Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal ces jours-ci ?

— Non !

Les questions-réponses fusèrent pendant un bon moment. De toute évidence les policiers ne se contentaient pas d’inspecter visuellement tout l’appartement. L’intrus les suivaient pas à pas, les bras croisés, tapotant parfois du pied par terre pour leur faire comprendre qu’il s’impatientait.

            — Écoutez messieurs, je vous remercie d’être passés mais, comme vous pouvez le constater, il n’y a rien d’anormal et je ne cours aucun risque chez moi. Je commence tôt tout à l’heure, je suis encore fatigué et je voudrais bien me recoucher.

            — Bon, OK, je ne vois rien. Nous allons vous laisser. Mais s’il y a quoi que ce soit, n’hésitez pas, appelez !

            — Je n’y manquerai pas. Merci d’être intervenus.

            Et il les guida vers la sortie de l’appartement dont la porte était restée grande ouverte durant l’intervention après quoi il tourna la clé dans la serrure pour bien refermer derrière eux.

            En descendant les escaliers les deux agents, un jeune qui débutait dans le métier et l’autre la cinquantaine, restaient dubitatifs.

            — C’est bizarre tout de même !

            — Oh, tu sais, j’en ai tellement vu et entendu dans ma carrière que plus rien ne me surprend.

            — Ouais !

            — Si ça se trouve, il nous a bien appelés, pour un pari avec des copains ou parce que c’est un angoissé qui s’affole au moindre bruit nocturne ou… Ne cherche pas à comprendre. Un chat a peut-être fait tomber un pot de fleurs sur un balcon ou des voisins se sont disputés un peu trop fort… qu’est-ce que j’en sais, moi. La nuit, les gens ont peur, c’est tout. Allez, on a fait notre travail et tu as bien vu, rien ne clochait.

            Le jeune opinait de la tête à chaque supposition de son supérieur qui ajouta :

            — Parfois, il ne faut pas prendre à la légère les appels à l’aide. On ne sait jamais ! Pense à ce qui arrive à Jodie Foster, tu sais, dans le film Panic room. Tu n’étais peut-être pas né mais elle ouvre la porte aux forces de l’ordre et elle leur dit qu’il s’agit d’une erreur. Elle est souriante, sûre d’elle et plaisante aussi. Pourtant, des malfrats sont entrés dans sa maison et la menacent vraiment. Mais comme ils sont juste à côté, elle ne peut rien dire. C’est violent comme film. Enfin tu vois ce que je veux dire !

            — Oui. C’est pas facile de savoir qui dit la vérité.

            — C’est tout le problème de notre métier !

            La Dacia Duster où ils prirent place démarra et ils regagnèrent le poste où ils étaient de garde toute la nuit.

            L’appartement d’Éthan avait retrouvé son calme et un silence oppressant s’était emparé des lieux. Où était passé l’inconnu ? Que faisait-il ? Pour Éthan les secondes, les minutes semblaient s’éterniser. Que se passait-il de l’autre côté de la porte, dans le couloir. Tel un aveugle il guettait le moindre son dans l’espoir de percevoir quelque chose. Il tentait de contrôler sa respiration tout en espérant que l’autre l’oublierait, retournerait se coucher et mieux encore quitterait l’appartement.

            Soudain un bruit métallique creva l’atmosphère cotonneuse dans laquelle il se sentait à l’abri. Le carré métallique venait de retrouver sa place ainsi que la poignée et la porte s’ouvrit. L’étranger se dressait au beau milieu de l’encadrement, solidement campé sur ses jambes.

            — Qu’est-ce que tu fous enfermé là-dedans, Éthan ? Heureusement que je suis là ! Tu as l’air frigorifié. Enfile donc le peignoir qui traîne sur le sèche-linge et sors de là. On va se recoucher, je suis crevé !

            Tel un petit garçon bien obéissant, Éthan suivit scrupuleusement aux conseils que l’autre lui donnait. Il était incapable de réfléchir, incapable de rétorquer, incapable de questionner, incapable de comprendre.

            Il secoua légèrement la tête comme si ce mouvement pouvait lui permettre de remettre ses idées en place.  Ses gestes étaient lents, hésitants, mal assurés. Les pans de son peignoir mal ajustés pendaient inégalement et sa ceinture approximativement nouée menaçait de se défaire. Il devait reprendre ses esprits. Il tourna les yeux vers l’autre qui l’attendait patiemment et se plongea intensément dans son regard.

            C’est à ce moment précis qu’enfin il comprit.

Il comprit pourquoi il connaissait cette voix.

            Il comprit qu’il avait déjà rencontré cet étranger.

            Il savait tout de lui à commencer par son nom.

            Comment n’avait-il pas pensé à lui dès le début ?

            C’était inouï mais si évident !

            Sans un mot, résigné et vaincu avant même d’avoir livré bataille, il dépassa l’autre, heurtant son épaule sur son passage, se dirigea tout droit vers la chambre tel un automate, s’allongea sur un bord du lit, se couvrit, éteignit la lumière mais garda les yeux grands ouverts, luttant pour vaincre l’épuisement et ne pas dormir. Mais le sommeil finit par le terrasser.

            L’autre, étendu juste à côté, ne tarda pas à ronfler, insouciant et serein.

*

            La sonnerie du réveil-matin, détruit la veille, ne tira pas Éthan de ses rêves agités. En revanche, une agréable et inhabituelle odeur de café chaud et de tartines grillées s’invita jusque dans la chambre et vint délicatement taquiner ses narines. Malgré toute cette douceur, il se redressa brutalement. La réalité venait de le rattraper et les événements de la nuit lui revinrent pleinement en mémoire.

Il repoussa les draps qui s’étaient emmêlés autour de ses chevilles et les entravaient et, à pas de loup, s’avança vers la cuisine pour pouvoir observer ce que l’autre faisait. Avec un naturel déstabilisant, l’intrus sifflotait un air bien connu et, sans aucune gêne, ouvrait les placards ou le frigo pour dresser la table d’un petit-déjeuner copieux, que d’habitude, Éthan trop pressé ne prenait jamais.

— Arrête de faire l’idiot, dit-il alors qu’il avait senti sa présence. Regarde, je t’ai pressé deux oranges. Viens, approche et installe-toi.

Éthan ne parvenait pas à répondre quoi que ce fût. Il avait l’impression d’être tombé au fond d’un puits, d’avoir passé la nuit dans une eau putride et d’avoir tenté vainement de gravir les parois abruptes qui auraient déchiré ses doigts et usé ses ongles. Mais ses papilles sollicitées par les senteurs qui émanaient de la table lui disaient au contraire qu’il était un roi et que quelqu’un veillait à son bien-être.

            — Fais comme chez toi !

            Éthan réagit à cette remarque en sursautant.

— Relaxe, mec, je te taquine. Tu as les nerfs à fleur de peau ! C’est dingue !

            Éthan se contentait de suivre les moindres gestes de l’étranger, ses déplacements et de l’écouter.

— Assieds-toi et déguste. Prends le temps pour une fois, fais-toi plaisir !

L’inconnu donnait le sentiment d’être très à l’aise. Il lui parlait comme si c’était naturel et qu’il avait l’habitude de converser avec lui.

Entre les toasts briochés dorés, le café impeccablement dosé et goûteux, le jus de fruit savoureux, Éthan finit par se laisser aller jusqu’à se sentir plus détendu. Après tout, il était certain que l’autre ne lui voulait aucun mal.

— Ne bouge pas ! fit l’étranger.

Il s’éclipsa dans la chambre et réapparut quelques minutes plus tard, vêtu du costume préféré d’Éthan qui lui allait comme un gant.

— Je te laisse, je vais bosser ! Profite de ta journée.           

Éthan parvint enfin à articuler :

— Mais… mais … où allez- v…

Il rectifia :

— Où vas-tu ?

            — Au bureau, au LCL pardi ! Toi, tu te reposes. À ce soir !

            La porte d’entrée qui claque, le moteur d’une voiture que l’on démarre dans la rue, la sienne, et un départ sur les chapeaux de roue. L’étranger avait filé.

Le retour au silence le plus complet et la solitude achevèrent de déconcerter Éthan dont les mâchoires devenues immobiles ne parvenaient plus à venir à bout du pain au chocolat dans lequel il avait croqué.

            — C’est une histoire de fous, dit-il tout haut.

            Il parcourut du regard son appartement, s’arrêta sur l’heure affichée à l’écran de la télé muette. Hébété, désorienté, il ne savait que faire.

            Il décida d’attendre une heure au terme de laquelle il appellerait le boulot pour dire qu’il se sentait mal et n’irait pas travailler. Après tout, on ne pouvait pas lui reprocher cette petite entorse alors qu’il n’était jamais absent.

            — Lcl bonjour ! Que puis-je pour vous ?

— Allo, oui…bonjour… !

            Tout à coup, il hésita. Était-ce la bonne stratégie que de mentir ? Qu’avait-il à perdre ? Cette journée lui serait salutaire. Il avait tant besoin de se reposer, de couper avec cette vie trépidante qu’il s’imposait depuis trop longtemps. Mais sans qu’il le veuille vraiment, un autre mensonge s’invita dans la conversation.

            — Je me présente, monsieur Lantignac à l’appareil. Je suis le directeur de la société Intratech gérée par monsieur Boccello Éthan. Pourrais-je lui parler ?

            On allait bien sûr lui répondre qu’Éthan Boccello n’était pas encore arrivé mais on ne lui dirait pas qu’il était encore attablé devant son petit-déjeuner. Contre toute attente, la réponse fut différente de ce qu’il avait imaginé.

            — Oui, bien entendu. Il vient juste d’arriver. Ne quittez pas monsieur Lantignac, je vous le passe tout de suite !

            Éthan voulut se raviser et dire qu’il le rappellerait plus tard mais la communication avait déjà basculé et, à l’autre bout du fil il l’entendit, lui, l’étranger.

            — Éthan, c’est toi. C’est sympa d’appeler.

            — Comment… ?

            — Ne te fais pas de soucis, je gère. Je connais ton boulot aussi bien que toi. Ne t’inquiète pas ! Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

            Éthan avait raccroché et il jeta le téléphone devant lui comme s’il lui brûlait la main.

            La situation lui paraissait si irréelle qu’il crut un instant qu’il avait sombré dans la folie. Peut-être qu’il se trouvait coincé dans la quatrième dimension. Peut-être que ses amis allaient sonner à la porte, accompagnés d’un caméraman et d’un producteur de télévision. Peut-être qu’un burn-out produisait ce type d’hallucinations. Peut-être que…

C’était pourtant la vérité.

C’était inexplicable mais un autre Éthan, en tous points conforme à lui, l’avait remplacé.

Il tourna en rond chez lui, se mit à lire, reposa aussitôt son livre, retourna se coucher sans conviction, se releva, alluma la télé sans la regarder, surfa sur internet sans idée précise, essaya d’appeler un ami avant de raccrocher… Déboussolé était le terme qui lui correspondait. Il avait tout son temps mais ne savait qu’en faire comme quelqu’un qui deviendrait subitement riche et ne saurait comment dépenser sa fortune. Puis, tout s’éclaira. À quoi bon chercher à comprendre ? À quoi bon lutter ? Il était libre et il pouvait donc profiter de sa journée. L’autre venait de lui offrir l’occasion de disparaître des radars pour faire ce que bon lui semblait. Les apparences étaient sauves : à la banque l’autre le remplaçait.

*

            Oui, totalement libre !

            Le trader du LCL avait virtuellement largué les amarres, brisé ses chaînes et il se sentit pousser des ailes.

            Pour la première fois depuis cinq longues années, au cours desquelles il avait dû faire ses preuves, écrasant de redoutables jeunes loups comme lui désireux de franchir les obstacles les premiers, il flânait.

            Il se rendit d’abord au musée des arts contemporains, erra dans les galeries, s’attarda devant les œuvres des plus grands artistes avant de sortir pour déjeuner chez un chef étoilé. Là, il ne se refusa rien. L’argent accumulé est fait pour être dépensé, se disait-il et ses comptes étaient bien garnis. Il suivit le conseil du sommelier et commanda un Saint-Émilion Grand Cru Château Angélus de 2018 qui s’accordait avec le menu choisi : coquilles Saint Jacques grillées, truffes Mélanosporum, bar à la vapeur, légumes glacés et foie gras, pigeon farci en cocotte sauce Salmis et Butternut rôtis, fromages de France et poire aux amandes et chocolat Valrhôna. La présentation était exquise et son palais flatté. L’après-midi, il s’accorda un plaisir qu’il reportait sans cesse : une séance au cinéma. Il essaya ensuite nombre de costumes avant d’opter pour la confection sur mesure. Il se promena le long des quais du Rhône et, comme le soleil déclinait il songea à rentrer.

            Sur le trottoir, mains enfoncées dans les poches de son manteau, il stoppa net. Et si l’autre revenait ! C’était un risque à prendre et de toute façon il n’avait pas le choix. Il gérerait la situation qui se présenterait.

            Il songea un instant qu’il pourrait se barricader dans son appartement et lui faire comprendre qu’il devait partir. Mais après tout, cette journée inespérée avait été profitable voire très agréable et il se sentait régénéré. Peut-être que ce remplaçant inespéré lui permettrait encore de se détendre en se rendant à sa place au travail. Il devait en profiter.

Il divaguait une fois de plus, son esprit faisait le grand écart, accaparé par des hypothèses antinomiques. Soudain, un postulat surprenant surgit, auquel il ne s’attendait pas : et si ce double ne rentrait pas, s’il disparaissait et que cette journée n’était qu’un aperçu voué à ne pas être reconduit. Cette pensée démente signifiait-elle qu’il voulait que l’autre reste ?

Il n’avait pas franchi le seuil de l’appartement qu’une senteur de cuisine épicée l’invita à entrer. Épicurien dans l’âme il adorait bien manger.

— Salut ! La journée s’est bien passée, s’enquit l’intrus.

Il était là, de retour.

            — Oui, très bien !

            Éthan réussissait enfin à lui parler.

            — Super, c’était l’objectif. Regarde, je t’ai préparé un tajine de poulet mais je ne dîne pas avec toi. Je file.

            — Tu files, et tu vas où ?

            — Je sors m’aérer un peu. Ta vie est rude et monotone. J’ai besoin de souffler. Ne m’attends pas, je dîne dehors et je risque de rentrer tard. Fais ce que tu veux de ton côté !

            — Et demain ?

            — Demain, je vais bosser à ta place, évidemment !

— Évidemment, répéta Éthan décontenancé.

L’inconnu doublé du cuistot ôta son tablier de cuisine sous lequel il était déjà apprêté pour sortir. Il attrapa sa pochette et ses clés au vol et avant de s’échapper adressa un petit signe de la main à son double.

— À plus !

Éthan aurait pu et aurait dû s’interroger davantage tant la situation était étrange. Il aurait pu et aurait dû poser les questions qui lui brûlaient les lèvres mais il préféra se raviser. Il craignait les réponses que l’autre pourrait lui apporter et il préférait profiter de cette aubaine, cette liberté soudaine, ces loisirs dont il avait oublié l’importance. Ce seul mot, « loisirs » avait disparu de son vocabulaire. Il s’attabla, dégusta le plat que l’autre lui avait préparé, geeka pendant des heures sur internet, visionna une série Netflix qu’il voulait voir depuis des lustres et après un bain, se rendit chez un concessionnaire Ducati encore ouvert pour s’acheter la moto dont il avait toujours rêvé. Puis il rentra, heureux, et il alla se coucher.

Pour la première fois, il n’avala aucun somnifère et dormit d’un sommeil aussi paisible que réparateur.

Le lendemain, l’autre se leva bien avant lui et, comme la veille, il lui concocta les repas de la journée avant de s’éclipser pour prendre sa place au travail.

Au fil des mois, Éthan avait pris de l’assurance et devenait hédoniste. Il alternait les journées consacrées au sport, aux parties de golf, il s’était inscrit dans un club pour passer le brevet de pilote dont il rêvait depuis l’enfance et il songeait déjà à s’offrir un jet privé léger. Il disposait des fonds nécessaires, il lui suffirait de faire un petit crédit pour compléter le financement. Pourquoi se priver ? L’autre se démenait au travail et les primes tombaient régulièrement. Au guidon de sa moto, il parcourait la France et n’avait pas pu résister à découvrir le Portugal, poussant le trajet jusqu’à l’Algarve. Il se prenait parfois pour Tom Cruise dans « Top Gun » et quand il roulait, il se moquait des limitations de vitesse. L’autre s’occuperait de les endosser.

*

Le rythme adopté par le couple était bien rodé : Le clone, cet autre lui-même qui n’était plus un inconnu, se rendait quotidiennement à la banque, enchaînait à sa place les heures de travail, les appels téléphoniques, les dossiers vertigineux, les déplacements d’affaires et le soir ou le week-end Éthan l’abandonnait pour sortir, aller au ski ou partir en voyage. Il ne s’absentait jamais plus de deux ou trois jours, soucieux que son double reprenne bien le boulot où il excellait. Éthan ne manquait pas non plus de surveiller son remplaçant car pour pouvoir continuer à profiter encore longtemps de la situation il fallait que tout fonctionne. Finalement, à part dormir dans le même lit, les deux hommes se voyaient peu et Éthan dévorait la vie, insouciant des lendemains.

Mais le bonheur est chose fragile, chacun le sait, et sans prévenir il peut s’éclipser. Les hommes s’habituent si facilement à être heureux ! Trop sans doute !

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Merci à toutes et à tous et à bientôt pour découvrir la suite !

AUDREY DEGAL


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Abbaye de Valmagne et mon roman « Le Manuscrit venu d’ailleurs »

Bonjour à toutes et à tous ,

Je ne devais pas produire de nouvel article avant janvier 2023, le temps de m’installer dans ma nouvelle demeure dans le sud mais aujourd’hui je fais une entorse à cette règle pour une bonne raison.

En effet, samedi 19 novembre 2022, j’ai visité la magnifique abbaye de Valmagne et, je dois bien avouer qu’en me promenant dans cet édifice du XIIe siècle, j’ai eu le sentiment très étrange de retrouver les personnages de mon roman « Le Manuscrit venu d’ailleurs » et de me retrouver mes propres pages, de parcourir les lieux inquiétants dans lesquels j’avais moi-même plongé les protagonistes de mon roman. Bien sûr, celles et ceux qui ont déjà lu ce roman (et je vous en remercie) savent que la partie consacrée à l’abbaye n’occupe qu’une place restreinte de mon récit qui se déroule à notre époque et en d’autres lieux. Mais je me devais, après cette visite de Valmagne, de vous faire ressentir et « visiter » ce qui ressemble fort au décor que j’ai planté et imaginé pour écrire « Le Manuscrit venu d’ailleurs ». J’ai donc accompagné cet article d’extraits de mon roman qui coïncident avec ma visite et les photos ci-dessous.

Bonne promenade !

Tout d’abord, remarquez la verticalité de l’abbaye dont la salle principale, l’ancienne église en fait, (voir première image de cet article) vaste, large et profonde n’a rien à envier à Notre-Dame de Paris car elle ne lui est inférieure que de 10 mètres. Remarquez aussi les hauts murs extérieurs que l’on retrouve dans mon roman que je cite au moment ou Jonathan Gentil approche de l’abbaye de Saint Ambroisius :

« Il se retrouva à l’orée d’une clairière. Au milieu de celle-ci, un immense bâtiment gris particulièrement austère dominait, érigé là depuis des siècles. La nuit sans lune, qui baignait maintenant les alentours, ne parvenait pas à dessiner les contours du bâtiment. Le silence s’était aussi emparé des lieux. Même les oiseaux semblaient intimidés. Ils avaient cessé de chanter.

Jonathan progressa dans le noir vers la masse sombre qui grossissait au fur et à mesure qu’il avançait. Où était l’entrée de la bâtisse ? Il pensait l’avoir repérée de loin, juste à la sortie du bois, comme il croyait avoir entrevu une immense porte. Mais plus il approchait, moins il en était sûr. Peut-être avait-il dévié de son cap. Peut-être qu’il ne s’agissait que de murs en ruine plus ou moins noirs. Peut-être que l’entrée se trouvait de l’autre côté…

Il comprit tout le sens de l’expression « se trouver au pied du mur » lorsque ses mains heurtèrent une paroi en pierre extrêmement froide. Il savait pertinemment que celle-ci courait de part et d’autre sur des centaines de mètres. Il avait évalué la hauteur considérable des murs devant lesquels il se trouvait. Franchir l’obstacle en passant par-dessus était impossible. Il n’avait pas d’autre alternative que d’avancer à tâtons pour suivre cette sorte de barrière défensive. »

Plus loin, Jonathan pénètre dans l’abbaye. Il découvre une fontaine, on le fait attendre proche du cloître (qui signifie à l’origine « clôture ») et vous remarquerez la similitude entre le passage de mon roman et les photos prises ce week-end que vous trouvez insérées dans cet article. Ci-après un autre passage de mon roman :

« À peine eut-il franchi le seuil qu’il entendit la porte se refermer derrière lui. Le moine donna deux tours de clé et poussa deux énormes verrous. Jonathan se sentit pris dans un piège.

Sans un mot, son guide s’éloigna. Le jeune chercheur dut lui emboîter rapidement le pas pour ne pas rester seul, égaré dans cette enceinte lugubre. Ainsi, l’un derrière l’autre, ils traversèrent une grande cour sombre surplombée de murs élancés apparemment dépourvus de fenêtres. L’endroit n’était pas rassurant. Au centre, une masse se détachait. Il s’agissait probablement d’une fontaine comme le gargouillis de l’eau qui s’en échappait pouvait le laisser supposer.

Quelques instants plus tard, ils pénétrèrent dans la bâtisse principale. On le pria de s’asseoir sur un long banc en bois brut patiné, plaqué contre la pierre noircie par le temps. C’était le seul mobilier de cette pièce froide. À ce moment-là, Jonathan comprit qu’il était vraiment seul, loin de la civilisation, à la merci de ses hôtes. Trop heureux, il n’avait pris aucune précaution avant de partir et personne ne savait où il était allé. Il avait conscience qu’il se trouvait dans la situation exacte qui fait trembler les lecteurs de romans policiers, quand un témoin suit une piste dangereuse en oubliant de dire où il s’est rendu. On le découvre généralement mort, quelques pages plus loin, assassiné et son corps abandonné au milieu de nulle part où personne ne le retrouve jamais. Cette seule idée lui glaça le sang. Personne ne s’inquièterait de sa disparition avant longtemps. En temps normal, l’atmosphère glauque des lieux et l’accueil glacial de son hôte l’auraient poussé à rebrousser chemin sans demander son reste. Mais il n’avait pas fait tant d’efforts pour renoncer si près du but. »

Il est vrai que l’abbaye de Valmagne est impressionnante et comme mon personnage se rend de nuit dans le monastère du roman lequel est situé loin de tout, il est très inquiet et se sent même en danger. D’ailleurs ce qui se passe au sein du monastère ne le rassure pas puisqu’il y a des gardes, qu’un moine disparaît et qu’il existe des salles cachées. Il aperçoit cependant une fontaine, que vous voyez aussi sur une photo. Les moines de Valmagne s’y lavaient les mains pour les purifier, avant de se rendre au réfectoire. Sauf erreur de ma part, il ne subsiste en France que deux abbayes qui possèdent encore leur fontaine, dont Valmagne.

La petite pièce que vous voyez ensuite en photo, pourvue d’un bureau et de deux chaises est la sacristie. Elle comporte une archivolte romane ornée d’une frise en dents de scie. Elle servait souvent de chapelle au prieur. Elle pourrait tout à fait correspondre, dans « Le Manuscrit venu d’ailleurs » à l’endroit où Jonathan rencontre le prieur, homme intimidant, voire inquiétant, doté d’un personnalité hors du commun.

« — Monsieur Jonathan Gentil, je suppose ! Asseyez-vous, fit le religieux présent dans la pièce, sur un ton étonnamment calme. Nous vous attendions plus tôt !

L’homme était installé à son bureau placé au beau milieu de la pièce et n’avait pas encore levé les yeux. Il finissait d’écrire.

Il s’agissait d’un individu âgé dont la tonsure dessinait une couronne blanche sur le pourtour de son crâne. Sa main droite tremblotait mais lorsqu’il redressa la tête, il plongea son regard bleu perçant dans celui de Jonathan. Il semblait lire en lui à livre ouvert.

— Comme vous l’avez peut-être deviné, je suis le prieur de cette abbaye.

Il marqua une pause, délaissa la feuille qu’il tenait entre ses doigts flétris par l’âge et reprit :

— Jeune homme, j’ai accédé à votre demande à titre tout à fait exceptionnel, car j’ai été sensible à votre motivation, à votre persévérance et bien sûr à vos diplômes d’archéologie et de littérature médiévale. Vous êtes une des rares personnes que j’autorise à franchir ces murs et vous comprendrez qu’il vous faudra obligatoirement respecter nos règles de vie même si elles vous paraissent parfois contraignantes et moyenâgeuses. Tout d’abord, la journée commence le matin généralement à 4 heures par la prière et s’achève le soir, à 22 heures, de la même façon. Le reste du temps, chacun vaque à ses activités. Vous prendrez vos repas avec les moines, dans la salle à manger, et une cellule vous sera assignée que vous ne devrez pas quitter sans notre autorisation. Pour tous vos déplacements au sein de l’abbaye, qui est immense, vous serez accompagné du frère que l’on va vous présenter. Bien entendu, il vous faudra faire preuve de la plus grande discrétion quant à l’existence de notre monastère et de ce que vous allez y découvrir. Sachez que je ne tolérerai aucune entorse à nos usages sans quoi vous seriez aussitôt reconduit hors de nos murs, sans possibilité d’y revenir jamais ! J’espère que vous avez bien compris.

Les propos du prieur résonnaient comme un avertissement. Jonathan avala bruyamment sa salive puis resta sans voix, décontenancé par cette entrée en matière abrupte à laquelle il ne s’attendait pas. Elle ne détonnait pas avec l’atmosphère austère de l’abbaye. »

Les trois dernières photos de ce diaporama vous permettent par ailleurs de découvrir d’autres salles, d’autres lieux importants dans une abbaye. La première est probablement la plus belle, particulièrement bien conservée et j’imagine volontiers mes personnages, Annabelle, Jonathan, Raphaël, le prieur ou le frère Guillaume s’y rendre. Il s’agit de la salle capitulaire, laquelle était le lieu où se réunissaient les moines. On y lisait un chapitre de la Règle et les moines « battaient leurs coulpes » (ce qui signifie qu’ils révélaient aux autres les pêchés qu’ils avaient commis, la coulpe étant la poitrine. On retrouve cette expression dans bien des chansons de geste (une est à votre disposition en cliquant dans le « Menu » puis « Littérature médiévale »)). L’avant dernière photo, plus petite, représente un endroit plus qu’un lieu. Celui-ci s’appelle l’armarium, sorte de petite bibliothèque puisque les moines déposaient leurs livres de prières lorsqu’ils quittaient l’église, dans ce renfoncement creusé dans la pierre. Dans la dernière photo, je me trouve dans une des quatre parties du cloître où je me suis plu à imaginer les moines contraints au silence parcourir ces allées entourées de murs. Bien entendu, je n’ai pu m’empêcher d’établir un lien avec mon roman.

« Jonathan aurait voulu apprécier un peu plus longtemps ce moment de quiétude matinal mais Frère Bastien commençait à s’impatienter et le lui faisait sentir. Il n’y avait plus personne dans la salle. Ils débarrassèrent rapidement, se levèrent et quittèrent le réfectoire.

            — Qu’avez-vous prévu au programme ce matin ? demanda l’étudiant impatient. J’espère que je pourrai enfin accéder à la grande bibliothèque ! C’est essentiel pour mes recherches.

            La question était claire mais le moine se contenta de répondre de façon toujours aussi laconique :

            — Suivez-moi !

            Ils empruntèrent à nouveau un dédale de couloirs avant de déboucher sur un cloître dont les dimensions étaient proportionnelles à l’immensité de l’abbaye. Il était entouré de hautes colonnes remarquablement ouvragées qui soutenaient un toit destiné à abriter une coursive. Celle-ci courait en hauteur sur tout le pourtour d’un jardin carré lui-même entrecoupé de chemins étroits, pavés. À chaque intersection, des statues blanchâtres, vierges, saints, martyrs, semblaient veiller sur ce lieu. Une atmosphère de recueillement régnait, propice à la méditation. Jonathan ressentit à ce moment-là un léger frisson. Heureusement, la nature omniprésente lui permit de reprendre rapidement le dessus. Des arbres aux essences variées, sur lesquels des feuilles récalcitrantes résistaient encore aux assauts de la saison, l’agrémentaient. Ils montaient en flèche vers le ciel comme s’ils voulaient escalader les murs en quête d’un peu de lumière ou bien s’évader. L’atmosphère pesante de ces lieux semblait les incommoder eux aussi.

Jonathan, qui s’était largement documenté avant de venir, devina qu’il venait de pénétrer dans le Saint des Saints, partie habituellement réservée au prieur et aux copistes, comme c’était le cas dans la plupart des monastères. La bibliothèque principale et il l’espérait le scriptorium étaient sans doute proches. Il sentit son pouls accélérer. Il allait peut-être bientôt admirer ce pour quoi il s’était tant battu ces dernières années, à coups d’arguments, d’attestations, de courriers, ce pourquoi il luttait contre la peur qu’il ressentait dans cette abbaye, convaincu d’être à un tournant important de sa vie.

Il pensait qu’ils allaient descendre mais au contraire, ils gravirent quelques marches pour parvenir de l’autre côté du péristyle où le moine bifurqua brusquement à droite comme s’il venait de prendre une décision hâtive. Ils se retrouvèrent dans une salle intermédiaire relativement petite, au mobilier restreint. Là, frère Bastien discuta un instant avec un moine installé derrière un pupitre. Il était plongé dans la lecture d’un manuscrit qui, à première vue, et à lui seul, aurait récompensé n’importe quel chercheur en visite à l’abbaye mais pas Jonathan. Ce dernier entendit qu’on prononçait son nom. Après un temps de réflexion qui parut durer longtemps, le moine lui décocha un regard méfiant et griffonna à la va-vite quelque chose sur un calepin. Il plongea ensuite une main dans un tiroir, en sortit une clé digne d’une nouvelle des Contes de la crypte et se leva pour ouvrir une porte dérobée située juste derrière lui, porte que l’étudiant n’avait pas remarquée. Elle était aussi grise que les murs de la pièce et se confondait avec eux. L’homme n’attendit pas davantage pour retourner s’asseoir. Il semblait déjà les avoir oubliés.        

     Le guide poussa lentement la porte qui s’écarta dans un grincement tel que Jonathan associa le bruit à l’ouverture d’un sarcophage. Il était toujours aussi désireux de découvrir les trésors de cette abbaye mais ce n’était pas sans crainte. Il se demandait si sa soif de connaissances n’allait pas l’emmener dans un endroit interdit au commun des mortels duquel il ne reviendrait jamais. Au-delà, le noir absolu régnait en maître et un courant d’air frais provenant des profondeurs de la Terre, remonta, tourbillonna autour de lui, l’enveloppa tel un drap mortuaire, pour finalement le glacer. Le jeune homme s’efforçait, tant bien que mal, de masquer la frayeur qu’il éprouvait à l’idée de descendre dans cet abîme. »

Voilà, chères lectrices et chers lecteurs, je ne vous ai présenté que quelques salles de l’abbaye de Valmagne et à peine quelques pages de mon roman « Le Manuscrit venu d’ailleurs » qui ne se limite pas à l’évocation du prieuré. Ce lieu est envoûtant, comme mon roman. Cependant, d’autres lieux, d’autres personnages peuplent mes pages mais je ne pouvais pas vous les présenter ici car ils sont moins en relation avec ma visite. Si vous voulez en savoir davantage, je vous invite vivement à vous procurer mon roman, à vous glisser entre les pages et à mener l’enquête (car il s’agit bien d’une enquête à suspense). Je vous rappelle qu’il est disponible en livre papier ou en ebook sur commande chez tous les libraires ou sur internet (comme tous mes romans).

Si vous voulez dynamiser vous aussi ce site d’auteur, rappelez-vous que s’abonner augmente le référencement du site sur Google, ce qui est essentiel, que les auteurs n’existent que s’ils sont lus et pour cela il faut bien que les passionnés achètent leurs romans, n’est-ce pas ! Un roman s’offre aussi pour Noël et vous avez le choix parmi les 5 romans que j’ai déjà publiés (voir « Polars, thrillers, romans » dans le menu.)

A bientôt pour de nouvelles histoires, pour l’évocation de livres que j’ai lus (et j’en ai lu beaucoup, certains m’ont plu et d’autres déplu), pour évoquer mon prochain roman etc.

Portez-vous bien !

Audrey Degal


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LE CERCLE, Minier

Bonsoir à toutes et à tous, 

J’ai beaucoup lu, j’ai énormément lu pendant le confinement mais j’ai aussi eu un travail colossal pour adapter ma pédagogie à mes élèves alors qu’ils n’étaient plus face à moi. Alors, je n’ai pas pris et pas eu le temps de vous livrer mes impressions de lectures. Je me rattrape un peu aujourd’hui. 

L’un des derniers romans parcourus est « Ne le dis à personne », d’Harlan Coben, sur lequel je ne m’étendrai pas. J’ai eu du mal en entrer dans le livre (beaucoup de personnages, impression de confusion…) même si le mystère perce rapidement les premières pages. Peut-être ai-je eu cette impression parce qu’il s’agit d’une traduction. Je ne sais pas. Au bout d’un moment, poussée par l’irrésistible désir de savoir qui et pourquoi autour d’un mystère bien imaginé, je me suis laissée prendre par l’intrigue . Je n’ai pas accroché à tous les chapitres mais j’ai éprouvé l’impérieuse curiosité de découvrir la fin, laquelle est séduisante même si je me doutais que le dénouement serait celui-ci. 

Ensuite, j’ai lu « Le Cercle » de Bernard Minier. Le premier chapitre ouvre la porte à bien des questions qui vous poussent dans la lecture, même si à la fin je n’ai pas vraiment compris pourquoi l’auteur a placé cette digression initiale, certes en lien avec l’intrigue principale et alléchante en termes d’interrogations, mais que j’ai trouvée un peu artificielle. Ceci mis à part, le roman m’a accaparée, le suspense et l’enquête sont savamment distillés et l’on suit Servaz, le policier, pas à pas, en lecteurs passionnés. C’est le premier roman que je lisais de Minier, j’ai ensuite acheté tous les autres pour les lire aussi, tant j’ai été séduite par des récits bien conçus, aiguisés, affutés, riches en rebondissements. Certes, en tant que professeure de lettres je reste perplexe quant à l’emploi fréquent de subordonnées dépourvues de propositions principales pour les emmener, mais si c’est le choix de l’auteur qui y voit une autre façon de s’exprimer et de dynamiser son texte, pourquoi pas ! Peut-être est-ce aussi dû à des choix éditoriaux et dans ce cas, c’est dommage pour la langue française.

Le crime initial qui lance l’histoire est divinement imaginé et le lecteur s’interroge quant à la mise en scène macabre qu’il découvre (corps retrouvé dans une baignoire, ligoté avec une lampe dans la bouche). Original et en aucun cas gratuit de la part de Bernard Minier puisque lorsque l’explication surgit, elle est d’une logique implacable. La progression de l’intrigue vous emporte irrésistiblement, vous fait douter et vous dirige vers une fin dense et prodigieuse. 

Je ne vous raconterai pas l’histoire, vous trouverez des résumés de partout sur le net. En revanche, je vous livre ici mon avis, mes impressions, lesquelles vous guideront peut-être pour choisir vos prochaines lectures. 

En définitive, j’ai apprécié la plume de l’auteur et le récit vraiment palpitant, si bien que je lis en ce moment, du même auteur « Glacé ». 

Sinon, si vous êtes en manque d’inspiration dans le choix de vos lectures, songez à mes 4 romans déjà publiés (voir en page d’accueil ou cliquez dans l’onglet « mes romans ») d’autant que le 5e sort d’ici fin décembre. Je n’ai pas la chance d’être une auteure célèbre mais songez que plus de 800 personnes me suivent et que mes romans n’en sont pas moins intéressants que ceux des célébrités. Ils ne bénéficient tout simplement pas de la visibilité médiatique des auteurs connus. 

Rendez-vous très bientôt pour la suite de l’histoire « PIRE QUE LA MORT ! » 

Merci de votre fidélité, bonnes lectures, 

AUDREY DEGAL


6 Commentaires

L’OREE DES MONDES (histoire intégrale)

BONJOUR, 

Dans le cadre du confinement, et pour vous permettre de lire, de sous distraire en des moments si particuliers, je vous offre un des récits à suspense que j’ai extrait de mon 2ème livre publié « Destinations étranges » pages 109 à 151. J’espère que cette histoire d’environ 50 pages vous plaira (même si on ne peut pas plaire à tout le monde).

Bien sûr cette lecture est gratuite mais, comme moi aussi j’ai besoin d’être encouragée, je vous remercie :

  • de partager ce lien (Facebook, Twitter, Instagram…)
  • de cliquer sur « J’aime »
  • éventuellement de vous abonner à mon blog
  • ou encore du découvrir ma chaîne Youtube (Audre Degal) et de vous y abonner aussi.
  • Il n’y a rien d’obligatoire bien sûr mais si cela vous plaît je pourrais alors renouveler cette expérience et publier plus tard, sur ce blog, d’autres histoires. Merci de ne pas vous contenter seulement de lire. Un petit message à l’auteure, fait toujours plaisir. 

Bonne lecture et bon courage pour ce Confinement Littéraire !

Amitiés, 

Audrey Degal

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Qui suis-je ?

Quel jour est-ce ?

Où vais-je ?

L’ailleurs n’apporte pas toujours la réponse.

 

L’OREE DES MONDES

 

CHAPITRE 1, Un monde sans faim

– J’aurais tant aimé dormir plus longtemps, murmura Thibault en se réveillant comme chaque matin, travée 3797, allée 148, couloir 11, chambre 12, lit 3A.

La musique douce et mélodieuse venait de retentir, une fois de plus, tirant chacun d’un sommeil profond. Quelques instants plus tard, une voix féminine bienveillante déversa un flot de paroles, comme d’habitude. Elle remerciait les membres de la communauté pour leur contribution, les invitait à s’habiller rapidement et à aller se restaurer dès qu’on les inviterait à le faire. Les portes des chambres allaient bientôt s’ouvrir. Il faudrait sortir. Nul ne pouvait rester. C’était ainsi.

– Allez, lève-toi. Qu’est-ce que tu as à fixer le plafond comme cela ? On dirait que tu viens de faire une découverte. Rien n’a changé depuis hier et ce sera la même chose demain et tous les jours de notre vie…

– Tais-toi donc ! Tu n’en as pas assez de recommencer encore et encore la même journée, le même travail… Tu ne te poses jamais de questions ?

– Et lesquelles devrais-je me poser ? Je suis heureux. Tout va bien, cela me suffit.

– Je ne sais pas moi, mais tu ne t’es jamais demandé ce que nous faisions ici, pourquoi nos journées se répétaient inlassablement, qui nous nourrit, qui nettoie nos chambres et l’étage, qui…

– …Je ne sais pas. En revanche ce que je sais, c’est que nous allons être en retard si tu continues, rétorqua Luc tout en sortant son linge d’une armoire.

– Et cette voix. Qui se cache derrière elle, d’où vient-elle ? Tous les matins elle nous balance le même message, elle nous rassure, nous réconforte et nous dit gentiment d’obéir sans traîner. Je ne le supporte plus. Tous ces matins identiques, toutes ces journées semblables, toutes ces têtes baissées qui obéissent sans savoir… je n’en peux plus !

– Non mais tu t’es entendu parler aujourd’hui ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Nous vivons ainsi depuis toujours. C’est notre vie, c’est notre foyer ici, nous devons faire notre travail pour le bien de tous et le nôtre. C’est notre mission et…

– Et cela te suffit ! Nous faisons notre travail pour le bien de qui exactement ? Peux-tu répondre ? Où va notre production ? Qui produit pour nous ? Vraiment je ne comprends pas notre monde.

– Ouvre les yeux ! Nous y sommes bien. Nous n’avons aucun souci, aucun problème alimentaire, aucun…

– … aucune envie de partir… C’est ce que tu allais dire. Justement si tu n’as jamais songé à quitter cet endroit, à aller ailleurs, moi si !

– Et que comptes-tu faire ? Où veux-tu aller ? On ne sait même pas ce qu’il y a autour de nous, de notre immeuble cité.

– L’idée de t’enfuir ne t’a jamais traversé l’esprit ?

– Jamais, affirma Luc en regardant son camarade droit dans les yeux. Jamais. Ma vie me convient. Franchement tu dérailles complètement. Et où voudrais-tu aller hein ? Tu as choisi une destination ? La chambre d’à côté peut-être, ou bien l’étage du dessus ?. Enfin, Thibault, réfléchis un peu. C’est ici, dans cet endroit protégé qu’est notre vie. C’est notre monde.

– Notre monde ! Et où se trouve-t-il notre monde ?

La voix interrompit la discussion, indiquant que la fermeture des portes des chambres était imminente et que les retardataires devaient accélérer. Elle précisa aussi que l’équipe médicale avait déjà détecté les malades dans les dortoirs, lesquels seraient pris en charge et automatiquement dirigés vers l’unité de santé. On entendait déjà les mécanismes s’activer, poussant les lits de certains sur des rails afin de les diriger vers les médecins dans le bloc 15 situé tout au bout du couloir 11. Là, du personnel les accueillait avec des sourires angéliques.

Dans la chambre 12, une caméra venait de pivoter. Elle était à présent braquée sur Thibault qui poursuivit :

– À quelle patrie appartenons-nous ? Quels lendemains préparons-nous et pour quels enfants ? Où sont les enfants ? Luc, tu te contentes de vivre ou plutôt d’exister et moi cela ne me suffit plus.

Ce dernier glissa du linge dans les bras de son ami qui s’habilla machinalement, jetant ses vêtements de nuit sur le lit qu’il venait de quitter.

– Sortons, vite. Tu parles, tu parles mais les portes vont se fermer.

Thibault se laissa pousser dehors et presque immédiatement il entendit le verrouillage de la chambre 12. Les vitres transparentes se teintèrent aussitôt rendant la pièce impénétrable visuellement.

– C’était moins une, remarqua Luc.

– Et alors. On va nous gronder ? On va nous punir ? Mais que crains-tu ?

– Je ne sais pas mais ce qui est sûr, c’est que si tu continues ainsi, si tu jettes le trouble parmi nous, si tu poses problème, ils interviendront.

– Qui ?

– Les hommes en blanc. Tu le sais pertinemment. Tu les as déjà vus à l’œuvre. Ils surgissent, on ne sait d’où, ils sont violents, déterminés, nombreux… Méfie-toi Thibault. Ils vont finir par s’intéresser à toi. Ils ne sont pas comme nous, ils sont particulièrement forts. Ils ne sont pas de notre monde.

– Tu vois, tu l’admets toi-même. Tu dis qu’ils ne sont pas de notre monde. Tu acceptes donc l’idée qu’il y a d’autres mondes et moi je ne veux pas rester ici, dans le nôtre. Il est aseptisé, voué au progrès, à la création, au développement mais au développement de quoi ?

– Peu importe ! Cela m’est bien égal pourvu que…

– …Chut, chut, fit Thibault en appliquant une main ferme sur la bouche de son ami. Écoute ! Tu entends comme moi. Il y a des voix à l’intérieur de la chambre maintenant. Il y a quelqu’un. J’en suis sûr.

– Oui j’entends. Et alors oui il y a quelqu’un. Ces gens font notre chambre, rangent notre linge… C’est ce que j’aime dans cette vie. Je n’ai pas à me soucier de ces corvées. Avançons maintenant ! On a assez traîné.

Le couloir était long, peu éclairé. Ils étaient les derniers à s’y trouver encore.

Le ballet des trains de lits de malades avait cessé et les dortoirs redevenaient calmes. La voix retentit alors :

– Luc et Thibault, chambre 12, lits 3A et 3C. Veuillez avoir l’amabilité d’activer les pas. Vous êtes particulièrement en retard et la conversation que vous avez eue ne mène à rien.

Les mains dans les poches, ils accélérèrent leur marche et se présentèrent quelques minutes plus tard devant l’immense salle de restauration.

Tout le monde était attablé à la place qui lui était assignée. Sur les murs du réfectoire, on pouvait admirer des animations perpétuelles telles que des champs d’orangers et de citronniers, un lever de soleil sur la mer et un chalutier remontant des filets de poissons qui frétillaient, du blé à perte de vue, doré, s’agitant sous le vent… L’endroit était agréable mais dès que les retardataires franchirent l’entrée, il fut verrouillé.

La voix reprit alors sa litanie, invitant chacun à se restaurer convenablement en veillant à équilibrer les mets absorbés. Elle insista sur la santé liée à l’alimentation, sur la saveur des produits et leur fraîcheur incomparable.

Il n’y avait aucun personnel affecté au service mais derrière des vitres de la nourriture avait été déposée en abondance : fruits exotiques gorgés de jus vitaminés, laitages, boissons, charcuteries variées, céréales innombrables… Une montagne de viennoiseries délicieusement odorantes avait été érigée sur une table centrale. Croissants et pains au chocolat étaient encore chauds, comme les baguettes de pain fumantes que l’on avait alignées et coupées afin de faciliter leur utilisation.

Chacun devait se munir d’un plateau et se servir au fur et à mesure de sa progression devant les comptoirs garnis. Thibault se servit comme à son habitude. Cependant, lorsqu’il levait le couvercle d’un présentoir, il ne se contentait pas de prendre la nourriture. Il observait.

– Mais qu’est-ce que tu fais encore ? demanda Luc inquiet, alors que d’autres dans la salle avaient repéré l’attitude suspecte du jeune homme. Tu ralentis tout le monde !

– Nous sommes les derniers. Par conséquent je ne ralentis personne. Et puis je cherche.

– Qu’est-ce que tu cherches ? Les ennuis probablement…

– J’essaie de voir, de comprendre, de regarder si derrière ces banques il n’y a pas du personnel posté, prêt à réapprovisionner.

– Arrête Thibault. Tu me fatigues. Il n’y a rien à voir. Tout est comme d’habitude.

Quelques instants plus tard, ils s’attablèrent.

– Tu me fais peur tu sais. Et puis qu’est-ce que ça pourrait bien faire si tu voyais quelqu’un derrière, un jour. Qu’est-ce que tu ferais hein ? Tu irais parler à… à… des étrangers ? Ecoute. Je crois que tu as dû trouver des pages subversives qui t’ont mis l’esprit en marmelade.

– C’est vrai, j’ai trouvé des pages, murmura  Thibault.

– Je m’en doutais ! Mais c’est interdit.

– Je sais mais je ne les ai pas inventées ces pages et elles ne sont pas apparues par magie.

– Où les as-tu trouvées ?

– Un jour, il y a environ deux mois, j’ai trouvé un bout de papier au sol, dans un couloir. Je pense que l’un d’entre nous l’a fait tomber. Je l’ai lu, même s’il manquait beaucoup de mots. Et puis j’ai gardé cette page. Elle parlait du monde d’avant, d’agriculture. Je n’ai pas tout compris. Je l’ai ensuite cachée dans un vêtement, une chaussette exactement.

– Et c’est ça qui t’as remué l’esprit ?

– Non, pas seulement.

– Que veux-tu dire ?

– Quelques jours après, la page avait disparu et à la place, il y en avait plusieurs, complètes cette fois. Je les ai toutes lues, je n’en dormais plus la nuit. Tu vois, j’ai même cette petite pile. Je l’ai fabriquée pour pouvoir lire sous les draps.

– Tu es fou, c’est interdit !

– Je m’en moque. Et puis un jour il y a eu des messages qui me disaient où je pourrais trouver des écrits. Tu entends Luc, des écrits, toujours bien cachés. J’ai pu lire des livres, des livres entiers et finalement j’ai compris.

– Quoi ?

– Qu’on nous utilise, qu’au-delà de ces murs de notre monde, il y a un autre monde, d’autres mondes, de la vie, le ciel, les océans, des animaux et qu’ici nous ne vivons pas une vraie vie.

– Tu plaisantes là ! Dis-moi que tu plaisantes !

– Tout ce que je viens de te dire est vrai Luc. Et il y a donc quelqu’un qui a fait en sorte que je découvre tout ceci. Quelqu’un m’a ouvert les yeux.

– Et que comptes-tu faire ?

– Je ne veux plus me réveiller à heures fixes, plus m’alimenter à heures fixes, plus consommer une nourriture sans savoir d’où elle provient, plus vivre comme ces machines que nous utilisons pour notre travail, plus obéir sans réfléchir. Sais-tu qu’avant sur la planète certains mouraient de trop manger tandis que d’autres ne parvenaient pas à s’alimenter ? J’ai vu des photos poignantes. La famine régnait sur certaines parties du globe. Ne trouves-tu pas cela injuste ?

– Oui c’est injuste et c’est la raison pour laquelle je me trouve très bien ici, mangeant à ma faim comme tous mes camarades et tu devrais remercier ceux, quels qu’ils soient, qui nous permettent de vivre ainsi. Nous vivons dans un monde sans faim et je ne veux jamais avoir faim. Le comprends-tu ? Je me contente de faire mon travail correctement. Nous avons de puissants ordinateurs à notre disposition. Nous avons la chance d’élaborer des programmes, de les perfectionner, de remédier aux altérations que nous rencontrons parfois… mais jamais on ne nous ennuie. Jamais on ne vient nous critiquer. Je fais mon travail et c’est tout ce qui compte. Pour cela, on me nourrit et c’est parfait ainsi !

– Certes, mais remarque qu’on ne nous apprend jamais rien de plus que ce que nous savons déjà. Et puis tu dis qu’on nous laisse bien tranquilles et que c’est un avantage. Alors, je te pose cette question : qui viendrait nous critiquer, nous demander des comptes quand de toute façon nous ne vivons qu’entre nous et qu’à part la voix il n’y a personne ? Qui regarde ce que filment les caméras, hein, qui ? On nous répète chaque jour que nous avons la chance de manger. On nous formate, comme nos ordinateurs et j’ai la certitude que l’on nous ment, qu’ailleurs nos existences pourraient être bien meilleures. Il faut partir, crois-moi. Je dois partir !

– Et comment comptes-tu t’y prendre ?

– Je vais m’enfuir ! affirma Thibault déterminé.

Dans la salle, certains s’étaient levés et avaient quitté la pièce, nonchalamment, afin de se rendre sur leur lieu de travail. D’autres, à proximité, avaient tendu une oreille et avaient ri ou s’étaient moqué en entendant les propos des deux retardataires. Jamais rien ne venait cependant ébranler le calme. Chacun savait qu’il n’existait aucune sortie, aucune issue, aucun lieu où porter son regard ailleurs que sur les murs de l’immeuble cité.

Pourtant, coupant cette paix au couteau, un plateau tomba brutalement sur le sol en un fracas tel que les derniers présents se retournèrent vers le lieu de l’incident. Là, une jeune fille s’excusait prétextant que ce qu’elle portait lui avait glissé des mains restées grasses à cause du beurre qu’elle avait répandu sur ses tartines. Un grand sourire, voire un air d’amusement, barrait son visage. En relevant l’assiette et le verre échoués au sol, elle jeta un regard vers les deux hommes. La voix intervint alors :

– Il est inutile de ramasser ce qui est tombé au sol. Ce n’est pas votre fonction. Le réfectoire va fermer ses portes. Veuillez tous vous diriger vers celles-ci avant qu’elles ne se ferment. Vous ne pouvez pas rester en ce lieu. Votre mission vous attend, pour le bon fonctionnement de la communauté. Dépêchez-vous !

Et le message fut répété à plusieurs reprises.

Se résignant, faute d’un plan élaboré qui l’accompagnerait dans sa fuite, Thibault se leva et obtempéra, précédé de Luc. Ils étaient les derniers dans la salle dont la lumière déclinait progressivement.

– Viens, allons au travail. On s’est assez fait remarquer ce matin, tu ne crois pas ! constata Luc.

– Tu as peut-être raison mais je partirai un jour. Demain ou plus tard, juste le temps de réfléchir et de savoir comment je dois m’y prendre et où aller.

– C’est ça, fit laconiquement son ami, satisfait que les projets d’évasion ne fussent plus au goût du jour.

Seul un faisceau éclairait désormais leurs pas et déjà la lourde porte d’acier commençait à gronder sur les rails en se refermant.

Au moment de franchir le seuil, Thibaut marqua un arrêt et regarda un bref instant en arrière, ne discernant que l’épaisseur de l’obscurité. Luc, qui le précédait quelques mètres devant, lui dit alors :

– Je suis ton ami. Viens, tu vas rester coincé si tu restes. Hâtons-nous et que…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que son ami fut comme happé par deux mains surgies de la pénombre du réfectoire vide et tiré à l’intérieur. Clang ! fut le bruit qui résonna lorsque les portails s’emboîtèrent, condamnant la salle jusqu’au lendemain.

– Thibault, Thibault… non ce n’est pas possible ! Thibault ! implora-t-il alors que les serrures s’enclenchaient

Resté seul, le jeune homme désemparé frappait sur la paroi métallique. Il ne cessait d’appeler son ami en vain. Quelqu’un interviendrait ! Les caméras avaient obligatoirement suivi la scène ! On allait ouvrir le réfectoire et permettre à Thibault de sortir !

Mais il ne se passa rien. Docilement chacun s’activait à sa tâche et la voix pria Luc de s’éloigner et de se rendre sur son lieu de travail. Rien ne devait perturber cette atmosphère de paix.

 

*

 

Dans l’immense salle, Thibault s’était relevé. On l’avait tracté avec une telle vivacité qu’il était tombé au sol.

Désorienté par sa chute, il ne savait plus exactement où il se trouvait. Ce dont il était certain en revanche, c’était qu’il n’était pas seul. Malgré lui, il venait de s’extirper de son monde sans faim.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 2, Un monde sans fin

– Il y a quelqu’un ?

Le silence.

– Il y a quelqu’un ?

Rien.

– Répondez ! Il y a forcément quelqu’un !

Seule sa voix retentissait.

Il commença alors une conversation avec celui ou celle qui l’avait arraché à son univers, un monologue en fait.

– Bon. D’accord, vous ne voulez pas me répondre. Dans ce cas à quoi bon m’avoir attiré ici ? Si vous ne voulez pas vous montrer, je comprends mais au moins répondez-moi, éclairez-moi.

Il s’amusa de sa dernière remarque alors que l’opacité régnait.

Au lieu d’être en proie à la terreur, il gardait son calme. Il s’assit par terre, les jambes croisées en tailleur et reprit :

– Je sais que je ne suis pas seul alors arrêtez votre petit jeu, qui que vous soyez ! Vous m’avez attiré ici dans un but et certainement pas celui de me laisser mourir de faim dans le noir d’un lieu hermétique ou de m’ignorer. Vous êtes là, tout proche, je le sais.

Quand la vue fait défaut, l’oreille devient fine. Aussi Thibault était-il aux aguets. Il percevait clairement des sons. Quelqu’un se déplaçait autour de lui. Par moments il lui semblait même percevoir une respiration.

Il tournait la tête à droite, à gauche, essayant de distinguer la moindre forme. Ce ne fut qu’après de longues minutes, ses yeux s’habituant progressivement à l’obscurité, qu’il commença à entrevoir les contours de ce qui l’entourait. Il distingua d’abord, relativement proche de lui, les tables du réfectoire sur lesquelles il devinait les plateaux que l’on n’avait pas encore débarrassés. La montagne de viennoiseries s’imposait encore au centre même si sa face nord avait largement était attaquée. Les comptoirs réfrigérants qui ressemblaient à la partie émergée d’icebergs, semblaient flotter sur une mer noire d’un calme précédant une tempête. L’atmosphère était étrange. Jamais il n’avait vu cette salle ainsi.

– Et nous allons rester encore longtemps ainsi, à jouer au chat et à la souris ?

– Le temps qu’il faudra, lui répondit une voix féminine derrière lui.

Il se retourna brusquement mais il ne vit personne. La voix avait déjà changé de place.

– Enfin ! À qui ai-je l’honneur de parler ou plutôt qui a eu l’amabilité de me répondre ?

– Celle qui vous a tiré !

L’individu s’était déplacé une nouvelle fois. Il se trouvait à présent posté devant Thibault, à côté d’une table.

– J’ai besoin de savoir ce que vous voulez exactement ! ajouta-t-il.

– Et moi je voudrais savoir qui vous êtes et si je peux vous faire confiance car apparemment vous semblez en savoir plus sur moi que moi sur vous.

– Vous vous trompez. Je ne sais pas grand-chose sur vous. Je vous ai juste… observé et entendu. Vous n’êtes pas assez discret. Je me prénomme Alexandra, lui dit-elle mais je préfère que vous ne voyiez pas mon visage. Je vais m’approcher de vous. Ne bougez pas !

Un instant après, elle se postait devant lui puis s’assit à ses côtés. Thibault en fut tout surpris. Il entrevoyait enfin l’ovale d’un visage, en devinait les traits.

– Est-ce que je vous connais ? demanda-t-il.

– Je vous l’ai dit. Je ne veux pas que vous me regardiez. C’est mieux pour moi. Je ne veux pas d’ennuis. Contentez-vous de mon prénom. Que voulez-vous ? Vous voulez partir ?

– Oui. Décidément vous lisez en moi comme dans un livre ouvert.

– Rien de compliqué, je vous l’ai dit. Il était facile d’entendre votre discussion avec votre ami.

– Vous avez raison. Je crois que j’agissais ainsi afin que l’on m’entende. Je crois que j’attendais qu’il se passe quelque chose, que mon attitude produise un changement.

– Vous avez raison ! Vous avez bien failli être dans le viseur des hommes en blanc. Si je n’étais pas intervenue, vous auriez fini par avoir des problèmes.

– C’est peut-être ce que je souhaitais inconsciemment.

Il s’interrompit.

– Veuillez m’excuser mademoiselle mais je trouve désagréable de parler à une ombre.

Tout en parlant, Thibault glissa une main dans une poche. Il en tâta l’intérieur et saisit un objet.

– Je vous le répète pour la dernière fois : mon prénom suffit et je… Non, que faites-vous ?

Le jeune homme venait de lui braquer sa petite pile en plein visage. Il la reconnut.

– Mais vous êtes celle qui a renversé son plateau tout à l’heure.

Agacée, elle se leva brusquement et commença à s’éloigner. Thibault lui emboîta le pas. Elle se frayait un chemin entre les tables et les banques, poussant ces dernières et passant derrière. Elle semblait connaître les lieux par cœur. Comme elle allait lui échapper, il accéléra, se rapprocha et l’attrapa par le bras.

– Attendez-moi ! Ne partez pas ! Je vous en prie.

– Vous êtes content maintenant ! Vous connaissez mon visage et mon prénom. Moi je voulais simplement vous aider comme j’aurais aimé que quelqu’un m’aide quand… Je vous préviens…

– Excusez-moi ! Je ne veux pas vous nuire. C’était plus fort que moi. J’avais besoin de mettre un visage sur votre voix. Et puis sans vous qu’est-ce que je deviendrais ici ?Je connais cet endroit et en même temps j’y suis perdu. Que m’arrivera-t-il si l’on ouvre les portes demain et que l’on me retrouve ici ? Je voudrais juste comprendre où nous sommes, qui nous sommes, savoir ce que nous faisons là, de quoi est construit ce qui nous entoure… J’ai tant de questions sans réponses. Tenez, pourquoi avez-vous dit que vous auriez aimé que quelqu’un vous aide quand… D’où venez-vous ? Je vous en prie, expliquez-moi ce que vous savez.

Elle s’apaisa, revint sur ses pas et ils prirent place à une table après avoir poussé les restes de repas.

– Nous n’avons pas beaucoup de temps. Ils vont venir !

– Qui ?

– Ceux qui s’occupent des déchets et qui vont débarrasser ce lieu afin de le rendre propre pour demain. Cela ne s’arrête jamais. Tout recommence tous les jours.

– Comment savez-vous cela ?

– Je ne suis pas comme vous. Je ne suis pas d’ici, pas du monde sans faim comme vous l’appelez.

Thibault la regarda. Les yeux d’Alexandra flottaient dans le vide. Sa voix devint grave.

– Comme vous un jour je me suis posé les mêmes questions. Tous ces pourquoi ne me satisfaisaient pas. Là d’où je viens, nous n’avons pas d’ordinateurs même si j’ai maintenant appris à m’en servir pour me fondre dans votre monde. Dans mon monde, nous avons de longues pistes où courir, des cours d’eau où voguer et plein d’autres endroits. Nous devons nous entraîner quotidiennement et être en forme. Telle est notre mission. Ne me demandez pas pourquoi ! Nous avons aussi un lieu comme celui-ci où nous restaurer mais il y a seulement le strict minimum pour chacun. C’était bon mais on ne pouvait manger que ce qui était proposé et nous avions tous des rations différentes. Je viens du monde de l’énergie.

– Je ne connais pas ce monde.

– C’est normal, personne ne connaît les autres mondes et je suppose qu’il doit y en avoir des tas.

– Vous croyez ? Et combien en connaissez-vous ?

– Trois : le monde sans faim, le monde des déchets et le mien, celui de l’énergie. Je ne compte pas le monde de la sécurité car il est fait d’hommes qui vont partout et je ne sais pas où est leur véritable univers. J’espère qu’il existe un monde qui mène vers l’ailleurs. Je le cherche mais je ne l’ai jamais trouvé. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il est l’une des portes de sortie.

– Comment le savez-vous et comment se fait-il que vous soyez dans mon monde ?

– Je vous le dirai plus tard mais en ce qui concerne ma présence ici sachez que comme chez vous, les livres que l’on peut consulter sont choisis et nous n’avons accès qu’à un enseignement limité à notre tâche. On ne sait que ce que l’on a besoin que nous sachions. Un jour, alors que j’étudiais, j’ai trouvé, à l’intérieur d’un livre, une page étrange, puis d’autres les jours suivants. Alors, j’ai découvert que notre monde faisait partie d’un tout. Notre monde est sans fin et je soupçonne l’existence d’une multitude de mondes. Ce serait trop long à vous expliquer ici et maintenant mais croyez-moi !

– Je vous crois, dit-il médusé de découvrir cela.

– Quand j’ai remarqué que vous étiez différent des autres, j’ai compris que je devais vous aider, que vous cherchiez la même chose que moi : la vérité et la liberté. J’ai alors décidé de glisser ces feuilles que vous avez trouvées puis des livres entiers. Et comme vous avez paru très intéressé, j’ai guetté le moment où vous seriez prêt à … comment dire… sauter le pas.

– Je commençais à m’en douter ! Mais vous n’avez pas répondu à ma question. Comment êtes-vous venue dans mon monde ? questionna Thibault avide de savoir.

– J’ai eu une idée. Elle m’est venue en voyant l’unité médicale et les malades qui comme chez vous sont repérés le matin. En fait, je me suis rendue au réfectoire et j’ai attendu le tout dernier moment, alors qu’il n’y avait presque plus personne, pour me jeter par terre et simuler des douleurs au ventre. Je pensais que l’on viendrait me chercher mais je savais que cela prendrait du temps. Et les portes se sont alors fermées, comme je l’espérais. Je suis restée dans le noir assez longtemps et un moment, j’ai même regretté de me trouver là. Puis j’ai entendu du bruit. Je me suis alors cachée et j’ai vu des portes s’ouvrir, des êtres sortir et débarrasser les tables, nettoyer, tout remettre en ordre… Je me suis mêlée à eux, reproduisant leurs gestes et quand tout a été propre, j’ai moi aussi franchi les portes et je suis partie.

– Tu es passée dans leur monde ?

– Oui. C’était facile finalement. Mais leur monde, le monde des déchets est un monde abominable et j’ai vite compris que je ne pouvais pas y rester.

Thibault écoutait la jeune femme attentivement. De nouvelles perspectives s’ouvraient devant lui. L’épaisseur du noir qui les entourait scellait peu à peu leur complicité. Le tutoiement s’était soudain imposé naturellement. Dans la salle, les caméras étaient éteintes, comme les drapeaux en berne d’une nation. Elle poursuivit son récit :

– Vois-tu, autant dans ton monde vous avez de la nourriture à profusion autant chez eux c’est l’inverse. Ceux qui appartiennent à ce monde ne se nourrissent que de vos restes. Tous les jours, ils installent partout ici de la nourriture comme s’il en pleuvait mais il leur est formellement interdit d’y toucher. Comme les animaux d’une époque qui n’existe plus et que j’ai vue dans les livres, ils doivent se contenter de vos miettes dont ils ne doivent pas abuser. La voix veille et les hommes en blanc aussi. Ils sont comme prisonniers. Ils voient ces aliments, ils s’en occupent, ils les présentent mais ils leur sont interdits. Si jamais ils violent cette loi de leur monde, ils sont sévèrement punis. Leurs chambres ne ressemblent pas aux vôtres. Ils dorment sur de simples paillasses et quand ils sont malades, ils sont éliminés.

Thibault, sans paraître surpris par ces révélations, n’en fut pas moins outré.

– Et ce n’est pas le pire, poursuivit-elle. Je me suis aperçue que dans ton monde par exemple, ceux qui étaient arrêtés par les hommes en blanc finissent dans celui des déchets jusqu’au jour où, comme beaucoup d’autres, ils disparaissent à jamais.

– Je craignais que tu m’annonces quelque chose comme ça. Mais qui tire les ficelles de nos existences ?

– La voix je crois, mais il n’y a pas qu’elle. Je suspecte une instance supérieure peut-être immatérielle qui commande tout et ton monde est celui dont elle a le plus besoin. C’est la raison pour laquelle vous êtes privilégiés. Vos aptitudes à créer sont ce qui les intéresse le plus.

La tête dans les mains, le jeune homme réfléchissait.

– Cachons-nous ! Ils arrivent.

Thibault fut entraîné sous la table. La proximité de la réclusion forcée en compagnie de sa guide ne lui déplaisait pas. Il sentait la chaleur de son corps, ce qui éveillait en lui des frémissements qu’il n’avait jamais ressentis auparavant.

– Je sais ce que tu ressens, susurra-t-elle, cela aussi c’est nouveau pour toi. Tu t’habitueras, tu verras et ce n’est pas désagréable.

Pour rien au monde il n’aurait voulu que cet instant ne s’achevât. Il devait prendre fin toutefois. Le réfectoire s’éclairait progressivement d’une lumière cependant blafarde.

– Tu vois, pour eux ils éclairent la lumière, mais pas trop. Ils ne dépensent rien inutilement. Bon, à mon signal, on fonce et tu fais comme moi ou plutôt tu fais comme eux. Tu nettoies, tu ramasses et tu ne me quittes pas des yeux. Suis-moi comme ton ombre. On va franchir cette porte, là-bas ! Tu la vois ?

– Oui, assura le rebelle.

– Tu es prêt à partir ? Nous allons partir !

– Attends, l’arrêta-t-il alors qu’elle allait sortir de leur cachette.

– Qu’y a-t-il ?

– Est-ce que l’on pourra revenir ? Et comment franchis-tu les portes des mondes ?

– Oui, on pourra revenir mais crois-tu vraiment que l’on parte pour finalement revenir ici, au point de départ ? Sinon je franchis les portes grâce à ça !

Et elle brandit triomphalement sous son nez une clé qu’elle venait de sortir de son corsage. Celle-ci était solidement attachée à un lien qui pendait à son cou.

– On y va.

 

Ils se redressèrent comme un seul être et se pressèrent autour des plateaux-repas, empilant les verres, les assiettes, rassemblant les couverts dans de profondes bassines prévues à cet effet, essuyant avec des éponges les comptoirs, les sièges sur lesquels des miettes de pain attendaient impatiemment d’être rassemblées.

Thibault suivait Alexandra sans trop la regarder. Il épiait les moindres gestes des autres. Tout à coup, comme elle, il déposa tout ce qu’il avait collecté sur un tapis roulant et il se dirigea vers une porte qui avait surgi de nulle part.

Une nouvelle équipe pénétra alors dans l’enceinte sacrée de la restauration afin de fournir généreusement les étalages. Chacun portait des gants et des masques pour une parfaite hygiène. Assurément on prenait soin du monde sans faim que les deux mutins s’apprêtaient à quitter.

D’un pas décidé, ils gagnèrent la sortie. Le cœur de Thibault bondit dans sa poitrine au moment de franchir l’ouverture. Lorsque les derniers furent passés, la porte se referma et disparut. Il était alors impossible d’imaginer qu’elle avait bien existé.

– Suis-moi et ne dis rien, suggéra son amie.

Perdu dans cet ailleurs qui lui semblait hostile, il obtempéra. Il lui semblait que d’une seconde à l’autre tout le monde allait le montrer du doigt. Il n’en fut rien.

Toute sa petite vie trop bien réglée venait de basculer. Il venait de quitter un monde sans faim dans lequel il ne reviendrait jamais. Il venait d’apprendre l’existence d’un monde sans fin. Qu’est-ce qui l’attendait à présent ?

Il avançait, derrière elle, épousant chacun de ses pas, plus parfaitement qu’une ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 3, La fin d’un monde

De couloirs interminables en salles sombres, ils avançaient. Alexandra semblait parfaitement savoir où aller. De toute façon il n’avait d’autres choix que de la croire et de la suivre. Elle ralentit le pas pour se placer à sa hauteur.

– Pour l’instant, je ne peux rien te dire. Il faut faire ce que les autres font. Nettoyer. Plus tard je t’expliquerai.

Il approuva, n’osant ouvrir la bouche car ici tout le monde s’activait mais peu d’entre eux parlaient.

 

*

 

Ils passèrent leur journée à franchir d’autres portes que dissimulaient des murs pourtant lisses et nus quelques secondes auparavant. Ils s’activaient ensuite, exécutant minutieusement leurs corvées avant de passer à autre chose, à d’autres salles derrière d’autres portes.

Le travail était harassant et ingrat surtout pour Thibault qui n’avait pas l’habitude de l’effort. Aussi, il accueillit la pause de midi avec bonheur. La voix leur ordonna de se rassembler dans un lieu austère et triste où des bacs en matière plastique contenant des restes de nourriture en vrac étaient juxtaposés ou entassés. Là, Alexandra et lui prirent un plateau moulé sur lequel on devinait le compartiment correspondant à l’assiette et le réceptacle à boissons. Il en émergeait une paille. Le déjeuner, car il fallait bien lui donner un nom, fut englouti rapidement. Ils débarrassèrent ensuite eux-mêmes les tables et se remirent aussitôt après au travail ailleurs, plus loin.

 

Pour la première fois de sa vie Thibault fut heureux d’entendre la voix annoncer la fin de la journée. Il était brisé. Il avait porté de lourdes charges et il était resté debout en permanence. Quand il voulait quitter son monde, il ne s’imaginait pas qu’un tel univers pût exister. Luc avait-il raison finalement ? Le monde sans faim n’était-il pas un endroit privilégié ?

 

– Viens, exigea Alexandra alors que les interminables couloirs étaient désertés.

– On ne va pas dans une chambre pour dormir ?

– Ici tu peux oublier l’intimité. Les chambres sont d’immenses endroits où les lits s’amoncellent par centaines. Je préfère aller ailleurs. J’ai l’habitude.

Sans en demander davantage, Thibault la suivit. Elle était dans ce monde comme chez elle. Elle semblait en connaître tous les recoins. À chaque intersection, elle jetait un regard puis elle longeait le mur suivant, tournait à droite, à gauche, descendait des escaliers, contournait une salle, une autre. Ce monde était un véritable labyrinthe.

Tout à coup, elle s’immobilisa au milieu de nulle part.

– Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

Elle vérifia autour d’elle pour s’assurer qu’ils étaient bien seuls, sortit sa clé et l’approcha de la paroi. L’objet se mit à briller, prit une couleur fluorescente verte et aussitôt les contours parfaits d’une issue se dessinèrent.

– Dépêche-toi !

Lorsqu’ils se présentèrent devant la porte, celle-ci s’ouvrit au-delà de laquelle on pouvait voir une petite pièce avec deux lits. Ils entrèrent. Le seuil se condamna aussitôt après leur passage et sur le mur, on ne pouvait plus voir aucune issue.

– Tu peux parler maintenant.

– Je n’en crois pas mes yeux ! C’est… c’est magique !

– Cette clé seulement est magique parce que ce monde, tu l’as vu, est loin de l’être. Ce serait plutôt l’enfer !

Thibault ôta ses chaussures et se jeta sur le lit. Son regard fit le tour de la chambre. Les teintes étaient douces, apaisantes et le mobilier limité au strict minimum. Il aperçut un recoin.

– Qu’y a-t-il là derrière ? demanda-t-il.

– Douche, eau, savon, serviettes, énuméra-t-elle rapidement tout en se délestant de ses vêtements.

Elle était particulièrement belle et son corps musclé. Elle remonta ses cheveux au sommet de son crâne et les noua.

– Si tu le veux bien, je vais me laver la première. Je n’en ai pas pour longtemps.

– Et après, tu m’expliqueras ce que…

– Évidemment ! Je me doute que tu as une foule de questions à me poser.

 

Elle revint quelques instants plus tard, enroulée dans une serviette blanche. Elle portait dans ses bras ses vêtements de la journée pliés.

– Pendant tes ablutions, mets ton linge dans le stérilisateur. Tu le récupéreras propre immédiatement après.

Thibault s’exécuta. L’eau bienfaisante associée à la chaleur le régénéra. Il la laissait couler sur son visage et ruisseler jusqu’à ses pieds. Il était si bien qu’il se demanda un instant si tout ceci n’était pas un rêve. Un beau rêve ou un mauvais ? Beau s’il songeait à la possibilité de partir, de découvrir la vérité, d’être avec elle car il devait se l’avouer, elle lui plaisait. Mauvais s’il s’arrêtait à ce monde de labeur et de déchets, à ce travail exténuant et à l’incertitude des lendemains.

Quand il revint, la jeune femme allongée l’observa de la tête aux pieds.

– Pas mal, ironisa-t-elle.

– Quoi ?

– Toi ! Pour un cérébral du monde sans faim, tu es pas mal. N’as-tu pas remarqué qu’en général ceux de ton monde sont plutôt sveltes, sans reliefs, sans muscles saillants, sans formes ou plutôt au contraire formatés ? Ils sont tous pareils. Toi tu es différent.

Il la remercia de sa sincérité, s’installa au bord du lit face à elle et avoua ne pas savoir par où commencer.

– Ce lieu d’abord. Comment le connais-tu et pourquoi y sommes-nous en sécurité ?

– En premier lieu, sache que je me déplace d’un monde à l’autre depuis près d’un an. Donc, j’ai vu et compris beaucoup de choses. C’est ainsi que j’ai découvert ces chambres. Des locaux comme celui-ci, il y en a des centaines, partout, dans tous les mondes et c’est ce qui me permet d’avoir un lit, la nuit, où que je sois. Quand je vivais dans ton monde, je dormais dans un endroit identique à celui-ci ou presque. Cela me permet aussi de n’être pas repérée.

– À quoi servent ces refuges ?

– À se reposer, à dormir comme tu peux le constater mais la question serait plutôt à qui sont-ils destinés ? Ce sont les repaires des hommes en blanc qui doivent pouvoir se retirer où qu’ils se trouvent puisqu’ils interviennent de partout. Ils appartiennent au monde de la sécurité.

– Mais alors l’un d’entre eux peut nous repérer !

– Non, rassure-toi. J’ai mis du temps à le comprendre et j’ai passé bien des nuits, dehors, à trembler. Quand une chambre est occupée, la clé qui permet de détecter les pièces et de les ouvrir en condamne alors automatiquement l’accès. Elle devient rouge.

– N’es-tu pas une des leurs pour être en possession de cet objet ?

Il regretta immédiatement ses paroles trop vite prononcées.

– Excuse-moi ! Je n’aurais pas dû te poser cette question. Tout est tellement…

– Ne t’excuse pas, je comprends que tout cela te dépasse. Je te fais découvrir en peu de temps ce que j’ai mis des mois ne serait-ce qu’à supposer.

Elle s’allongea totalement sur l’un des lits larges et confortables, croisa ses chevilles, plaça ses mains sous la tête et poursuivit son explication.

– J’ai vite compris que les hommes en blanc bénéficiaient de privilèges. Je l’avais déjà remarqué dans mon monde. J’ai alors pensé m’habiller comme eux pour ne pas être découverte mais tu sais d’une part qu’il est formellement interdit de revêtir du blanc, d’autre part qu’il est impossible de se procurer leurs uniformes. J’ai donc très vite dû me tourner vers un autre plan.

Thibault sursauta. Le bruit ténu et avorté d’un mécanisme venait de résonner et presque simultanément, le périmètre de la porte se matérialisa à nouveau sur le mur, teinté de rouge. Alexandra se redressa, et posa sa main sur l’avant-bras de son compagnon qui s’était raidi. Il éprouva aussitôt la même sensation agréable que lorsqu’ils s’étaient retrouvés pour la première fois côte à côte sous la table, dans le noir.

– Ce n’est rien, dit-elle, juste un homme en blanc qui cherche où dormir. Tu vois, elle reste fermée.

Il regardait les mouvements de ses lèvres.

– Tu es très belle !

Et il s’inclina doucement vers l’avant pour l’embrasser. Leurs doigts s’accrochèrent comme pour ne plus se lâcher et les bras qui avaient travaillé durement la journée entière devinrent de puissantes étreintes. Chacun se laissa aller. Chacun s’ouvrait à un monde auquel il n’avait jamais eu accès. Elle claqua des doigts et la lumière se tut !

 

*

 

Étendus sur le même lit, ils plongeaient éperdument dans le regard de l’autre pour y lire le destin qu’ensemble ils devaient tracer.

– Nous trouverons la sortie, précisa-t-elle, pleine d’espoir. J’ai lu un livre interdit où il était question d’un homme, perdu dans un dédale et qui ne parvenait pas à s’en échapper. Comme nous ! Il a alors endossé des ailes et ainsi, il a pu s’élever au-dessus de sa prison, en voir le schéma savant et complexe et s’en échapper.

– J’aime ton histoire lui dit-il. Comment s’appelle cet homme intelligent ?

– Il s’appelle Icare mais il n’est pas si intelligent que cela car ses ailes tenaient à l’aide de cire et comme il s’est approché trop près du soleil, elle a fondu, le précipitant dans la mer.

– La leçon à en tirer est de ne pas nous laisser griser par nos découvertes et de garder la tête sur les épaules, n’est-ce pas ! Mais ce soleil que tu n’as vu que dans les livres interdits, comme moi, nous aussi nous le verrons un jour. Je te le promets. En attendant tu ne m’as toujours pas dit comment tu as fait pour obtenir cette précieuse clé !

Elle poussa un profond soupir et reprit son récit :

– Tu as déjà vu avec quelle vélocité les hommes en blanc se déplacent et l’agitation qu’ils provoquent lors de leurs interventions ! Eh bien, figure-toi qu’à l’occasion d’un de mes entraînements, pendant une course, j’ai assisté à l’une de leurs descentes pour s’emparer d’un groupe d’individus. J’étais dans le monde de l’énergie. Dans la bagarre, l’un d’eux a perdu un objet. Je l’ai vu tomber. J’ai pensé qu’il allait s’en apercevoir mais non. Puis ils sont partis, emmenant les pauvres malheureux qu’ils avaient réduits au silence. Je n’ai pas osé ramasser la clé tout de suite et en même temps, j’avais peur que quelqu’un d’autre ne la prenne. Alors comme personne ne s’en souciait, j’ai avancé, comme si je reprenais ma foulée. Parvenue à sa hauteur, je me suis accroupie pour nouer les lacets défaits de mes chaussures de sport et quand je me suis relevée, j’étais en possession de la clé. Il m’a ensuite suffi d’observer pour en comprendre le fonctionnement. Elle ouvre les portes entre les mondes et permet de multiples accès. Voilà, tu en sais presque autant que moi maintenant et il faudrait dormir.

– Que faisons-nous demain ?

– Nous déciderons au matin.

 

*

 

Elle ouvrit les yeux la dernière. Il la regardait. À nouveau ils se blottirent l’un contre l’autre pour s’aimer.

– Il est encore tôt, lui dit-elle, mais il ne faut pas traîner davantage. Les hommes en blanc ne s’éternisent jamais bien longtemps sur leur lieu de repos.

Ils s’habillèrent en vitesse, déposèrent les serviettes et les draps dans le stérilisateur et remirent la chambre exactement dans l’état où ils l’avaient trouvée.

– Voilà, il ne subsiste aucune trace de notre passage ici désormais.

– Et qu’allons-nous faire ? Je m’en remets entièrement à toi.

Elle plaqua la clé sur son front et ne répondit pas immédiatement à sa question.

– C’est encore une des capacités de la clé. On peut savoir ce qui se passe dehors. Je m’en suis aperçue un soir où j’avais la migraine et que la clé était froide. Je l’ai appliquée sur mon front et j’ai découvert cette particularité. Il n’y a personne dehors. Je te propose de sortir et de quitter le monde des déchets.

– Je suis entièrement d’accord mais pour aller où ?

– Je suggère de monter. Qu’en penses-tu ? Je préfère monter plutôt que descendre ou rester aux mêmes niveaux. C’est le résultat de mes lectures. Monter, c’est s’élever, progresser. Descendre c’est parvenir aux Enfers !

– Montons alors !

 

Ils sortirent, têtes baissées et marchèrent l’un éloigné de l’autre. Ils se rendirent à la salle des repas où ils prirent quelques fruits entamés, des tranches de pain déjà desséchées et un peu d’eau. Ils suivirent ensuite le flot de cette population de résignés et, comme la veille, ils se mirent à la tâche sans trop savoir quel monde ils purifiaient.

– Dès qu’il n’y a plus personne dans les parages, je te fais signe et on décampe ! affirma-t-elle.

– Par quel côté ?

– Je ne le sais pas encore ! J’attends, j’observe. Il ne faut pas se tromper.

Moins d’une heure plus tard, les lieux étaient redevenus parfaitement propres et utilisables pour ceux d’un monde qui ignoraient quelles mains avaient œuvré pour que tout soit parfait.

– Maintenant, lança-t-elle.

Ils foncèrent vers un mur devant lequel Alexandra présenta sa clé. Une porte de feu s’illumina, s’ouvrit. Ils passèrent.

 

*

 

– Je ne sais pas où on est mais ce que je sais c’est que tu dois faire semblant de ne pas me connaître. Dès que l’on se retrouve dans un nouveau monde, dans un de ces impressionnants couloirs, les caméras sont à même de repérer des comportements suspects et trop parler en est un. C’est aussi très étrange, il n’y a absolument personne.

– Certes mais plus loin il y a des escaliers.

– J’y vais, proposa-t-elle. Dans un moment tu me suis.

 

Elle s’éloigna de lui sans se retourner. Seul, il se sentit minuscule et surtout désœuvré. Il tourna sur lui-même comme un chat. Stupide ! Il leva les yeux au plafond sans rien y trouver. Il mit ses mains dans ses poches et se mit à siffloter. Quelle contenance se donner ?

Soudain la voix s’adressa à lui alors qu’Alexandra venait de disparaître.

– Cessez de siffler ! Vous devez impérativement regagner la salle de travail où sont les autres membres de la communauté. Merci de votre contribution. Veuillez vous presser. Si vous êtes souffrant, regagnez votre lit. Vous serez automatiquement acheminé vers l’unité de soins.

Des gouttes de sueur perlaient à son front. Il prit la direction des escaliers et quelques instants plus tard, il montait.

À chaque palier il espérait voir Alexandra qui l’attendait. Hélas, il devait monter, monter encore. Le souffle lui manquait. Et s’il se perdait ! Et s’il ne la retrouvait jamais ! Cette pensée le glaça. Elle seule avait la clé. Si elle l’abandonnait, les hommes en blanc ne tarderaient pas à le démasquer et se chargeraient de lui. Plus encore que cela c’était autre chose qui le troublait. Certes il ne trouverait jamais cet autre univers où il espérait recouvrer la liberté. Mais  il était désormais terrifié à l’idée d’être séparé d’elle. Il devait l’admettre. Il ressentait quelque chose d’indéfinissable. Était-ce cela aimer ?

 

Alors qu’il longeait la rampe d’escaliers, il entendit qu’on l’appelait. C’était elle enfin ! Elle le hélait six étages plus haut.

– Rejoins-moi ! Tu ne vas pas en croire tes oreilles.

Il lui fallut de longues minutes pour la rattraper.

– Mais que faisais-tu ?

– Je pensais à toi, rien qu’à toi lui déclara-t-il afin qu’elle pût sonder son cœur.

– Moi, moi aussi, balbutia-t-elle avant de se ressaisir. Ici on peut parler. Ce que tu vois, dans l’autre pièce, c’est un orchestre. C’est merveilleux. Les gens ont l’air heureux dans ce monde, enfin en apparence. Ils règlent leurs instruments de musique et vont probablement bientôt jouer.

– Oui mais ce que je redoute, c’est qu’ils nous demandent nous aussi de prendre place. Or je suis incapable de sortir le moindre son d’un instrument de musique pour la bonne raison que je n’en ai jamais eu un entre les mains.

– Moi non plus tu sais.

– Alors on va vite nous repérer !

– Je ne vous ai jamais vus vous deux. Vous ne prenez pas votre instrument ? Vous êtes nouveaux ? Vous jouez peut-être dans le deuxième orchestre ? fit une dame en les croisant.

– Oui, c’est cela même, nous jouerons tout à l’heure.

– Fort bien ! Je vous laisse, je vais regagner ma place. Nous allons bientôt commencer.

– Tu vois, qu’est-ce que je t’avais dit ? Après ce sera notre tour et nous serons vite démasqués.

On les invita à pénétrer plus loin dans l’auditorium, une pièce somptueuse aux qualités acoustiques inégalées.

– Ne restez pas là jeunes gens. Allez vous asseoir sur ces sièges là-bas. Personne ne doit demeurer debout quand l’orchestre commence à jouer.

Et une autre personne ajouta :

– Quand ce sera à votre tour alors vous pourrez descendre sur la scène. Les musiciens viendront vous remplacer et vous entendre jouer. Quel est votre instrument ?

– Le violon, le violon, répéta Thibault comme pour s’en convaincre lui-même.

– Parfait !

L’hémicycle était plein à craquer. Chacun attendait que l’orchestre commençât. La musique monta soudain envahissant l’espace, aussi magnifique qu’un lever de soleil. C’était la symphonie numéro 3, en fa majeur, opus 90 de Johannes Brahms. Mais ni Alexandra ni Thibault ne le savaient. En revanche, ils se délectaient de la mélodie, se laissaient emporter par son ampleur comme s’ils s’étaient trouvés sur une vague puissante de quelque océan qu’ils n’avaient jamais vu. Les envoûtant toujours, les sonorités enchanteresses du ballet Daphnis et Cloé puis du concerto pour piano en ré majeur, pour main gauche de Maurice Ravel retentirent, suscitant l’émotion parmi les auditeurs.

– Tu as remarqué, il y a de l’agitation plus bas, à droite, dit Alexandra.

– Oui, je me demande ce qui se passe. J’espère que nous n’avons pas attiré l’attention mais je ne crois pas. Regarde le trouble vient plutôt de ces trois personnes. Je les avais vues en entrant. Elles sont différentes des autres.

– Tu as raison. Elles sont très pâles et paraissent nerveuses.

– Les gens autour ont l’air inquiet.

Les mélodies s’enchaînaient. Le temps s’écoulait.

Soudain les parois de bois de l’auditorium furent découpées par trois immenses portes qui se matérialisèrent simultanément. Il en sortit des hommes en blanc.

– J’ai peur, dit Alexandra, en s’enfonçant dans son fauteuil. Il ne faut pas rester ici !

Les rôles venaient de s’inverser. Elle avait désormais besoin de son ami pour se rassurer. Un laps de temps, elle se rappela leur nuit et leur complicité.

– Ne bouge surtout pas. Nous ne sommes pas leur cible, ils descendent.

Effectivement, les membres de l’équipe de sécurité convergeaient vers une seule direction. Ils s’apprêtaient à fondre sur les trois individus.

– Il va falloir profiter du tumulte pour partir car quand l’orchestre aura fini de jouer, ce sera notre tour et nous serons démasqués.

Alexandra acquiesça, surprise par l’esprit d’initiative de son compagnon et par sa rapidité d’adaptation. Elle l’avait extirpé de son monde depuis peu et déjà, il se montrait capable de prendre les bonnes décisions au bon moment. Il poursuivit :

– Comme il se fait tard, dès que nous serons dehors, tu sortiras ta clé et tu trouveras une cellule pour la nuit. Tant pis pour le repas et puis mieux vaut ne pas redescendre.

Le tumulte grandissait. L’orchestre avait cessé de jouer. De chaque côté des trois individus, les auditeurs fuyaient et ceux qui étaient coincés enjambaient les sièges pour s’éloigner au plus vite. On entendait de petits cris partiellement couverts par le fracas de l’intervention des hommes en blanc. Ils étaient d’une efficacité redoutable même si leurs ennemis ne se laissaient pas faire pour autant. Ces derniers ripostaient à chaque coup porté avec une efficacité peu commune. Ils ressemblaient à trois prédateurs tandis que la sécurité semblait avoir dépêché des anges.

La salle de concert se vida peu à peu. Alexandra et Thibault en profitèrent pour se glisser parmi les fuyards. L’intervention touchait à sa fin. Jamais ils n’avaient vu cela. Les trois ennemis avaient été phagocytés, jetés sur des brancards et avaient ensuite franchi les portes en tentant vainement de résister jusqu’au bout. Leur agressivité les conduirait directement à la destruction et à leur élimination.

– Ces trois-là vont descendre. J’ai déjà vu un cas de ce genre et ce ne sont pas des portes qui les attendaient ni d’autres mondes comme celui des déchets mais de gigantesques toboggans vertigineux qui, à ce que j’ai pu voir, descendaient vers des abîmes impressionnants et sombres. Je crois que l’on nomme cela l’enfer !

Disparaissant dans les couloirs, le couple finit par se retrouver seul. Là Alexandra activa sa clé et ils se retrouvèrent à nouveau, comme la veille dans une chambre bien plus vaste qui abriterait leur amour pour une nuit. Quatre lits les attendaient. Ils en choisirent deux qu’ils rapprochèrent.

 

*

 

Au matin, ils avaient peu dormi. Ils avaient faim mais leur foi en l’avenir leur faisait oublier le repas manqué la veille.

Ils avaient conscience d’être monté très haut dans la tour des mondes. Ils caressaient la certitude de trouver bientôt une issue. Ils espéraient que rien ni personne ne les arrêterait dans leur entreprise de conquête de leurs propres vies.

– Si nous parvenons aujourd’hui à sortir, je n’aurai peut-être plus l’occasion de profiter de cette abondance d’eau. Je vais prendre une douche, lui dit-elle.

– Je te suis dans un instant.

Il resta allongé, plongé dans ses pensées. Lorsqu’il entendit qu’elle venait de couper l’eau, il comprit qu’il était resté là un long moment. Il la rejoignit alors qu’elle écartait les parois vitrées de la douche.

– Donne-moi tes vêtements ! Je vais les mettre avec les miens dans le stérilisateur. J’ai oublié de le faire tout à l’heure. Il regagna la chambre pour prendre sa tenue quand il entendit :

– C’est incroyable !

– Qu’y a-t-il ? fit-il en la rejoignant.

– Ils les ont oubliés, remarqua-t-elle en sortant de l’appareil deux uniformes blancs immaculés.

La providence venait de se pencher sur eux.

– Mais non réfléchis. Ces tenues sont neuves. Nous sommes dans un logement prévu pour quatre et je pense qu’ils n’y sont entrés qu’à deux. Il doit y avoir une fonction qui nous échappe, prévue pour leur délivrer des vêtements. Qu’importe de toute façon. C’est inespéré, c’est notre chance ! Avec cela on peut aller partout sans être inquiété.

– Mais ils s’apercevront vite que nous ne faisons pas partie des hommes en blanc malgré ces uniformes.

Sûr de lui, il ajouta :

– Nous sommes près du but. Nous n’en avons plus pour très longtemps. Et puis j’ai déjà vu les hommes en blanc aller et venir sans nécessairement frapper quelqu’un. Nous nous contenterons de nous déplacer.

À cet instant-là, elle comprit que sans lui elle ne serait jamais parvenue jusqu’à cet endroit, dans ces hautes sphères de l’immeuble ainsi qu’ils appelaient tous l’univers abritant les multiples mondes. Sans lui, elle aurait continué à errer. Sans lui elle aurait fini par renoncer un jour ou l’autre. Sans elle il ne serait peut-être jamais parti.

Ils enfilèrent les uniformes. Ils paraissaient redoutables à leur tour. Ils franchirent la porte avec cet espoir : ce serait probablement leur dernière nuit dans ce monde.

Déjà les musiciens accordaient leurs instruments en une cacophonie dont ils s’éloignèrent.

Trois couloirs.

Quatre salles.

Deux autres couloirs plus étroits.

Ne tournaient-ils pas en rond ?

Ils venaient de la droite et ils percevaient encore légèrement les tentatives pour accorder les violons, les pianos, les saxophones… Ils se dirigeaient vers la gauche quand ils entendirent que l’on se hâtait de la même façon pour tirer le meilleur son possible des mêmes instruments.

– Je crois que nous sommes perdus.

– Non, mais je crois que ce sont deux mondes parallèles. Ils doivent avoir la même fonction. Sans doute sont-ils importants ! À présent il faut absolument trouver des escaliers et monter.

Ainsi vêtus de blanc, personne ne les dévisageait. Personne ne leur demandait de prendre place pour jouer. On fuyait leur regard ou on les ignorait.

– Là-bas, on dirait un accès à des escaliers !

Elle désigna du doigt un endroit où deux couloirs se séparaient.

– On y va ! fit-il quelques instants après.

Ils gravirent à peine une dizaine de marches qu’ils furent arrêtés net.

Un mur immense, opaque, coupait brutalement la montée.

– Surprenant ce mur au milieu de nulle part !

Alexandra caressait les parois se demandant bien pourquoi un tel obstacle avait été construit au beau milieu des escaliers.

– Réfléchis, dit Thibault. S’il est là, c’est qu’il doit empêcher toute personne de passer et s’il a cette fonction, c’est que derrière lui il y a probablement une sortie. On y est Alexandre, on y est enfin. La clé !

La jeune femme s’exécuta.

La porte apparut, qu’ils franchirent sans plus attendre.

 

*

Ils furent accueillis par une luminosité exceptionnelle. Les murs blancs se paraient de reflets, d’ombres en mouvement. Curieusement, on les salua :

– Bonjour, vous semblez égarés. Que cherchez-vous ?

Toujours méfiant, Thibault qui brûlait de demander où se trouvait la sortie se surprit à dire :

– Nous avons faim. Nous avons manqué un repas.

– Ce n’est pas bien. Vous trouverez quelque chose à vous mettre sous la dent. La salle à manger est toujours ouverte.

Puis l’aimable personne tourna les talons. Elle se figea cependant voyant que les deux jeunes gens partaient dans la direction opposée au restaurant. Elle les appela et revint sur ses pas :

– Ohé ! Vous vous trompez. Le réfectoire est par là. Vous partez dans la mauvaise direction.

– Oui, bien sûr, fit Alexandra en riant pour donner le change.

– Vous n’êtes pas de ce monde n’est-ce pas !

Ils se regardèrent, inquiets.

– Vous ne faites pas partie de l’horizon. Cela se voit immédiatement. Il n’y a pas d’hommes en blanc ici. Il n’y en a jamais !

Alexandra serra la main de Thibault. Sa gorge se serra.

– Non, pas si près du but, pensa-t-elle.

– Ce n’est pas grave ! Ne soyez pas effrayé mes tourtereaux. Ici, personne ne viendra vous importuner d’où que vous veniez. L’horizon est le monde à la fois le plus ouvert et le plus clos. Allez vous restaurer tranquillement, vous semblez épuisés. Prenez votre temps ! Je reste dans les parages. Je vous retrouverai et si je peux vous aider, je le ferai. Surtout ne vous cachez pas et dites la vérité si l’on vous interroge. Vous n’avez rien à craindre, vraiment rien !

– Mais si…

– Pas de questions pour l’instant !

Thibault insista :

– Si la voix nous donne un ordre. Que devrons-nous faire ?

– La voix dites-vous ? Quelle voix ? De quoi parlez-vous ? Cessez de vous tourmenter. Vous trouverez le réfectoire de ce côté. Je vous retrouve d’ici, disons, deux heures. Cela vous convient-il ? Je vous amènerai aussi de quoi vous changer. Vous ne ressemblez vraiment à rien dans ces déguisements. Au fait, je m’appelle Donna.

– Oui, répondirent-ils ensemble.

Ils déjeunèrent copieusement tout en observant ceux qui les observaient. On ne leur posa cependant aucune question.

– J’espère que l’on peut lui faire confiance !

– Je l’espère aussi mais si elle nous avait menti, nous aurions déjà eu des problèmes. Tout le monde nous a repérés.

– Je n’avais jamais entendu parler de ce monde de l’horizon même si je vais d’un monde à l’autre depuis longtemps. Il a l’air agréable en tout cas et puis, tu as vu cette salle n’a pas de porte. On peut y venir quand on veut. C’est un peu aussi un monde sans faim, comme le tien !

– Certes mais ils doivent avoir des obligations aussi comme dans le monde des déchets, celui de l’énergie, etc. Mais retrouvons Donna maintenant. J’ai hâte d’en entendre davantage.

 

Elle les attendait devant la grande salle. Elle leur tendit des vêtements et leur indiqua un endroit où se changer. Ils revinrent quelques instants plus tard.

– Voilà, vous êtes plus présentables, plus conformes à ce lieu, déclara-t-elle satisfaite.

– Pouvez-vous nous dire ce qu’est ce monde Donna ?

– Bien entendu. Mais tout d’abord, veuillez me suivre. Nous pourrons nous asseoir et profiter de cette belle lumière de printemps tout en parlant.

Ils s’installèrent en face d’un mur qui semblait flamboyer.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda Thibault admiratif.

– C’est la lumière naturelle. Les mondes d’en bas, d’où vous venez, n’en bénéficient pas. La nôtre est changeante, selon les saisons. Or par chance vous arrivez au moment où la lumière est la plus belle. Mais vous n’êtes pas ici pour admirer la lumière !

– Non. Nous cherchons une sortie.

– Une sortie ? Pour quoi faire ?

– Pour nous échapper de l’immeuble cité, de tous les mondes, même si le vôtre a l’air plus accueillant.

– Vous échapper mais que voulez-vous donc fuir et où voulez-vous aller ?

– Ailleurs ! Nous voulons être libres. Libres d’agir, de penser, libres de lire ce que nous voulons…

– Oui, ajouta Alexandra, et pour cela nous voulons sortir. Mais je crains que les sorties ne soient bien gardées.

– Je vous l’ai dit. Ici les hommes en blanc sont inutiles. Le travail qu’ils font en amont est suffisant. Aucune menace ne parvient jamais jusqu’ici… Vous voulez donc voir la sortie ?

– Elle existe ?

– Bien entendu qu’elle existe. Il y en a même deux mais…

– Mais quoi ? Vous en avez trop dit pour vous taire maintenant !

– Je crains mes tourtereaux que vous n’aimiez pas ce que vous allez trouver ou plutôt ce que vous allez voir. Toutefois, puisque vous insistez, les sorties sont par ici. Je vous accompagne. Il vaut mieux.

Elle les précéda, marchant d’un pas solennel.

Un instant plus tard, ils arrivèrent devant une cavité, masquée par un rideau léger mais opaque. Le pourtour de ce tissu était blanc, le centre bleu et pile au milieu, trônait un petit rond noir. Ils devinèrent qu’au-delà se trouvait la source de la luminosité.

Alexandra, la première, osa avancer. Elle voulait voir. Elle entraîna Thibault en lui prenant la main. Donna resta sur place. Elle les attendait. Elle savait qu’ils feraient marche arrière en dépit de leur volonté de s’échapper.

Ils avancèrent précautionneusement, animés à la fois par le désir de savoir et par la crainte de ce qu’ils allaient découvrir. De sa main gauche, la jeune femme écarta le voile qui masquait l’horizon. Ils se retrouvèrent sur une sorte de belvédère et au loin ils virent pour la première fois le soleil, autant qu’ils purent ressentir la caresse de ses rayons.

Par intermittence, une cloison s’abaissait avec la rapidité d’un éclair et remontait pour se loger en haut du balcon. Le panorama disparaissait alors aussitôt avant de réapparaître. Les pourtours de cette corniche étaient garnis de filaments qu’une légère brise agitait. Alexandra s’approcha du rebord.

– Fais attention. Je ne voudrais pas te perdre ! lui dit Thibault en lâchant sa main.

L’endroit était humide et par moments un liquide salé affluait.

Deux pas encore et ils se trouvèrent au bord d’un précipice. Un garde corps relativement haut empêchait toute chute.

– Mais où sommes-nous ? Je ne comprends pas ! demanda Alexandra à son compagnon.

– Je n’en sais rien !

De partout, ils voyaient des gens qui allaient et venaient, qui s’activaient, des gens par dizaines vaquant à leurs occupations. Eux-mêmes se déplaçaient à bord de leur immeuble cité. D’imposants gratte-ciel, dans lesquels tout se reflétait, montaient vers le ciel d’un bleu infini. On aurait dit des épées d’acier défiant les dieux.

– C’est cela le monde ? C’est cela la vie ?

Donna s’était approchée.

– Oui ma belle. Ce que vous voyez s’appelle une ville et les immeubles cités sont ses habitants. Ici se trouvent la fin de votre monde et l’ouverture vers la vie, la vraie.

– La fin de notre monde ! Mais que dites-vous ?

– Ce que vous imaginiez s’achève. C’est aussi l’une des deux portes qui mènent vers l’ailleurs. Cependant, si ce sont des accès vers l’extérieur, elles ne sont ni des entrées, ni des sorties. C’est la raison pour laquelle les hommes en blanc n’ont pas besoin de venir ici. On les voit parfois mais très rarement. Leurs interventions ne sont dues qu’à des agressions extérieures provenant des balcons. Cela arrive les jours de grand vent ou quand notre hôte est fatigué. Les ennemis venus de l’intérieur sont rares ou si inoffensifs. Aucune invasion n’est à craindre ici et il est impossible d’envisager de partir. De toute façon, partir ne rimerait à rien. Il faudrait sauter dans le vide et ce serait la mort assurée. Nous tous qui sommes ici nous ne sommes rien. Vous croyez exister mais vous n’êtes que des composants d’un être vivant et sur ce belvédère, vous vous trouvez dans ses yeux.

– Ce n’est pas possible, je sais ce que je suis, objecta Thibault terrassé par ces révélations. Moi je travaillais dans le monde sans faim. Alexandra dans celui de l’énergie et nous ressentons même ce qui, je crois, s’appelle de l’amour l’un pour l’autre désormais.

– Certes mais comme moi vous n’êtes que des cellules affectées par ce corps dont vous dépendez à des fonctions très précises. Le monde sans faim n’est pas limité car il doit sans cesse alimenter le cerveau et sa créativité. Une nourriture abondante et de qualité y est nécessaire. Il se trouve assez bas dans le monde pour profiter pleinement et immédiatement des aliments dès qu’ils sont disponibles. Il est aussi proche de l’échelle nerveuse, la colonne vertébrale, dont vous avez emprunté les escaliers. Ainsi, les transmissions sont parfaites ! Le monde de l’énergie quant à lui reçoit la mission de maintenir une activité musculaire nécessaire aux efforts demandés et ils sont nombreux, parfois très soutenus et prolongés. Cela dépend de l’hôte. Je ne vais pas évoquer tous les autres mondes mais par exemple celui que vous venez de quitter, celui de la musique correspond aux deux oreilles du maître des lieux. Les tympans interdisent toute intrusion et toute fuite. Ils sont cependant parfois sujets d’agressions que la sécurité endigue.

Les deux amants s’étaient assis plus par dépit que par fatigue. Ils avaient atteint leur but. Ils en étaient privés.

– Mes enfants, conclut Donna avec une infinie bonté dans la voix. Souriez à la vie ! Peu d’entre vous parviennent jusqu’ici pour ne pas dire qu’ils n’y arrivent jamais. Vous êtes là et bien là et si vous le désirez, vous pouvez rester. Deux de plus, deux de moins, qu’importe. Vous êtes plein de ressources, je vous trouverai une tâche. Il vous appartient maintenant de faire en sorte que l’être humain dans lequel nous vivons soit heureux. Le monde de l’horizon est le meilleur des mondes. Vous verrez que vous apprécierez de venir au bord de ses yeux admirer la lune et les étoiles chaque soir.

– Et cet être humain, est-il comme nous ? A-t-il un nom ?

– À ce que je sais, certaines cellules ont moins de chance. Nous ne sommes pas égaux dans la vie. Elles se retrouvent dans des corps inintéressants, passifs, aux cerveaux privés de toute curiosité. En général, elles dégénèrent et meurent rapidement. Leur hôte n’est pas plus à envier. Par chance notre immeuble cité comme vous l’appelez s’appelle Angelina. Elle appartient à un orchestre philharmonique, elle ne cesse d’étudier, elle adore voyager, elle est sportive et en parfaite santé. Elle vivra très longtemps et vous l’accompagnerez. Jamais vous ne vous lasserez des horizons lointains qu’elle vous fera découvrir. Je vous raconterai, un jour, tous ces endroits merveilleux où nous sommes allés, tous, avec elle. Mais attention, elle est émotive et parfois au bord des larmes ; dans ses yeux, vous risqueriez d’être emportés !

 

Un manteau de nuages habilla le ciel qui se découvrit quelques minutes après. Très loin, on devinait l’océan dont les vagues déchaînées jouaient avec les teintes de bleu. L’air marin était imprégné d’iode et de senteurs de pins.

– J’oubliais. Demain, nous partons, nous nous envolons avec Angelina pour le sud-ouest de Tokyo, au Japon. Nous nous rendons au mont Fuji pour l’éclipse totale du soleil qui sera visible là-bas.

Avant de les quitter, Donna les regarda. Thibault serrait amoureusement Alexandra dans ses bras.

AUDREY DEGAL extrait de « DESTINATIONS ETRANGES », éd BoD, pages 109 à 151

 

 

 

 

 


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BONNE ANNEE 2020 !

Bonne Année, Nouvel An De L'Horloge

Nous sommes le 1er janvier 2020 et je tiens à vous souhaiter à toutes et à tous une très très bonne année 2020. 

Qu’elle vous apporte la santé, car sans elle tout devient difficile, mais aussi le bonheur, la joie, l’amour, de beaux projets, la concrétisation de vos voeux…

Que le soleil brille et réchauffe tant votre coeur que votre existence, que vos nuits soient étoilées et que ces étoiles soient vos meilleures conseillères pour guider chacun de vos pas, pour vous inspirer, pour permettre que demain soit un jour exceptionnel. 

Je vous souhaite également de belles lectures et j’espère que je contribuerai à vous divertir, voire à vous passionner encore et encore à travers les histoires que je publie sur ce site (j’essayerai de faire en sorte d’en publier davantage, pour vous !), à travers mes romans déjà publiés ou à venir, à travers les sentiments que je vous fais partager concernant mes propres lectures (tiens, j’ai fini de lire un roman ce matin, à trois heures… Je vous en parlerai), à travers aussi les films que je vais voir au cinéma… 

Enfin, je ne peux que vous remercier pour votre fidélité, pour vos commentaires, vos « j’aime » sur ce site, sur Facebook, sur Twitter… et pour l’engouement que vous manifestez pour mon dernier roman « Le Manuscrit venu d’ailleurs » qui vous séduit vraiment d’après ce que je peux  lire lorsque vous me livrez vos retours de lecture. Encore merci, merci et merci. 

Très bonne année 2020 et qu’il y en ait encore beaucoup d’autres, après, encore plus merveilleuses. 

Votre auteure : AUDREY DEGAL


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LA DEMOISELLE INACHEVEE, suite et fin

Résumé de l’épisode précédent : C’est l’anniversaire de Mathilde et ses amis lui offrent l’annexe immobilière qu’elle voulait acheter pour ouvrir sa pâtisserie chocolaterie. Mathilde a réussi dans la vie et elle se double d’une bonne vivante qui aime bien manger. Mais elle est seule, dans sa grande propriété et si elle le cache aux autres, elle souffre intérieurement d’un mal qui la ronge : elle se déteste. Elle déteste ses rondeurs, son corps qui s’est alourdi au fil des années car elle ne parvient pas à se maîtriser : elle aime les bonnes tables et ne se prive de rien. Ce goût irrépressible pour la nourriture la poursuit même dans ses rêves où elle se voit éclater à cause de ses excès. Sourire à la vie devient très difficile pour elle désormais !

          Un klaxon de type italien résonna à deux reprises, réveillant Mathilde en sursaut. La Cucaracha annonçait Denis et ses plaisanteries. Il était 15 heures. Il coupa l’alarme de la grande bâtisse qui s’activait automatiquement chaque nuit. Il ouvrit avec sa clé et entra comme s’il était chez lui. Mathilde l’adorait : gentil, toujours là quand il fallait, doué et réputé en cuisine, l’ami parfait !

            — Encore au lit ! Allez, debout. On a une dure journée.

            Mathilde, couchée à plat ventre, saisit l’oreiller et le rabattit sur sa tête tandis que le visiteur ouvrait les rideaux de taffetas et qu’un soleil sans-gêne pénétrait dans la pièce.

            — Oh non, protesta la jeune femme aux paroles étouffées par le matelas. Pas déjà !

            Denis repéra des traces et des résidus de maquillage dans les plis de l’oreiller.

            — Tu as encore pleuré !

            — Ne m’embête pas avec ça ! C’est mon problème !

            — Je refuse que tu te laisses aller. Tu ne peux rien changer à ce qui s’est passé. Tu dois tourner la page et aller de l’avant, Mathilde. À quoi bon te torturer ?

            Toujours cachée par le coussin, elle l’écoutait mais refusait de répondre. Il reprit :

            — Tu es la meilleure pâtissière qui soit, ta notoriété monte en flèche et ta réputation commence à te précéder. Pourquoi cherches-tu encore à te punir face au succès.

            Il la connaissait parfaitement et savait comment elle réagirait. Elle émergea, le teint brouillé, pour lui dire :

            — Je n’arrive plus à me maîtriser. J’avale tout ce qui me tombe sous la main et dans mon métier, c’est pire encore ! La nourriture m’entoure : les épices, les fumets, le thym, la coriandre, le gibier. Entre le piquant et l’acidité, mes papilles ne balancent pas, elles prennent tout. Les fromages m’appellent, les fruits, les lasagnes au safran, les tiramisus à la pistache, les vins, les champagnes… Je ne peux plus résister.

            Il s’approcha pour la consoler. Il plaqua la longue chevelure emmêlée de Mathilde contre lui et se mit à la caresser.

            — Ne pleure pas. Je suis là, avec toi. Je sais que ce que tu traverses est difficile et je ne t’abandonnerai jamais. Personne n’aurait imaginé ce qui t’est arrivé il y a huit mois, quand tes…

            Mathilde posa sa main sur la bouche de Denis pour l’empêcher de parler.

            — Tais-toi ! Je ne veux pas en entendre davantage. Cela me fait souffrir et tu le sais. Mais regarde-moi, Denis ! Je ne suis plus moi-même. Je suis devenue un monstre de gourmandise qui ne sait même plus ce que signifie déguster ou apprécier.

            — Chut, intervint-il avec douceur. Écoute-moi ! Tu vas te reconstruire mais il faut du temps et de la patience pour cela. Tous tes amis sont là pour toi. Nous ne te laisserons pas tomber, Mathilde. Tu détestes les miroirs, couvre-les au lieu de les briser. N’ajoute pas du malheur au malheur ! Tu as besoin d’aide. Je vais t’aider !

*

            — Bonjour mademoiselle Delacour. Avez-vous passé une bonne nuit ? demanda l’infirmier.

            — Où suis-je ? interrogea-t-elle en se redressant sur un lit étroit aux draps blancs immaculés.

            — Je crois qu’il va falloir réduire les somnifères que vous prenez ! Vous avez toujours du mal à émerger, le matin.

          — Des somnifères ? Mais de quoi parlez-vous ? Et qu’est-ce que j’ai au bras ?

          L’infirmier la fixa de ses yeux noirs. Il émanait de sa personne autant de charisme que de douceur.

            — Une perfusion, depuis votre arrivée, ajouta-t-il. Mais comme vous allez mieux je suis venu l’enlever.

            — Une perfusion, pourquoi ? Où sont mes amis ? Où est Denis ?

            — Vous ne vous en souvenez pas ?

            — Non. Je suis totalement perdue. Que se passe-t-il ?

            Le soignant se posa un instant au bord du lit. Il prit la main de Mathilde dans la sienne et commença à lui expliquer :

            — Voilà. Depuis la mort de vos parents, dans un accident de voiture, vous avez déclenché une forme d’amnésie partielle et heureusement momentanée ainsi qu’un trouble prononcé de l’alimentation.

            — Ҫa, je le sais. Je ne cesse de manger, ironisa-t-elle tandis qu’elle se rappelait l’accident qui l’avait traumatisée.

            — Ne m’interrompez pas, s’il vous plaît. Vous allez comprendre.

            Et il poursuivit :

          — Contrairement à ce que vous croyez, vous n’êtes pas devenue boulimique et la gourmandise vous écoeure particulièrement. Vous la fuyez.

            — Qu’est-ce que vous me chantez-là ?

            — Vos amis ont craint pour votre santé car suite au traumatisme subi, vous êtes devenue anorexique. Regardez vos bras !

            — Justement, ils sont bien potelés !

            — C’est un des problèmes de cette maladie. Vous vous voyez ronde alors que votre maigreur vous met en danger. Vous avez l’impression d’être inachevée !

            — Mais…

            — …laissez-moi finir ! Dans ce centre spécialisé, vous ne rencontrerez aucun de vos proches avant d’être rétablie. Cela fait partie du protocole et c’est un gage de réussite. Or, depuis votre admission, vous avez repris du poids, six kilos. C’est considérable et bon signe !

            Mathilde ouvrit de grands yeux et resta bouche bée. Elle aurait voulu crier, protester, nier ce que cet homme venait de lui dire mais en regardant à nouveau son corps, elle finit par voir qu’elle était maigre. Une autre version d’elle non pas ronde mais longiligne !

            — Et la pâtisserie chocolaterie que mes amis m’ont offerte, je l’ai aussi inventée ?

            — Oui, vous avez été admise peu après l’accident et chaque nuit vous faites le même rêve que vous me racontez : une soirée d’anniversaire bien arrosée, plaisanta l’infirmier. Bon et maintenant, qu’est-ce que je vous sers ?

            — Je crois que j’ai faim. J’aimerais bien tirer un trait sur le passé et créer  un dessert qui me ressemblerait.

            —Très bien et comment appellerez-vous cette création ?

            — La demoiselle inachevée !

FIN.

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LA DEMOISELLE INACHEVEE, 1ère partie

La Demoiselle inachevée

— Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Mathilde, joyeux anniversaire !

Dès les dernières notes fredonnées, elle avait soufflé les bougies érigées comme des tourelles sur un château de la Renaissance. Les trente flèches dressées fièrement vers le plafond de la salle louée pour l’occasion s’étaient éteintes au même moment et on avait rallumé les lumières pour apporter les cadeaux.

Mathilde souriait. Elle ne s’attendait pas à tant d’attention de la part de ses amis surtout depuis… Non ! Elle refusait d’y penser. C’était un jour de joie à savourer auprès de ceux qui la chérissaient.

Devant elle, des montagnes de paquets colorés, des grands, des petits. Elle s’en approcha et releva les pans de sa robe de cocktail pour mieux avancer. Le sol était glissant, ses talons trop hauts et elle avait l’impression de marcher sur des œufs.

— Je ne sais par lequel commencer, lança-t-elle tandis que tous les regards se braquaient sur sa personne.

— Prends n’importe lequel ! suggéra Noé.

La jeune femme en souleva un dans ses mains. Il paraissait léger. Elle en soupesa un second. Il aurait rivalisé avec une plume. Elle se fraya un passage parmi les paquets empilés pour en attraper un autre, bien plus gros. Son poids était infime.

— À quoi est-ce que vous jouez ? Je parie qu’il y a anguille sous roche !

— Et tu vas nous la cuisiner ! renchérit Denis selon son habitude.

Mathilde se doutait que cette mise en scène cachait un stratagème élaboré. Elle soupesa encore quelques paquets. Ils paraissaient tout aussi vides. Doucement, elle se mit à les écarter et, au bout de quelques minutes, elle repéra une minuscule boîte qui attendait, docilement, sous une cloche transparente. Elle s’en empara cérémonieusement comme d’un objet mystique. Elle l’ouvrit et sortit un papier plié, déposé dans un écrin de velours bordeaux. Elle le déplia et lut :

« Mathilde Delacour, à ce jour, vous êtes l’heureuse propriétaire de l’annexe située 12 place de la République où vous pourrez ouvrir votre pâtisserie chocolaterie ».

Émue aux larmes, elle faillit vaciller mais se surprit à sourire à ceux qui l’entouraient et qui lui offraient ce local.

— Le gâteau ! réclamèrent les convives à l’unisson.

 Mathilde remercia ses amis puis, d’un revers de la main, elle essuya les perles d’eau salée qui glissaient le long de ses joues. Elle prit le couteau et la pelle qu’on lui tendait et découpa précautionneusement la pièce montée.

 Elle avait toujours été d’une gourmandise absolue et tout en s’interrogeant à propos des cadeaux, elle n’avait pu s’empêcher de dévorer des yeux ce dessert qui l’attendait. Ses proches l’avaient choisi en fonction de son goût immodéré pour le chocolat, la ganache, les macarons, les calissons et le nougat. Ils voulaient la combler. Elle en avait besoin. Tous le savaient. Elle avait servi les autres et s’était servie, resservie, copieusement, trop peut-être. Il était cinq heures du matin quand Noé la raccompagna chez elle, dans sa grande maison vide.

— Des projets pour demain ? lui demanda-t-il.

— Pour l’instant, prendre un bon bain et dormir. Le reste, je verrai après.

 La voiture de sport l’abandonna sur le perron, fit demi-tour sur le gravier de la cour intérieure et disparut dans la nuit.

 Dix minutes plus tard, Mathilde se posta devant sa chaîne hi-fi pour la programmer. Si elle appréciait à l’excès la bonne chair, la jeune femme était aussi friande de musique. Des mélodies classiques en passant par le rock, elle aimait tout. Il était impensable pour elle d’entendre un air sans se le procurer aussitôt. Elle ne comptait plus ses soirées passées dans les auditoriums à se délecter des plus célèbres symphonies ni celles consacrées à scruter la toile pour dénicher le dernier concert des groupes qu’elle adorait. De Rome en Italie en passant par Reykjavik en Islande, Oslo en Norvège ou encore Los Angeles aux États-Unis, elle voulait s’imprégner, jusque dans ses gênes, de ces ambiances dont elle raffolait, de ces notes suaves, revigorantes et exceptionnelles qui flattaient son esprit autant que le chocolat son palais. Dans la vie, Mathilde se régalait de tout !

 Et cela se voyait. Elle avait fait installer son jacuzzi dans une pièce totalement dédiée à la détente. Sur les murs, des miroirs, témoins muets, lui donnaient l’impression qu’elle était entourée du monde qui lui manquait. Mais ce n’était pas le seul message silencieux qu’ils délivraient. Incapables de mentir, lorsqu’elle s’y reflétait, ils lui assénaient toujours le même leitmotiv : « gourmande que tu es ! Tu as encore grossi ! ».

 Ce soir-là, plus encore que les autres, ces surfaces froides et insensibles ne cessaient de lui répéter qu’elle avait trop profité de ce copieux repas comme des précédents. Ses joues chantaient sa gourmandise. Ses épaules moelleuses racontaient la richesse des entrées qu’elle avait appréciées. Sa taille lui répétait que la sauce forestière qui accompagnait la viande était une réussite tandis que ses hanches, pourvues de poignées d’amour inutilisées, fredonnaient une litanie faite de magrets de canards, de pommes de terre rissolées et de délicates bouchées au foie gras. Enfin, ses cuisses rondes grignotées par des îlots de cellulite étaient à elles seules un hommage aux métiers de bouche, à leur savoir-faire inépuisable et à leurs secrets.

 Mathilde prit un des objets qui reposait, parmi d’autres, sur les rebords du SPA et le lança violemment en direction des miroirs. Plusieurs se brisèrent, démultipliant désormais au sol sa silhouette qui s’y reflétait désespérément.

 — Je vous hais ! lança Mathilde.

 Je me hais ! pensa-t-elle, le regard mauvais.

Qu’y pouvait-elle ? À la tête de la plus prestigieuse table de la ville, elle se donnait corps et âme à ce qui se mangeait. Et ce soir-là, ses proches venaient de lui offrir une extension de son activité.

Elle avait menti en prétendant qu’elle ne pouvait se l’offrir, prétextant qu’il lui manquait toujours quelques deniers, qu’elle avait fait de mauvais placements en bourse… En fait, elle tentait de résister. Et voilà que ceux qui l’avaient toujours soutenue, lui apportaient sur un plateau l’annexe tant espérée, l’annexe tant redoutée. Ils avaient probablement emprunté pour elle. Ils voulaient la combler, lui permettre d’oublier, lui ouvrir de nouvelles perspectives…

  Plongée dans le bain chaud, dont les bulles masquaient son corps, elle s’imaginait concoctant ses plus prodigieux entremets : son 2000-feuilles souvent copié, jamais égalé, son Absolu citron meringué qui lui avait permis d’être remarquée, sa Banquise au caramel et beurre salé qui l’avait consacrée… Pour réussir, pour innover, pour créer il lui fallait impérativement être gourmande. Et elle l’était. Seul un « hélas » était venu s’ajouter, lancinant, impoli, agressif mais tu par nécessité.

 Un lit immense l’accueillit finalement au petit matin. Elle s’y réfugia, enveloppée dans son peignoir encore humide qu’elle avait refusé de quitter. Le visage poupin immergé dans son oreiller de soie, elle avait pleuré avant de sombrer dans des rêves sombres et peut-être prémonitoires. Elle se voyait à la tête de sa nouvelle enseigne « Mathilde Delacour, pâtissier-chocolatier », rivalisant avec les plus grands : Fauchon, Peltier ou Larher. En devanture, une queue sans fin de gourmands, jamais rassasiés, tenait davantage du boa constrictor. Le serpent, crocs sortis, voulait l’avaler. Puis cette vision cauchemardesque déboucha sur une nouvelle, encore plus angoissante. Les clients, qui entraient dans sa pâtisserie, étaient des gloutons qui se goinfraient de façon anarchique et n’appréciaient rien. Comme ils souffraient d’agueusie, ils saccageaient sa boutique et avant de partir, ils l’obligeaient à finir leurs restes. Aucune trace de leur passage ne devait subsister. Elle se mettait ensuite à grossir et à gonfler à tel point qu’elle était obligée de sortir. Une fois dehors, elle s’envolait, comme un ballon de baudruche rempli d’hélium et finissait par éclater.

Elle se réveilla en sueur, persuadée que ces songes étaient des présages et qu’ils contenaient implicitement des conseils avisés : elle devait maîtriser sa gourmandise ! Facile à dire mais difficile à appliquer !

A suivre…

Merci pour votre fidélité. 

Vous trouverez en page d’accueil toutes les références de mes livres que vous pouvez vous procurer en ebook ou en livre papier. 

Audrey Degal


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LA MOMIE

Hier, soirée cinéma. Au programme, le dernier film dans lequel apparaît Tom Cruise que j’ai pu apprécier dans « Oblivion » que je vous recommande de voir, les « Mission impossible » si connus… « La Momie » était diffusée hier et disparaissait ensuite des écrans. Donc,direction le cinéma, d’autant que l’acteur Russel Crowe (« Gladiator », « Robin des bois », « Master and Commander »… faisait aussi partie du le générique. 

Amers regrets et comment expliquer qu’il soit resté à l’affiche plus d’un mois  quand  « Cloud atlas » par exemple, sorti il y a de cela quelques années, a été boudé par la critique et les spectateurs alors qu’il s’agit d’un film d’une grande qualité même s’il faut réfléchir tant les rebondissements sont enchâssés mais savoureux.

L’histoire : y en a-t-il vraiment une ? Classique et tirée directement des films qui l’ont précédé et qui portent le même titre au cours desquels une personnalité de l’Egypte ancienne a pactisé avec le Mal pour arriver à ce qu’elle désirait. Malédiction bien entendu et l’individu, ici une femme, se retrouve momifiée vivante et emprisonnée dans un tombeau que, des siècles plus tard, nos contemporains ouvriront. Où est l’originalité du scénario ? Je la cherche encore ! 

Certes le metteur en scène a eu recours a des effets spéciaux, modernité oblige et c’est d’ailleurs réussi. A côté de cela, j’ai noté une tentative de greffer un peu d’humour… Il y en a trop peu et on s’en amuse moins que dans les films précédents intitulés eux aussi « La Momie », qualitativement bien meilleurs car les personnages sont plus attachants, moins stéréotypés. 

Bref, Tom Cruise, commet l’irréparable et fait en sorte de libérer cette force maléfique qui déferle alors sur notre civilisation. Une histoire d’amour surplombe le tout, soit ! Mais quand les vilains morts-vivants arrivent et surgissent de toutes part, on tombe dans le grotesque. 

Quand Russel Crowe surgit-il ? Presque au milieu du film, responsable d’une haute mission. Mais quel diable a piqué le metteur en scène en l’affublant d’un rôle ridicule de monstre dont on se demande bien d’ailleurs à quoi il sert. 

 

Où une telle profusion d’effets spéciaux réussis, de monstres, d’amourettes, de pharaons… mènent-ils le spectateur ? Vers une fin prévisible qui suggère de surcroît une suite que je n’irai surtout pas voir. 

Bien entendu, vous avez peut-être vu ce film et l’avez apprécié, ce que je respecte car heureusement, tous les goûts sont dans la nature ! En ce qui me concerne, je ne vous livre-là que mon humble avis au sujet d’un film au cours duquel je me suis ennuyée, malgré de belles images ! Mon conseil : s’il sort en DVD, évitez une dépense inutile !

******

Je vous promets de reprendre rapidement la suite des mes histoires et des publications de ce blog, notamment de  » Paroles de pierres » mais j’avais besoin de souffler un peu. Entre profession et écriture de mes romans, j’avoue avoir un emploi du temps à faire pâlir certains. Sur ma chaîne YouTube « Audrey Degal », je vous emmènerai bientôt en Grèce et sur un paquebot magnifique, le Queen Victoria » pour vous faire rêver et vous permettre de vous évader vous aussi. Bien sûr vous pouvez vous y abonner et cliquer sur « j’aime ». J’adore partager avec vous mes évasions, mes voyages…

Merci à toutes et à tous de votre fidélité, de me faire part de vos commentaires quant à mon dernier thriller « La Muraille des âmes » que vous avouez souvent avoir (je vous cite) « dévoré ». C’est le cas de la journaliste de Ô Magazine qui a eu la gentillesse de me consacrer un article que vous pouvez lire en cliquant ici http://omagazine.fr/la-muraille-des-ames-par-audrey-degal/ lorsque mon éditeur lui a adressé mon roman. Si après l’avoir lu vous hésitez encore à vous le procurer… 

Bel été ! 

Audrey Degal

 


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La série : VIKINGS

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Quelle série extraordinaire, pour ceux qui ne craignent pas la violence car, s’agissant du peuple Viking, il ne saurait en être autrement !

Cette série, dont je n’ai vu que deux saisons, pour l’instant, est addictive et belle. Entre conquêtes, navigation, défis lancés à la mer, croyance en des dieux absents, sacrifices, chrétienté, combats, amour, trahison, fratrie, loyauté, crainte, péril, horreur… Tout y est.

Les personnages sont attachants ou haïssables. Ragnar, le héros historique, plus intelligent qu’il n’y paraît au début de la saison, s’avère être un conquérant hors normes, doté d’un raisonnement fin. Comme il a véritablement existé vous en saurez un peu plus sur les Vikings même si la version télévisée est probablement très romancée. Oui, si la série s’écarte quelque peu de l’Histoire, elle la visite souvent et en respecte bien des aspects ce qui, à mon sens, la rend encore plus intéressante. Je me suis intéressée à divers documentaires au sujet de ce peuple et des chercheurs se sont  penchés sur leurs façons de vivre, de conquérir… Force est de constater que la série puise largement dans la réalité, ajoutant ici ou là des personnages, notamment féminins dont je doute qu’ils aient existé mais qui pimentent bien l’intrigue par rapport à nos exigences contemporaines. 

Cependant, si vous craignez le sang, passez votre chemin ! Les Vikings ont bâti leur monde sur la force et la cruauté. On ne peut, malgré tout, que les admirer car ils s’appliquent à eux-mêmes tout ce qu’ils prônent et on en reste souvent bouche bée. « Ils jouent au jeu difficile des hommes » (on retrouve cette expression chez Anouilh, dans Antigone, quand Oreste tente de convaincre Antigone d’abandonner ce pour quoi elle lutte)  qui luttent pour exister, jeu difficile qui a parcouru nombre de nos tragédies classiques, jeu qui se nourrit aussi de contemporanéité. 

Il me tarde de découvrir les saisons suivantes et je ne manquerai pas de vous faire part de mon expérience afin de vous éclairer quant à l’évolution des personnages et à leur insatiable esprit de conquête. 

Je publierai bientôt la fin de « Paroles de pierres » ainsi qu’une critique sur une autre série : Le trône de fer, autrement dit« Game of thrones ». Tout un programme !

Pensez que LA MURAILLE DES ÂMES, mon 3ème roman (un thriller policier) est actuellement disponible dans toutes les librairies et que l’histoire est aussi passionnante que celle des Vikings ou d’autres livres. Merci pour vos lectures sur ce site, merci d’être les acteurs de mon succès d’auteur. Vous êtes bientôt 600 abonnés, fidèles à mes rendez-vous de lecture et lecteurs de mes livres. Je vous souhaite une belle journée. 

Audrey Degal.


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LA GRANDE MURAILLE

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Film à grand spectacle, LA GRANDE MURAILLE, avec en acteur vedette Matt Damon, avait bien des promesses à tenir.

Alors je dirais aujourd’hui, pour l’avoir vu : promesses partiellement tenues.

L’histoire :

Deux hommes sont poursuivis dans une contrée désertique chinoise et arrivent subitement au pied d’une gigantesque muraille. Ils n’ont pas le choix et y entrent. Là, on voudrait les exécuter mais l’un d’entre eux a un objet qui intrigue les résidents de la muraille (car la muraille n’est pas un mur mais un lieu d’habitation pour les soldats). La nuit précédente, il a été attaqué par une créature étrange à laquelle il a coupé une patte. On comprend dès lors que l’objectif auquel répond cette Muraille est la protection contre les attaques des ennemis et notamment de créatures effrayantes. Lors du premier assaut de celles-ci, le héros, Matt Damon, parvient à se délivrer et, au lieu de fuir, il prête main forte aux Chinois engagés dans une lutte terrible et sans merci. La femme qui commande le bataillon de cette partie de la muraille, apprécie son art du combat. De son côté, lui est ébloui par les techniques de défense qui sont déployées et surtout par la « poudre noire » qu’il est venue chercher en Chine. Tandis que son compagnon cherche par tous les moyens à voler cette poudre et à quitter la Muraille, le héros est tiraillé entre deux pôles : cette poudre explosive et la bataille. Finalement, il choisit de rester. Grandeur d’âme du personnage principal oblige. 

Comme d’habitude, je ne vous dévoilerai pas la fin pour ne pas vous priver de l’intérêt du film. 

J’ai particulièrement aimé la Muraille (mon dernier roman LA MURAILLE DES ÂMES déroule son action là-bas mais en un autre temps, au XXe siècle. J’avais donc un regard particulier envers ce film). Ainsi filmée, elle est grandiose et spectaculaire. Spectaculaires aussi sont les attaques et plus particulièrement le système de défense chinois. Fort bien imaginé ! 

L’intrigue quant à elle est banale mais le film se laisse voir. 

La fin m’a en revanche déçue. Non qu’elle soit inintéressante mais je l’ai trouvée facile. Pour ne pas trop vous en révéler, je dirais simplement que se débarrasser de l’élément principal pour que tout cesse, j’aurais aimé quelque chose de plus déroutant, de moins convenu. Cela résonne comme du déjà vu.

En conclusion, l’intérêt de ce film réside dans ses images, dans cette muraille impressionnante, et de ce côté on ne peut pas être déçu. C’est grandiose, les images sont parfaites. 

Ce film a déjà quitté les écrans de certaines salles, mais vous pourrez le voir en DVD. Privilégiez dans ce cas un grand écran. 

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Pensez à vous abonner au site et à partager pour le faire connaître. 

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Vous aimez lire, procurez-vous mes livres et notamment le dernier, un thriller policier de 384 pages, « LA MURAILLE DES ÂMES ». En librairie, même à l’étranger, donnez le titre, mon nom d’auteur, AUDREY DEGAL, éditions BoD, pour le commander en livre papier. Il est également disponible en ebook. à prix cassé pendant 4 semaines seulement. Résumé et extrait en page d’accueil du site.

 

Pour écoutez la présentation de « La Muraille des âmes » CLIQUEZ ICI

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 Là encore, abonnez-vous à ma chaîne !

Merci, bonne lecture et bon films,

Le prochain article sera une nouvelle histoire. Un peu de patience !

Audrey Degal.


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SORTIE DU THRILLER POLICIER : LA MURAILLE DES ÂMES, Audrey Degal

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LA MURAILLE DES ÂMES

UN TRHILLER POLICIER DE 384 PAGES sorti en mars 2017

disponible en France et à l’étranger sur internet ou en librairies

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Pour commander « La Muraille des âmes » CLIQUEZ ICI

Résumé : 

Shany vient de vivre un drame qui a bouleversé sa vie. Désormais à la tête d’une importante entreprise, elle se réfugie dans le travail et décide finalement de partir en Chine avec son amie de toujours, Anna. Ce devait être la plus fabuleuse des destinations. Ce sera la plus imprévisible et la plus dangereuse. Et si elle n’avait pas fait ce voyage par hasard ! Et si on l’avait guidée jusque-là, sans qu’elle s’en aperçoive ! Qui et pourquoi ? Le guide qui les accompagne est-il vraiment ce que l’on croit ? Que cache-t-il ? Dans les rues animées de Pékin, quelqu’un les suit. Leur veut-il du bien ou du mal ? La perspicacité de l’inspecteur Zhao permettra-t-elle à Shany et à Anna d’échapper au sombre destin que d’autres ont tracé pour elles et tiennent entre leurs mains.

Les arcanes de ce thriller emmènent le lecteur dans la Chine actuelle et plongent l’héroïne au coeur d’une intrigue où les superstitions côtoient le monde moderne. Et si l’explication de tout ce qui arrive était liée au passé de ce vaste pays mystérieux, aussi appelé l’Empire du Milieu. De la grande Muraille à la province du Sichuan, en passant par Pékin et la Cité Interdite, les 384 pages de ce roman vous tiendront en haleine. Vous serez happé, dès le premier chapitre par une lecture haletante et addictive. Les rebondissements vous emporteront jusqu’à un dénouement renversant !

 THRILLER

Texte intégral

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EXTRAIT  du chapitre 21, page 247 à 250

« LA PÈGRE »

Dans le restaurant, tout le monde était sur ses gardes, quand le colosse s’agitait ou qu’il reposait ses baguettes sur la table. Si le dîner lui avait plu – en l’occurrence, ce soir-là, il s’agissait de canard laqué – il pouvait se montrer agréable. Mais à la fin du repas, il grimaça, se frotta le ventre et jeta sa serviette dans son assiette.

Rènhé xīn de dōngxī ? Tā yǐjīng jiāofù bèi zuò huò dāng liǎng gè xiǎohuǒzi zài běnzhí shàng yùnxíng ? aboya le boss.

Les murs se retinrent de trembler alors que chacun savait qu’un séisme commençait.

— Nous les cherchons activement.

Wan Lu Su dévisagea son interlocuteur. Ce dernier se mordait les lèvres et n’en menait pas large.

— Où sont-ils ?

— Il semble qu’ils aient quitté l’appartement de Qiang, rue Wangfujing, en fin de journée, il y a quelques jours, et qu’ils aient disparu.

— Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ! Ce qui compte, c’est qu’ils ne sont jamais arrivés à Sanlitun ni à Wanchai !

— Personne ne les a revus.

— Et mes paquets, hein, où sont mes paquets ? hurla-t-il en se levant. Il y en a pour une somme colossale !

Il arpentait la salle de long en large et devant sa stature impressionnante, les autres, qu’il dépassait de plus d’une tête, étaient contraints de reculer. On aurait dit une cérémonie funèbre où chacun se recueillait. Tous baissaient la tête, les yeux et avaient l’air de prier. Ce n’était pas vraiment faux, puisque les plus proches redoutaient que la foudre ne s’abattît sur eux.

Cela n’arriva pas. Un bruit de moteur sourd et puissant résonna, quand deux Hayabusa se garèrent dans la cour intérieure attenante au restaurant. La silhouette des motos, à la fois sportive et imposante, faisait penser à deux boxeurs affûtés pour s’affronter en catégorie poids lourds. Les pilotes coupèrent les gaz et un silence pesant remplaça instantanément le feulement des quatre cylindres. Deux gaillards, à la carrure de catcheurs, entrèrent d’un pas assuré et athlétique en se délestant de leurs blousons de cuir noir. Il s’agissait de deux hommes connus sous les sobriquets redoutés de la main droite et de la main gauche de Wan Lu Su. L’un portait un jean Rick Owens, l’autre un Rehnsen, des blazers légers gris et bleu marine de chez Melinda Gloss, sous lesquels on devinait des chemises à la coupe ajustée et des tablettes de chocolat assorties à leur gabarit. Sur leur passage, tous s’écartèrent comme si le diable venait d’entrer. Le diable, non mais au moins deux de ses suppôts ! Dépassant de leurs vestes, deux fusils M16, canons sciés, qu’ils ne cherchaient pas à dissimuler bien au contraire. Le blond décoloré, ce qui lui donnait un air d’ange, se pointa devant Wan Lu Su. Il avait l’air apparemment satisfait. Le boss avait repris sa place et ses doigts, qui ne cessaient de pianoter, marquaient sa nervosité.

— Alors, vous avez retrouvé Qiang ?

— C’est fait !

— Où est-il ce moins que rien ?

D’un geste violent, Wan Lu Su balaya la table de son avant-bras. Le contenu d’une coupe de fruits se répandit devant lui. Il saisit une pomme verte qui roulait et la broya dans sa main, sans aucune difficulté. Il donna ensuite un coup de pied dans la vasque de cristal de Bohème qui était tombée au sol, sans se briser. Devant cette rage, tout le monde se figea.

— Nous avons suivi sa trace jusqu’à la route tortueuse qui s’éloigne de Beijing. Il a eu un accident avec sa Maserati.

— Et ensuite ?

— Ensuite, il a été emmené à Xiehe où on a appris que Qiang s’en était tiré mais pas l’autre. Tu ne devineras jamais qui était l’autre !

— Tu me prends pour qui ? C’était certainement Kuan Ti. Et mon argent dans tout ça ?

— Il n’était pas dans la voiture qui est partie à la casse, ça c’est sûr !

— Si Qiang est vivant, je veux qu’on me l’amène et qu’il me dise où est ma marchandise. C’était soi-disant sa dernière livraison mais je pense qu’il a voulu me doubler. J’aurais dû me méfier de ce paysan trop intelligent pour un petit larbin chinois. Sortez-le de cet hôpital et amenez-le, même à genoux ! Il doit cracher le morceau !

Le rouquin, aux cheveux longs tressés à l’arrière du crâne, s’installa à califourchon sur une chaise, en face du chef. Il paraissait très sûr de lui.

— Il va falloir attendre un peu. Un policier est en faction devant sa chambre, depuis qu’un toubib de l’hosto est passé par la fenêtre.

— Qiang a tué un toubib ! fit le boss éberlué.

Il éclata d’un rire forcé et tonitruant.

— Il paraît qu’il dormait au moment où l’autre est tombé. Il ne devrait donc pas avoir de problèmes !

— Avec la police peut-être mais moi, je vais lui faire regretter d’être né !

 Le début et la suite, dans le roman.

Livre disponible partout sur commande (France et étranger) (papier et ebook). Bientôt directement en rayon chez Cultura Givors 2 vallées et Decitre Saint Genis Laval (+ Destinations Etranges et le Lien, mes 2 premiers livres)

Merci de votre fidélité et de votre confiance, 

Amitiés, 

Audrey Degal


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Quelle belle journée !

Quelle belle journée !

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            Le jour n’est pas encore levé mais le réveil de Claire sonne. Il est l’heure.

            Contrairement à d’habitude, elle ne se sent pas agressée. Une douce lumière a progressivement gagné en intensité et elle inonde maintenant la chambre, lui permettant de se réveiller en douceur. Un gazouillement d’oiseaux prend ensuite le relais. On dirait une journée de printemps. Un long bâillement, quelques étirements et Claire se lève. Elle glisse ses pieds dans ses pantoufles et se lève.

            Une odeur de café chaud et de pain l’attire à la cuisine. La veille, elle a pris son de programmer les appareils, qui se sont déclenchés, comme par magie. Elle n’a plus qu’à s’attabler. Elle a du temps devant elle et pourra même prendre une longue douche et profiter plus longtemps de ce moment.

            Un peu plus tard, elle retourne dans sa chambre pour s’habiller.

            — Je mettrai bien ce jean avec ce chemisier Agnès B. J’ai rarement l’occasion de les mettre !

            Elle dépose ses vêtements sur le lit avant de les enfiler. Elle jette un œil par la fenêtre. Les premiers rayons de soleil pointent. Il fera beau !

            — Tu vois Ragnar, dit-elle au beauceron qui dort encore et dresse juste une oreille en entendant sa maîtresse lui parler. Je crois que je vais aller travailler en moto. Ҫa fait un moment que je ne l’ai pas sortie ! On a rarement de pareilles journées au moi de février. Je dois en profiter !

            Le chien se lève, tourne dans sa caisse, une fois, deux fois, trois fois et se recouche exactement au même endroit. Claire le regarde amusée puis elle se penche au-dessus de lui et le caresse. Le chien semble apprécier.

            Avant de quitter son domicile, elle se regarde dans le miroir et, malgré le blouson et le casque intégral qu’elle porte à la main, elle se trouve plutôt à son avantage. Elle a une allure incomparable, presque racée. Le célèbre félin de son cuir, représentatif de la marque Furygan, qui trône dans son dos, ne la contredit en rien. Elle s’empare de son cartable et d’un lainage, au cas où il ferait frais et elle prend soin de refermer la porte à clé, derrière elle.

            La Kawasaki démarre au quart de tour et quelques minutes après, Claire prend le chemin du lycée, comme tous les jours. La route est dégagée mais quelques kilomètres plus loin, elle rejoint une nationale où les véhicules roulent pare-chocs contre pare-chocs. Elle marque le stop et s’apprête à se faufiler doucement mais un automobiliste s’arrête et lui fait signe de s’infiltrer dans le flot de circulation. Claire le remercie d’un signe de la main et passe devant lui. Elle parcourt 300 mètres et tourne à droite, pour emprunter un itinéraire parallèle plus dégagé. Un quart d’heure plus tard, elle arrive devant son établissement.

Quand elle arrive au travail en moto, elle déteste béquiller devant la barrière afin de l’ouvrir. Ce jour-là, par chance, un collègue l’a précédé et elle peut entrer dans s’arrêter. Le parking est déjà bondé mais à l’emplacement où se garent les motos il n’y a personne. C’est parfait.

— Bonjour, lance-t-elle en pénétrant en salle des professeurs. Certains lui répondent avec un sourire, d’autres lui renvoient son salut.

Elle prépare les photocopies nécessaires pour assurer ses cours de la matinée et se dirige vers sa classe, au quatrième étage. Des élèves la reconnaissent. Claire est appréciée dans son lycée. Elle échange quelques paroles avec certains de ses anciens élèves, histoire de savoir comment se passe leur scolarité, cette année. Ils aiment discuter avec elle et savent qu’elle se soucie d’eux même si elle ne les a plus en responsabilité.

La matinée se déroule agréablement. Chacun a fait les devoirs qu’elle a demandés et lorsqu’elle interroge quelque uns, elle s’aperçoit que la leçon est sue.

— Je suis agréablement surprise et je vous remercie. Nous allons pouvoir aller plus loin. C’est parfait. De ce fait, je ne vous donne pas de devoirs pour demain mais pensez tout de même à réviser.

— Oui, madame, lancent-ils comme s’ils n’étaient qu’une seule personne.

— Le cours était vraiment intéressant, lui dit Ivan en quittant la salle.

            — Je suis ravie qu’il t’ait plu.

            — Soyez prudente en rentrant, ajoute Marianne. Il faut être prudent en moto madame !

La sonnerie qui marque la fin des cours de la matinée vient de retenir et tous souhaitent à leur professeur une excellente journée. Claire est ravie. Ces jeunes gens sont à la fois intéressés, travailleurs et bienveillants. Que demander de plus ?

*

Il est midi. Claire se rend à la cantine mais elle a oublié d’acheter de nouveaux tickets repas. Elle s’apprête à faire demi-tour, quand elle sent, au fond d’une de ses poches un bout de papier : un ticket de déjeuner.

            — Formidable ! Je l’avais oublié celui-là.

Elle déjeune en compagnie de collègues, gère les formalités administratives qui lui incombent, saisit les notes des évaluations sur un ordinateur libre parmi les 8 autres anciens PC qui se trouvent dans la salle commune. À 14 heures, elle a un rendez-vous avec un parent pour faire le point.

Elle devrait quitter le lycée vers 15 heures. Elle rentrerait ensuite chez elle, jouerait avec le chien et s’installerait à son bureau pour préparer les cours du lendemain et corriger des copies.

Aux alentours de 18 heures, elle irait dans son club de karaté et elle rentrerait le soir, vers 21 heures pour dîner.

— Vraiment, une journée comme celle-ci est une belle journée ! dit-elle en savourant une tasse de thé. Il est 23 heures. Claire va se coucher.

Devra-t-elle attendre le lendemain matin pour vivre des moments aussi agréables ? Pas nécessairement ! Il existe parfois une autre réalité !

*

La fin de cette histoire prochainement.

*

Pensez à partager, à vous abonner, c’est gratuit et à vous procurer mes livres : LE LIEN et DESTINATIONS ETRANGES (voir en page d’accueil). Ils sont disponibles partout, même à l’étranger. Les acheter est aussi une façon de m’inviter à écrire, pour vous, sur ce blog.

Et puis, ça y est, La Muraille des âmes mon thriller policier est en cours de publication. Il sera disponible à l’achat dans quelques semaines, le temps que l’éditeur ait fini son référencement. Bien sûr je vous tiendrai au courant et mettrai, en ligne un résumé, un extrait et la photo de la couverture.

Merci de votre fidélité,

Audrey Degal.

 


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JOYEUX NOËL A TOUS !

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J’écris des histoires pour vous mais je désire aussi entretenir un lien privilégié avec TOUS mes lecteurs où qu’ils soient  et je sais que vous me lisez partout dans le monde.

Je veux donc, à travers cet article, vous souhaiter un JOYEUX NOËL à toutes et à tous et vous remercier pour ces deux ans de lecture que nous partageons.

Très chaleureusement,

Audrey Degal.


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La Nuit des temps, Barjavel

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Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas parlé de mes lectures. Pourtant je lis beaucoup, jamais trop mais comme j’écris parallèlement mes romans, j’ai moins de temps pour vous faire part de mes remarques.

D’accord, certains ont probablement lu ce livre au lycée… Qu’importe, moi je l’ai relu cet été et je l’ai apprécié. j’ai donc envie de vous le faire partager.

L’auteur, Barjavel, grand maître de la science fiction a su écrire, avec La Nuit des temps, un roman captivant. J’avais déjà lu de lui (il y a longtemps) Le Grand secret, dont il  ne me reste que de vagues souvenirs, un seul à vrai dire, le thème : la quête de l’immortalité (à relire donc car il m’avait passionnée).

La Nuit des temps me semble relever un autre défi, celui de l’utopie car il porte un regard critique sur notre monde à travers la découverte d’une ancienne civilisation.

L’histoire : Le 1er chapitre pose astucieusement une énigme : qui est donc celle dont il est question, connue, aimée, perdue ? On a nécessairement envie de poursuivre la lecture pour le savoir. Dans L’Antarctique, on vient de découvrir une sphère et à l’intérieur deux êtres « congelés ». Les réanimer pose problème : il ne faut pas qu’ils meurent ! On réveille la femme en premier. Elle se nomme Eléa. D’où vient-elle ? De la Terre mais elle y a vécu il y a 900 000 ans ! Elle peut alors évoquer sa civilisation, son mode de vie… Mais que s’est-il passé pour que cette civilisation ait disparu. Pourquoi  avoir choisi de faire hiberner deux spécimens ? Et qui est donc l’homme qui l’accompagne encore endormi ?  Eléa était amoureuse de Païkan. Tous deux s’adoraient. La guerre est venue bouleverser leur destinée. Il faut réveiller l’homme, Coban. Eléa dit que c’est le plus grand scientifique du peuple au sein duquel elle vivait. Il a créé l’équation de Zoran que tous les Terriens contemporains veulent décrypter et dont ils veulent s’emparer. En effet, elle est source d’énergie et permet de produire tout ce dont l’homme a besoin.  La cupidité, le vol, les mensonges jaillissent alors chez ceux qui convoitent les connaissances que pourraient apporter ces deux êtres. Il faut donc réveiller Coban afin qu’il puisse révéler ce qu’il sait. Cela ne s’avérera pas aussi simple qu’il y paraît et bien des rebondissements de l’intrigue surgissent pour entraîner le lecteur jusqu’au dénouement… surprenant !

Mon avis : oui, j’ai aimé ce livre mystérieux. On se laisse emporter pas les personnages dans leur quête. Certains passages sont néanmoins longuets mais ils se situent davantage vers la fin. De longues descriptions pourraient, à mon sens, êtres supprimées et la « course » effrénée des protagonistes serait ainsi plus intéressante d’autant que j’ai pu repérer quelques incohérences avec des personnages qui descendent alors que l’auteur fait référence à ce qu’ils voient à la surface !!! Personne n’est parfait, pas même Barjavel, ce qui rassure aussi la romancière que je suis.

Alors si vous voulez lire, n’hésitez pas, plongez-vous dans La Nuit des temps, et puis vous pouvez aussi lire mes livres Le Lien, ou Destinations étranges, suspense garanti en cliquant ci-dessous. 

http://www.decitre.fr/livres/destinations-etranges-9782322034383.html

http://www.decitre.fr/livres/le-lien-9782322012701.html?v=2

Je termine actuellement mon 3ème livre qui sortira avant NOËL 2016 : « LA MURAILLE AUX DEUX VISAGES ». 

Merci de votre fidélité et à bientôt pour lire sur ce site une toute nouvelle histoire !

Audrey Degal.


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13 à table ! Les Restos du coeur

J’en ai entendu parler. C’était pour la bonne cause… je j’ai acheté :
« 13 à table », Les restaurants du coeur

Comment, quand on aime lire, ne pas joindre l’acte d’achat à l’agréable ? Avec 13 à table », pour chaque livre acheté trois repas seront distribués. J’aime l’idée. Je vous invite donc si vous ne l’avez pas encore acheté à vite rectifier cette erreur ! Ne nous montrons pas égoïstes surtout à l’approche des fêtes. Etre heureux c’est aussi vouloir aider les autres. Quoi ? Vous murmurez ? Il me semble vous entendre dire : « Je vais l’acheter » ou « Plus tard » ou « Il faut que j’y pense »…
Non, non, on ne remet pas au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui c’est-à-dire que l’on ne rentre pas chez soi sans avoir fait la démarche d’acheter ce petit livre (5 modestes euros) même s’il faut faire un détour. Et puis dites-vous qu’ensuite, une fois cette bonne action accomplie, vous serez content, voire fier…
Je vous disais donc que j’ai acheté « 13 à table », ce recueil de nouvelles. Il faut dire que des pointures de l’écriture se sont mises au travail pour réaliser ce livre. Je n’en citerai que quelques-unes : Musso (je vous ai déjà parlé de lui), Levy, Bourdin, De Rosnay… Etant donné le titre, j’imagine que chaque auteur a écrit une nouvelle relative à un repas et que chacun l’a rédigé à sa sauce, si j’ose dire. Et bien non ! Il n’est pas toujours question de repas.
Donc je prends mon livre, je tire mon voltaire, je cale un coussin dans le creux de mes lombaires et je tourne les premières pages, prête pour le décollage. Sauf que je n’ai pas encore décollé.
La raison ! Je commence par lire le début (je ne suis pas une originale vous direz-vous) avec l’histoire de Françoise Bourdin « Olympe et Tatan ». Je trouve le titre ringard mais après tout il se cache peut-être quelque saveur là-dedans. Un repas de Noël, une invitation, les vieux griefs que tous se vouent dans une famille qui font surface, l’hypocrisie est de la partie et tout ce beau monde se sépare. Fin du récit. Bon, rien d’exceptionnel. Je ne ressens pas le plaisir de la lecture. Qu’à cela ne tienne : un recueil de nouvelles permet une lecture dans le désordre aussi je me propulse à la page 147 pour lire la nouvelle de Musso « Fantôme ». Le titre suscite d’emblée ma curiosité. Premières pages : ça commence pas mal : une femme qui apprend deux bonnes et une mauvaise nouvelle. Elle enquête car elle a rencontré un fantôme. Je suis emportée par le récit, je lis, j’avance. Tiens, me dis-je soudain en jetant un oeil sur les pages 174 et 175 qui se font face, l’histoire s’achève dans quelques lignes. Mais comment tout ceci peut-il être bouclé si vite ? Comment l’énigme va-t-elle être résolue ? Seul un maître dans l’art décrire peut, en quelques paragraphes, mener l’intrigue à son terme de façon exceptionnelle. Hélas, trois fois hélas. L’exceptionnel ne plane pas en cette fin de « Fantôme » et je suis restée sur ma faim, face à un sentiment d’inachevé, de bâclé, de récit écrit à la « je m’en débarrasse ». Quelle déception ! Je me retranche alors chez Lévy que je n’apprécie pas toujours mais bon. Certains de ses romans m’ont permis de m’évader. Le titre « Dissemblance », présente une histoire essentiellement dialoguée. Le thème de la discussion ? Devinez ! La dissemblance de deux êtres et le pourquoi de leurs différences. Sauf que (encore une fois) la deuxième page lue on a compris où l’on allait arriver et force est de constater que je ne me suis pas trompée. Décevant ! Inintéressant !
Alors direz-vous et les autres histoires ? Je dois les lire mais je me demande si ce ne seront pas simplement des lignes juxtaposées, sans réel intérêt narratif.
La critique est aisée, l’art est difficile, c’est vrai et vous pouvez me trouver bien présomptueuse d’oser tirer sur ces auteurs rompus au « best seller ». Peut-être mais il me semble que soit j’en demande trop et l’essentiel est de faire des bénéfices pour les restos du coeur, ce qui est tout à fait louable, soit ils se moquaient du récit et de la qualité de leurs intrigues qui de ce fait est passée à la trappe. Après tout, ils n’en tiraient pas de bénéfice. Sont-ils excusables pour autant ? Je vous laisse le soin de trouver votre réponse à cette question.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je vous demande malgré tout d’acheter ce livre « 13 à table » car tous les goûts étant dans la nature, peut-être aimerez-vous ! Mais plus loin que ces histoires ce sont les repas qu’il faut voir à l’horizon car ne pas manger ou mal manger quand en plus il fait froid c’est tout simplement atroce et l’indifférence ne doit pas animer les hommes du XXIème siècle que nous sommes.

Je terminerai cet article en disant simplement qu’il m’aurait bien plu, à moi, d’offrir un récit concocté pour l’occasion au profit des Restos du coeur et d’apparaître dans « 13 à table ». Mais on ne m’a rien demandé, logique, je ne suis personne. Décidément, les voies de l’édition sont impénétrables !


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Guillaume Musso

Je le sens, je le sais, je vais m’attirer des foudres avec cet article. Sans mauvais jeu de mot j’ai envie de dire « Et après » (c’est justement le titre du premier roman que j’ai lu de cet auteur) !

Musso est très critiqué, très envié, très productif et je renouvelle mon « et après » ?

Le premier roman que j’ai pu lire de Guillaume Musso « Et après » (bon, ça va vous suivez bien), m’a intriguée. Le suspense qui m’est cher était au rendez-vous et je l’avoue, parvenue au milieu du roman j’ai eu envie d’aller lire la fin, trop impatiente de savoir ce qu’il allait advenir des protagonistes de cette histoire. J’ai succombé à mon envie et j’ai lu le dénouement avant, ce qui ne m’a pas empêchée de reprendre ma lecture et de finir le roman. Belle histoire dirai-je, que cet amour déchiré parce que dans le couple dont il est question l’un a, sans le savoir, la capacité de connaître le devenir de ceux qu’il rencontre. Je vous conseille cette lecture, source d’évasion, de rêves  et de larmes pour les plus sensibles. Le film tiré du roman est quant à lui un peu pâle, comme c’est souvent le cas d’ailleurs, mais il se laisse voir, gommant ici et là les reliefs de l’histoire.

Alors pourquoi certains attaquent-ils Guillaume Musso ? Je répondrai dans le désordre :

–  Jalousie. Alors qu’eux-mêmes écrivent sans parvenir à percer. C’est difficile à admettre mais doit-on pour cela rejeter l’écriture des autres ? Pas en ce qui me concerne. Il publie, il a du succès, tant mieux pour lui. Il le mérite puisqu’il suscite les passions.

– Qualité de l’écriture. Il est vrai que l’écriture est relativement simple, pauvre en figures de style (je parle là en professionnelle),… lieux communs…. C’est vrai MAIS au nom de quoi peut-on dire que ses romans sont mauvais ou pauvres ou insignifiants parce qu’ils ne relèvent pas d’une écriture universitaire dotée d’envolées lyriques ou qu’ils boudent la rhétorique cicéronienne ? Ce qu’écrit Guillaume Musso plaît et ce sont ses lecteurs qui, en lisant ses livres dès leur sortie, laquelle est toujours attendue avec impatience, qui en sont la plus belle preuve. Au nom de quoi quelques prétendus érudits ou critiques littéraires s’arrogeraient-ils le droit de jeter ses romans dans la fange quand la population exprime le plaisir qu’elle a a lire ses histoires ? On a le droit d’aimer, de ne pas aimer tel ou tel roman mais pas celui de salir parce que l’on juge l’écriture facile. Qu’est-ce qu’une belle écriture finalement (prochain sujet du bac de philo ???).

– Pas d’engouement pour ses histoires. Soit, il ne faut pas insister dans ce cas et lire autre chose. Certains aiment, d’autres pas et personne ne détient la science exacte de l’écriture. L’alchimie qui fait que tout le monde aime n’existe pas ou s’appelle la tyrannie.

En préparant l’agrégation j’ai dû lire « Les mémoires du Cardinal de Retz » et bien d’autres oeuvres et en les lisant je me disais que puisqu’on me demandait de les travailler, elles seraient susceptibles d’être présentées à des élèves dans les classes et donc que certains avaient jugé de leur qualité… Au secours, au secours, je ne veux pas être lapidée par mes élèves !  Comment leur faire aimer la littérature en leur proposant des oeuvres dignes d’oraisons funèbres, qui tiennent peut-être stylistiquement la route mais qui donnent aussi la nausée (non, pas celle de Sartre !).Je me suis moi-même ennuyée à la lecture de ce supplice et je devrais faire aimer ce livre aux élèves quand j’ai eu envie de le jeter.  Une belle écriture est-elle nécessairement une bonne écriture ?  Je ne nie pas que l’on puisse aimer les mémoires dont je viens de parler et qui ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres mais il est encore heureux que « tous les goûts soient dans la nature » et que, par conséquent, l’on puisse détester sans dire pour autant que c’est mauvais.

Je reviens donc aux oeuvres de Guillaume Musso. Vous avez aimé ses premiers romans, vous apprécierez les autres. Certes ils ont des points communs mais vous vous laisserez emporter de la même façon à chaque fois. Vous n’aimez pas Musso, c’est votre droit, vous avez tant d’autres auteurs à votre disposition pour vous satisfaire. Mais ne crachez pas dans la soupe. Il est si facile de cracher dans la soupe des autres quand soi-même on ne se dévoile pas ! Combien de livres ou de films ont été hués par la critique alors qu’ils ont passionné des générations. Il faut laisser au lecteur son plaisir de lire, quelle que soit la source de ce plaisir et quand bien même celui-ci ne repose que sur l’intrigue que certains pourraient trouver convenue.

Vous souhaitez lire des livres de Guillaume Musso, voici quelques titres. Puisez et rêvez :

« Et après », Un couple désormais séparé. Lui rencontre un individu étrange qui va lui apprendre ce qu’il est vraiment et pourquoi il n’est pas mort étant enfant. Il va faire une découverte surprenante et tenter de déjouer la mort qui s’est immiscée dans sa vie . Celle qu’il aime toujours en dépend.

« Sauve-moi », Deux êtres seuls se rencontrent et s’aiment mais elle doit partir. Son avion explose…

 » Que serais-je sans toi »,  Une jeune femme, son père et un amour pour un voleur, une course poursuite.

« Je reviens te chercher », « Parce que je t’aime », « La fille de papier ». Il doit y avoir d’autres titres mais j’ai prêté tant de livres qu’il m’en manque je crois !

Je ne les résume pas tous de crainte de m’égarer car, si je les ai tous lus, il y a longtemps et j’ai oublié certains aspects de l’histoire. Que cela me serve de leçon, d’habitude je fais des synthèses écrites de mes lectures et dans ce cas, probablement emportée par les récits palpitants, je ne l’ai pas fait. Il me semble qu’il me manque un titre notamment, et il s’agit pourtant de l’histoire qui m’a le plus plu. Un homme rencontre son double, le prend pour un fou quand celui-ci le met en garde. Je retrouverai le titre pour vous l’indiquer.

Je n’ai pas lu le dernier Musso « Central Park ». La quatrième de couverture pique ma curiosité. Ce sera une de mes prochaines lectures, je vous en parlerai, c’est promis !

Bonne lecture à vous et n’oubliez  pas non plus de lire mes histoires… juste pour VOUS !

 

 


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Traduction du texte en ancien français

Voici la traduction de la laisse 49 (on appelle laisse(s) les « strophes » qui correspondent à des passages de l’histoire racontée). Elle est suivie d’un résumé de l’histoire de « Raoul de Cambrai » et d’explications.

Bonne lecture !

49

 

« Raoul mon cher fils, dit la belle dame Aalais. je t’ai nourri de mon lait. Pourquoi laisses-tu ainsi la douleur entrer au plus profond de ma poitrine ? Celui qui te donna Péronne et Péronelle, Ham et Roie et la ville de Nesle t’a condamné mon fils à mourir très bientôt. Pour lutter contre de tels adversaires, il faut avoir un harnais, une selle magnifique et d’excellents compagnons. En ce qui me concerne, je préférerais plutôt n’être qu’une servante ou bien une nonne dans une chapelle que de te voir partir. Toute ma terre sera la proie des flammes.  »

Raoul prit son menton dans sa main ( ce geste est important au Moyen Age, comme le précise Ph. Ménard, médiéviste. Il signifie que l’individu souffre, qu’il est tourmenté.). Il jura devant Dieu qui naquit de la Vierge que pour tout l’or de Tulède, il ne renoncerait pas au don qu’on lui a fait. Avant ce renoncement il fera sortir les viscères et répandra maintes cervelles.

 

Résumé rapide de « Raoul de Cambrai », chanson de geste anonyme du Moyen Age.

Le père de Raoul meurt alors que son fils est un enfant. Le roi Louis accorde  les fiefs du défunt à Giboin du Mans à condition que ce dernier ne déshérite pas Raoul de ses terres lorsqu’il sera grand. Les barons protestent mais le roi ne revient pas sur sa parole. L’oncle de Raoul, Guerri élève désormais l’enfant aux côtés de dame Aalais, sa mère.

Raoul,  devient un chevalier particulièrement fort au combat grâce à l’enseignement de son oncle Guerri. Il se lie d’amitié pour un jeune homme, Bernier. Le roi Louis adoube Raoul et ce dernier fait de même pour Bernier qui devient son vassal. Cependant, Guerri se rend chez le roi afin de réclamer les terres de Raoul jadis cédées à Giboin qui ne veut plus les rendre. Louis refuse de les restituer à Raoul. Il va donc les réclamer en personne au roi en ces termes :

XXXIII

« Drois empereres, par le cors saint Amant,

servi vos ai par mes armes portant ;

ne m’en donnastes le montant d’un bezant.

Viax de ma terre car me rendez le gant,

si con la tint mes pere(s) au cors vaillant. »

Traduction :

33

« Mon juste roi, sur les reliques de saint Amand, j’ai mis mes armes à votre service mais pour me récompenser vous ne m’avez même pas donné la valeur d’un besant. Rendez-moi au moins par le don de votre gant, la terre que mon vaillant père possédait. »

 

Reprise du résumé :

Le roi refuse de restituer les terres à Raoul. Guerri, qui est présent, interpelle le roi qui refuse toujours de se rétracter. Guerri menace alors Giboin de reprendre les terres de son neveu par les armes. Le roi promet alors que Raoul reprendra ses domaines à la mort du premier comte entre Loire et Rhin. Le calme revient. Mais quelques temps plus tard, Raoul apprend la mort du comte Herbert. Il monte donc à Paris accompagné de puissants chevaliers, ses garants,  pour exiger le don royal promis. Le roi refuse car le comte avait quatre fils qu’il ne veut pas déshériter. Il renie en cela sa promesse. Les chevaliers rappellent le roi à son engagement. Il finit par céder. Bernier intervient alors auprès de Raoul pour lui signifier qu’il commet une injustice, qu’il ne peut pas accepter ces terres du roi en les prenant aux quatre fils du comte Herbert. Raoul ne veut rien entendre. Il retrouve sa mère qui craint alors qu’une guerre n’éclate entre son fils et ceux du comte Herbert (voir la laisse 49 que je vous ai traduite plus haut). Elle le conseille :

LIV

« Biax fix R[aous], un consel vos reqier,

q’a fis H[erbert] vos faites apaisier

et de la guere acorder et paier.

Laisse lor terr[e], il t’en aront plus chier,

si t’aideront t’autre gu[e]re a bailler

et le Mancel del païs a chacier. »

Traduction :

54

Mon fils, écoute mon conseil. Fais la paix avec les fils d’Herbert, accepte un accord et une compensation pour éviter la guerre. En renonçant à leur fief, ils auront plus d’amitié pour toi et ils t’aideront à chasser Giboin du Mans de tes terres. C’est cette guerre que tu dois mener.

 

Reprise du résumé.

Comme souvent dans les chansons de geste,  le calme de l’un, ici la mère, s’oppose à une colère immense de l’autre, là Raoul. II rejette les conseils de dame Aalais qui finit par lui dire ces paroles lourdes de sens en ce qu’elle sont une malédiction :

LIV

 » Cil Damerdiex qi tout a jugier

ne t’en remaint sain ne sauf ne entier ! »

par cel maldit ot il tel destorbier,

con vos orez, de la teste trenchier !

Traduction :

54

« Que le Seigneur Dieu qui nous juge ne te ramène pas auprès de moi sain et sauf ni entier ! » Cette malédiction lui porta malheur, comme vous allez l’entendre. Raoul eut la tête tranchée.

 

Commentaire :

J’espère qu’à ce stade du résumé et des traductions vous commencez, chers lecteurs, à cerner l’intérêt de ces histoires médiévales et plus particulièrement de ces chansons de geste (je vous expliquerai pourquoi on les appelle chansons de geste une autre fois).

Ces histoires sont fantastiques, empreintes d’une violence exacerbée et hyperbolique qui a probablement inspiré les romans et le cinéma actuels. Les malédictions, les injustices fusent et parfois le merveilleux pénètre leurs textes. Ces histoires regorgent d’action si chère aux lecteurs contemporains.

Vous l’avez compris la guerre va avoir lieu entre Raoul et les fils du comte Herbert et bien d’autres combats encore. Peut-être êtes-vous étonnés d’avoir lu  « comme vous allez l’entendre » dans la traduction juste au-dessus. En effet, n’oubliez pas que les gens, au Moyen Age, ne savent pas lire pour la plupart. Ces récits leur sont alors dits, récités en place publique et ils les écoutent. Ils ont besoin d’être émerveillés, surpris. On leur annonce alors ce qui va se passer (Raoul eut la tête tranchée), même si l’histoire n’évolue pas vraiment ainsi. Ils viendront dès lors, plus tard, écouter la suite du récit pour savoir ce que devient Raoul et comment il perd la vie.

 

Vous aussi, chers lecteurs, je vous raconte la suite très prochainement, en espérant vous avoir intéressés et vous avoir fait découvrir l’univers littéraire médiéval tel qu’il est vraiment alors que les festivals, les manifestations estivales déforment souvent ce Moyen Age pourtant naturellement si passionnant.