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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE, suite

Bonjour,

Voici la suite de l’histoire que vous attendiez, « Paraître ou disparaître ». Désolée pour l’attente alors que je vous avais promis une suite qui paraîtrait rapidement mais j’ai dû changer de PC et cela ne se fait pas sans difficultés. Ce fut même long et particulièrement complexe !

Me revoici donc et vous n’avez rien perdu à attendre car cette nouvelle s’est développée pendant ce temps. J’ai fini de l’écrire, la fin sera surprenante. La devinerez-vous avant de la lire ? Ce n’est pas certain. Il y aura encore quelques épisodes avant que vous la découvriez. Votre patience sera récompensée !

Bonne lecture !

Résumé de l’épisode précédent :

Éthan a compris que l’autre est son double parfait même s’il a du mal à l’admettre. Il en profite car pendant que l’individu travaille, lui se fait plaisir. Mais un soir l’étranger lui fait comprendre que cela a assez duré, qu’il est fatigué et qu’Éthan doit reprendre le seconder. Ce dernier refuse. Son double devient alors violent et commence à étrangler Éthan terrifié. Curieusement le lendemain, l’autre est redevenu doux. Éthan tente alors de le questionner sur son origine et son identité, sans obtenir de réponse. Il en déduit qu’il doit se méfier de lui d’autant que le lendemain il s’aperçoit qu’il porte les mêmes stigmates d’étranglement que lui.

Quand Éthan se réveilla, l’autre n’était plus là. Il se sentit soulagé d’être seul, il aurait les idées plus claires.

Avant de partir, le squatteur s’était contenté de programmer la cafetière et de disposer sur la table le strict minimum. Les petites attentions qui avaient agrémenté le quotidien d’Éthan depuis l’apparition de ce clone dans son existence bien réglée s’étaient envolées.

Le café à peine avalé, il s’habilla rapidement et quitta précipitamment son appartement comme s’il en était chassé.

Une fois dans la rue, il consulta son smartphone pour dénicher l’adresse d’un armurier. Posséder une arme c’était bien mais il se sentirait plus en sécurité s’il y avait des balles dans le barillet. Si l’autre savait tout de lui, il ne pourrait pas deviner qu’Éthan s’apprêtait à charger l’arme. Il déposa son permis sur le comptoir du magasin et passa sa commande. Le vendeur le dévisagea comme s’il avait quelque chose de louche.

            — Vous allez bien, monsieur ? demanda-t-il.

            — Oui ! Pourquoi voulez-vous que ça n’aille pas ?

            — Je demande ça comme ça. Vous n’avez pas l’air dans votre assiette.

            Le front luisant d’Éthan, ses mains moites qui laissaient leur empreinte humide sur la surface en verre du comptoir, sa nervosité ne passaient pas inaperçus pour l’œil expérimenté du commerçant.

            — Si je peux vous aider…

            Il voulut lui dire de se mêler de ses affaires mais il se retint pour ne pas attirer davantage l’attention d’autant qu’un autre client venait d’entrer, ce qui actionna la cloche reliée à la porte.

            — Juste une digestion difficile ce matin. Le café n’arrive pas à passer, prétexta Éthan.

            — Ça m’arrive aussi parfois, répondit le vendeur tout en lui annonçant le prix à payer.

            — Par carte bleue, s’il vous plaît !

            Éthan récupéra son petit paquet et tourna les talons sous le regard appuyé et perplexe de l’armurier guère convaincu par le motif qu’il lui avait donné.

            Plus loin, il s’arrêta dans un bar pour commander une pression mais surtout pour faire le point sur sa situation. Il avait une arme. Il avait des munitions. Il restait à décider à quoi cela lui servirait. Après tout, quand l’autre lui avait sauté à la gorge pour l’étrangler, il n’aurait pas pu dégainer son révolver s’il l’avait eu sur lui, tant il avait été surpris par l’accès de violence. Non, il devait s’y prendre différemment. Il ne pouvait pas attendre sagement que son clone rentre pour le mettre sous la menace de son arme. Ce dernier ne comprendrait pas puisqu’ils s’étaient quittés en bons termes le matin. Il fallait élaborer une stratégie plus fiable. Il ne pouvait pas non plus attendre, ne rien faire, et qu’il lui impose de nouvelles exigences, à commencer par le fait de devoir travailler dès le lundi suivant ou qu’il pique une nouvelle colère et lui saute à la gorge. Non, il avait eu assez peur la dernière fois et il ne tenait pas à revivre la scène. Il ne pouvait pas se contenter de le menacer afin de le faire déguerpir car dans ce cas il devrait retourner bosser et cela ne l’enchantait pas. Il ne pouvait pas l’effrayer afin de l’éloigner sans prévoir ce qui se passerait ensuite car il pourrait tout bonnement revenir et se venger voire le tuer, se débarrasser de son corps et prendre définitivement sa place. Ses comptes bancaires étaient bien garnis et il pourrait faire main basse dessus en toute légalité. Cette idée le hantait de plus en plus d’autant qu’ils avaient tous deux les marques d’étranglement sur leur cou et qu’il ne pouvait pas lui demander d’où provenait ces traces suspectes. Et s’il se les était faites lui-même dans l’urgence pour ressembler trait pour trait, blessure pour blessure à Éthan parce que la substitution totale des deux hommes était proche ! Cela signifiait probablement que sa disparition pure et simple était préméditée et dans ce cas la police n’envisagerait pas une seconde sa mort puisqu’elle aurait sa réplique exacte sous les yeux tandis que lui, le véritable Éthan, serait mort ! Il n’avait aucune aide à espérer, même pas des forces de l’ordre qui le prendraient pour un fou s’il tentait de tout leur raconter. Beaucoup de gens envient les jumeaux parfaits, leur complicité, l’amour qu’il se vouent… Éthan avait mieux que cela, il avait un double de lui-même mais il ne s’était jamais senti aussi seul de sa vie.

            Son cerveau était en ébullition, sa nervosité à son comble si bien qu’il renversa la totalité de sa bière d’un mouvement de bras non maîtrisé. Le serveur accourut aussitôt, lavette et torchon blanc à la main pour essuyer les dégâts.

            — Ça va, monsieur ? Pas trop mouillé ?

            Éthan lui décocha un regard enflammé et des paroles venimeuses :

            — Foutez-moi la paix ! Qu’est-ce que vous avez tous aujourd’hui à me demander si ça va ? Allez vous faire foutre !

            Il se leva brusquement et allait partir quand le garçon l’interpella timidement, en restant éloigné :

            — Monsieur, vous n’avez pas réglé l’addition.

Éthan fit volte-face et jeta un billet chiffonné sur la table puis, sans demander son reste, il sortit en trombe du bar sous l’œil étonné des clients. Sur le pas de la porte, il bouscula un enfant qui tomba et se mit instantanément à pleurer. Sans même s’excuser il fila et disparut au coin de la rue, insensible aux quolibets fleuris des témoins.

            Il erra ensuite dans la ville, au hasard des rues, détournant le regard chaque fois qu’une vitrine s’emparait de son reflet. Qu’avait-il fait pour provoquer cette situation ? Rien, il en était sûr. Cela dépassait l’entendement, cela le dépassait mais ce dont il finissait par se convaincre c’était qu’il devait reprendre en mains sa vie sous peine d’être phagocyté par l’autre au caractère trop affirmé à son goût et à la brutalité dissimulée mais bien présente.

            Perturbé jusque dans ses entrailles, il ne toucha pas au repas qu’il avait commandé dans le restaurant où il avait pourtant ses habitudes ces derniers temps.

            — Ça va monsieur Boccello ? demanda le serveur qui le connaissait bien.

            Il ne voulait plus entendre cette question. Il ne pouvait plus entendre cette question. Il se voyait sauter sur le jeune homme, lui asséner des coups de poings en pleine face, lui fracasser l’arête du nez et le propulser à travers toute la salle pour le faire taire. Il parvint in extremis à se maîtriser et choisit finalement la fuite pour éviter les problèmes.

            — Mettez ça sur mon compte, je dois rentrer.

            — Bien sûr monsieur Boccello, ce sera fait !

            Jamais il n’avait été violent. Jamais il n’avait ressenti une telle rage en lui et cette difficulté à se maîtriser. Ce pacte faustien qu’il n’avait jamais réclamé devait cesser au plus vite avant qu’il ne sombre dans la folie. Il devrait reprendre les rênes de sa vie.

Tout D’abord, l’autre devrait partir loin, très loin et ne plus jamais chercher à le contacter ou à revenir. Il ne devrait plus jamais entendre parler de lui, comme s’il n’avait jamais existé. Il ferait en sorte qu’il disparaisse et lui retournerait travailler à la banque comme avant. Mais il n’essayerait plus d’être le trader du mois ni celui de l’année. Ça, c’était fini ! Et s’il y avait une seule chose positive dans cette expérience avec son double c’était justement cette prise de conscience radicale qu’il passait depuis trop longtemps à côté de sa propre vie ! Tout était à reconstruire désormais. Il reprendrait contact avec sa famille et irait voir ses parents qu’il avait délaissés alors qu’il les savait âgés et fatigués. Au boulot, il bosserait honnêtement en veillant à préserver sa vie privée. Les journées qui commençaient avant tout le monde : terminé. Les repas pris sur un coin du bureau à côté du P.C : terminé. Les départs de la banque à point d’heure alors que les techniciens de surfaces nettoyaient les open-spaces désertés depuis longtemps : terminé. TERMINÉ ! Éthan Boccello tirerait un trait définitif sur le passé. Il allait vivre et profiter car il y avait bien une vie après le travail.

Mais pour que tout cela se concrétise, il fallait mettre fin aux ambitions de son clone au plus vite. Sa décision était prise, irrévocable et rien ne le ferait vaciller.

            Rien sauf l’autre, songea-t-il soudain. Et s’il refusait tout bonnement ce deal considérant qu’il n’avait rien à y gagner. Éthan pouvait-il le contraindre à renoncer à tout : l’argent sur les comptes bancaires, le statut professionnel, l’appartement… ?

            Il parlait à haute voix, tout seul, faisant de grands gestes à droite et à gauche pour accompagner ses paroles. Il pesait le pour et le contre des possibilités qu’il envisageait. Les passants se retournaient sur son passage tant il se comportait étrangement. Sa chemise encore mouillée lui donnait un air négligé et lorsqu’ils repéraient les marques sur son cou ils faisaient un écart. D’autres riaient simplement de le voir s’agiter dans le vide.

            Il était planté devant son immeuble depuis dix bonnes minutes quand il se rendit compte qu’il était arrivé. Trop absorbé par les divers scénarios, il avait totalement occulté le monde extérieur. Un voisin qui sortait de l’allée le replongea dans la réalité.

            — Bonsoir monsieur Boccello.

            Éthan leva le nez vers lui et tenta de répondre en s’efforçant vainement de mettre un nom sur le visage croisé :

            — Bonsoir monsieur… Euh !…

            Comme sa mémoire le trahissait, il renonça à se souvenir d’autant que l’homme s’était déjà éloigné.

            Il grimpa au troisième étage, sortit ses clés, pénétra chez lui et après s’être dévêtu et changé, il mit son plan à exécution.

            Il avala d’abord trois bonnes doses de son meilleur whisky pour se donner du courage puis, sans hésiter, il tira un fauteuil dans le couloir comme s’il déménageait. Le meuble, particulièrement lourd semblait résister et vouloir rester là où il se trouvait mais de poussées en de tractions répétées, Éthan finit par l’installer face à la porte d’entrée, à distance respectable, histoire de ne prendre aucun risque d’être à nouveau agressé. Confortablement installé à ce poste d’observation improvisé, à l’affût, il bénéficierait d’un champ de vision suffisamment dégagé et d’un contrôle parfait des déplacements qu’il exigerait de l’autre.

            Il se versa un quatrième verre d’alcool et même si son esprit était de plus en plus embrumé, il savait tout à fait ce qu’il avait à faire. Il attrapa une valise qu’il ouvrit sur le lit et vérifia que du fauteuil il verrait à la fois l’entrée, le dressing et la chambre. Parfait !

            Il refit mentalement un point et, satisfait, il se posa dans le fauteuil, arme chargée à la main. Il attendit son clone, prêt à en découdre avec lui.

            Quatre heures plus tard, alors que le nuit était tombée depuis longtemps, un cliquetis dans la serrure annonça l’entrée imminente de celui dont Éthan voulait se débarrasser.

Éthan, revolver fermement braqué sur la porte.

Le clone, yeux exorbités quand il découvrit Éthan armé, qui le menaçait.

Éthan, souriant et confiant car il avait tout calculé.

Mais vingt minutes plus tard trois coups de feu claquèrent dans l’appartement et résonnèrent dans tout l’immeuble alertant le voisinage.

Le plan d’Éthan n’avait pas fonctionné comme il l’imaginait.

(à suivre)

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La suite paraîtra très prochainement.

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Mon prochain article (avant la publication de la suite de cette histoire) sera très bref. Il aura simplement vocation de vous annoncer ma prochaine séance de dédicaces au cours de laquelle vous pourrez me rencontrer.

Littérairement vôtre,

AUDREY DEGAL


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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE (suite 4)

Chères lectrices et chers lecteurs,

Voici le quatrième épisode de votre histoire à suspense « Paraître ou disparaître ».

Merci à toutes et à tous de partager cet article (notamment sur les groupes de lecture de Facebook, Instagram, Twitter…) pour en faire profiter d’autres lecteurs et faites fonctionner le « bouche à oreille » qui généralement marche pas mal du tout !

Un commentaire de votre part, un « J’aime » font toujours plaisir à l’auteure, un abonnement au site plus encore d’autant que cela ne vous engage en rien. En effet, il est triste de voir que certains lisent régulièrement sur mon site, voire reviennent tous les jours, profitent de mes écrits, de mon travail mais ne s’investissent pas en retour, retranchés derrière l’anonymat confortable des réseaux sociaux, surtout que s’abonner ou mettre un commentaire, ce n’est vraiment pas grand chose.

La fin de cette histoire à suspense paraîtra très prochainement mais avant je publierai un autre article concernant mes conseils de lecture car je dévore les romans.

Passez une bonne journée, une bonne semaine et à très bientôt !

Résumé de l’épisode précédent :

La police n’a rien trouvé d’anormal chez Éthan, resté enfermé dans la buanderie pendant leur visite. L’inconnu a répondu à leurs questions et une fois seul a libéré Éthan éberlué de se trouver en face de son double. Ce dernier prend sa place au travail si bien que le jeune trader peut profiter de ses journées et s’offrir tout ce qu’il n’avait pas le temps de faire ou d’acheter auparavant. Il baigne dans le bonheur.

La vie était belle pour Éthan qui s’habituait à l’oisiveté. Mais un soir, en rentrant d’une partie de squash dont il était devenu adepte, il fut étonné de ne pas trouver le repas prêt, comme c’était le cas tous les jours. Certes, il avait remarqué que la prestation de l’autre baissait en qualité depuis quelque temps. Les plats surgelés micro-ondables avaient peu à peu remplacé les dîners mitonnés et le petit déjeuner était désormais privé de jus de fruits frais, de viennoiseries chaudes, supplantés par des boissons aux couleurs alléchantes mais au goût insipide et par de simples biscottes.

Il était minuit trente quand son double rentra, le visage défait, les traits tirés. Il jeta ses affaires sur un fauteuil du salon et s’affala sur le lit où Éthan lisait. Quelque chose clochait.

            — Éthan, il faut qu’on parle !

            — Je t’écoute.

             Comme il ne décollait pas les yeux de son roman, l’autre s’énerva, lui arracha le livre des mains et monta d’un ton :

            — Je te parle. La semaine prochaine, tu reprends le boulot. Il faut que tu me remplaces. Je suis fatigué.

            — Si tu ne rentrais pas tous les soirs aussi tard.

            — Je fais ce que je veux. Si tu crois que c’est simple de se lever tôt pour préparer les repas de monsieur qui devient de plus en plus exigent d’ailleurs. Sans parler du linge, des courses… J’en ai assez d’autant qu’il y a trop de pression au boulot. On m’en demande plus, toujours plus !

            — C’était déjà comme ça avant !

            — Non, c’est devenu pire. Tu ne peux pas imaginer. Et puis tu as bien profité ces derniers temps : un voyage par ci, le ski, la mer, l’avion, la moto… J’ai besoin d’un break moi aussi.

— Impossible, la semaine prochaine je pars au Cap Vert. J’ai déjà réservé l’avion et l’hôtel. Il n’a jamais été question que je renonce ou que je reprenne le travail, selon notre accord ! Tu n’as qu’à…

            À ces mots, l’autre pivota brusquement et chevaucha le corps d’Éthan étendu sur le dos, les yeux rivés au plafond comme s’il y voyait le ciel bleu de ses prochaines destinations de voyage. Il l’immobilisa, bras coincés le long du buste à l’aide de ses jambes et il enserra sa gorge de ses deux mains aussi puissantes que des tenailles.

            — Regarde-moi bien et ouvre grand tes deux oreilles. D’abord, on n’a jamais passé d’accord. Je suis venu t’aider, c’est tout. Mais maintenant, c’est fini. Fini, tu entends !

            Sous lui, le jeune homme suffoquait, le visage rougi, les yeux exorbités. Il commençait à manquer d’air et redoublait d’efforts pour rester en vie. Puis l’autre relâcha légèrement son étreinte, même s’il renonçait encore à libérer sa proie. Son regard sanguin exprimait toujours une colère redoutable.

            — Pour le cas où tu n’aurais pas compris, je te répète que la semaine prochaine tu vas au taf à ma place. Ne t’avise pas de contester ou de te défausser. C’est clair ?

            Aucun son compréhensible n’émanait de la bouche d’Éthan mais les traces rouges qu’il garderait sur son cou pendant plusieurs jours s’occuperaient de lui rappeler qu’il n’avait pas le choix. Il se demandait pourquoi ce changement brusque et cette réaction violente et il cherchait dans son comportement ce qui avait pu causer ce retournement de situation qu’il redoutait depuis le début de leur cohabitation. Il se garda de poser la moindre question, trop occupé à retrouver sa respiration et craignant le courroux de son double. Par précaution, il décida de passer la nuit sur le canapé, loin de son agresseur qui prit la direction de la banque au petit matin en laissant derrière lui l’appartement dans un désordre inhabituel. Le réfrigérateur était presque vide et lorsqu’Éthan se leva, il dut se préparer lui-même un café qu’il avala difficilement tant son cou était tuméfié.

            Trop inquiet, il ne se rendit pas sur le green ce matin-là alors qu’il en avait pris l’habitude. Il consulta en ligne son compte en banque qui avait fructifié mais ne présentait pas d’anomalie, vérifia à deux reprises que la porte était bien verrouillée puis il se mit à fouiller l’appartement à la recherche de son arme, un pistolet acquis sous le manteau deux ans auparavant sur les conseils d’un collègue agressé en pleine nuit par deux voyous. La dégradation de la sécurité n’était pas un vain mot et Éthan ne voulait pas le vérifier à ses dépens.

            — Où sont les balles ? dit-il tout haut.

            Précautionneux, il avait pris soin de les ranger séparément. Il eut beau tout retourner, elles restaient introuvables. Il devrait en acheter.

            Il songea qu’il aurait dû prendre des cours de self-défense pour se prémunir contre le danger d’autant qu’il aurait eu le temps de s’impliquer et d’apprendre les rudiments. C’était trop tard à présent. Trop perturbé pour entreprendre quoi que ce soit ou pour sortir, il se contenta de téléphoner pour annuler son voyage, après quoi, il erra chez lui, échafaudant des stratagèmes pour palier à tous les cas de figures qui pourraient se présenter quand l’autre rentrerait et il redoutait ce moment.

            Fébrile, il passa le reste de sa journée dans le canapé où il finit par plonger dans des micro-sommeils peuplés de rêves sombres dans lesquels il essayait d’utiliser son pistolet sans jamais y parvenir. L’arme qui reposait sur ses cuisses glissa doucement à plusieurs reprises et il la rattrapait à chaque fois, recollant ainsi à la réalité ou du moins à ce qu’il croyait être la réalité.

            Le cliquetis d’une serrure qu’on ouvre le réveilla définitivement. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait tout fermé, sûr que ce bruit l’alerterait. Il ouvrit les yeux, se redressa, attendant l’autre de pied ferme. Quand l’intrus pénétra dans l’appartement, Éthan ne lui décrocha pas le moindre mot.

            — Salut, dit simplement l’arrivant.

            Il se dirigea vers la cuisine, remplit la bouilloire d’eau, la mit à chauffer et revint quelques instants après auprès d’Éthan en lui tendant une tasse de thé fumante.

— Attention, c’est chaud.

Éthan en perdit son latin. Il eut un geste brusque comme s’il se cabrait et en se levant il propulsa le darjeeling sur le carrelage ainsi que son arme. Le liquide brûlant évita de justesse le serveur. En heurtant le sol l’arme quant à elle émit un son métallique qui glaça le sang d’Éthan involontairement désarmé.

            — Qu’est-ce qu’il te prend ? C’est pas malin ! Tu aurais pu m’ébouillanter. Moi qui voulais te faire plaisir, c’est raté !

            L’autre semblait ne pas avoir remarqué l’arme.

            Éthan bondit alors, s’empara du révolver et le pointa sur sa cible.

            — Ne bouge pas ou je tire ! menaça-t-il, masquant difficilement le trouble qui l’agitait.

            Sa main tremblait.

            — Arrête Éthan, pose cette arme, tu sais comme moi qu’elle n’est pas chargée ! Il y a longtemps qu’on a perdu les balles. Range-la et cesse de t’exciter !

            L’intrus s’absenta quelques secondes et revint auprès de lui pour éponger le thé renversé. Ils se regardèrent droit dans les yeux, longuement.

            Éthan s’étonnait de le voir si tranquille et si gentil. Pourquoi changeait-il d’attitude ? Il avait imaginé tous les scénarios mais pas ce changement radical.

            — Je sais, c’est bizarre et tu ne comprends pas ce qui se passe moi non plus d’ailleurs ! Je suis désolé pour hier. J’étais fatigué. Excuse-moi !

            Tout en parlant, il rassemblait les morceaux de la tasse brisée dans une pelle pour les jeter.

            — Veux-tu que je te prépare une autre tasse ? demanda-t-il de façon extrêmement affable.

            Cette voix si douce et maintenant ce visage apaisé. Quel jeu jouait-il ? Voulait-il pousser Éthan à bout ? C’était une possibilité.

            — Sinon, si ça t’intéresse, au travail tout était ok et notre portefeuille d’actions se porte comme un charme. J’ai fait des placements et des investissements qui se sont avérés très rentables. Tu as raison : fais-toi plaisir, fais-nous plaisir, pars au Cap vert.

            Mais Éthan ne semblait pas avoir entendu.

            — Comment es-tu entré ?

            — Avec ma clé pardi ! Quelle drôle de question.

            — Quelle clé ?

            — Réfléchis : tu en as une donc moi aussi. Depuis le temps, tu devrais déjà le savoir.

            — Mais de quoi tu parles ?

            — Enfin Éthan, ça fait des mois qu’on fonctionne ainsi. Tu as oublié ? Tu m’inquiètes.

            Éthan commençait à douter. Si l’autre lui parlait maintenant de façon sympathique il fallait se méfier.

            — Et tu sors ce soir ?

            — Non, je préfère rester avec toi. On passe trop peu de temps ensemble.

            Éthan ne savait plus qui était la personne qu’il avait en face de lui. Pouvait-il lui faire confiance ?

            — Dans ce cas, jure-moi de ne plus m’agresser comme hier.

            — Je te l’ai déjà dit, je suis vraiment désolé. Ça ne se reproduira plus. Oublie ce qui s’est passé !

            Puis il changea de sujet.

            — Ce n’est pas tout mais le temps passe à une de ces vitesses ! Il est plus de vingt heures. Allume la télé, moi je m’occupe du dîner. Des lasagnes ça te tente ? J’ai acheté tous les ingrédients.

            L’autre redevenait à nouveau serviable et Éthan le regardait s’agiter tandis qu’il restait inerte, privé de toute énergie, perdu.

Il le regardait. Il se sentait chez lui alors que ce n’était pas son appartement.

Il le regardait s’occuper de tout.

Il se regardait lui.

Il se voyait vivre, marcher, parler.

Il n’était plus unique, il était deux.

            La tête basse comme si on l’avait grondé, il ouvrit le réfrigérateur que l’autre avait partiellement garni.

            Tout en préparant le repas, son double continuait de lui parler.

            — Tu travaillais trop, ça ne pouvait plus durer. Tu aurais fini par y laisser ta peau ou par avoir un accident cardiaque ou quelque chose comme ça ! Depuis que nous sommes deux, tu te sens mieux, reconnais-le.

            Il fallait bien admettre que l’autre avait raison. Depuis qu’il travaillait dans cette banque, Éthan avait dû faire ses preuves et se battre chaque jour pour être le meilleur puis le meilleur parmi les meilleurs. C’était une véritable guerre qu’il devait livrer pour se maintenir au top. Interdiction de faillir, impossible de ne pas atteindre les objectifs mensuellement fixés par la direction. Chimérique de croire qu’il pouvait tout faire en 35 heures par semaine car il en faisait le double. Hors de question d’être malade ou seulement fatigué. Impensable de rencontrer des problèmes familiaux et donc fonder une famille était inimaginable. Le paraître était aussi surveillé de près. Chacun devait soigner son apparence en toutes circonstances. Aucun écart n’était toléré : costume, cravate exigés… Jamais Éthan ne s’était rendu compte qu’à ce jeu pervers et dangereux il se dépossédait progressivement de son identité et que fondu dans une masse où tous finissaient par se ressembler, il disparaissait progressivement.

— Mets la table s’il te plaît. On gagnera du temps. Dans une demi-heure ce sera prêt. Ça sent bon hein !

            Éthan attrapa deux assiettes, deux verres, les couverts et les disposa sur les deux sets qui patientaient. Il ouvrit une bouteille de vin pour accompagner le repas, en versa un peu dans son verre et le sentit avant de le goûter

            — Bonne idée ce vin, fit l’autre.

Éthan tira ensuite une chaise et s’installa en attendant d’être servi.

            — Ah, je vois que tu recommences à m’accepter, à t’accepter devrais-je dire ! On forme un beau couple en somme !

            Tel un miroir ésotérique, quand Éthan regardait l’étranger, il se voyait. L’autre était lui. Lui était cet autre, à ceci près que son double débordait de vitalité, de force et prenait les décisions tandis que lui semblait subir la situation et être asthénique. Lequel des deux était le vrai Éthan ? Ils étaient parfaitement identiques : dans leur façon de s’exprimer, de se mouvoir, de réagir. Les deux pouvaient-ils continuer à coexister ?

            — Ça va être prêt. On commence par une petite salade.

            Éthan posa sa serviette sur ses genoux et soudain une question jaillit de sa bouche.

            — Comment es-tu arrivé là ?

            L’étranger interrompit ce qu’il faisait et réfléchit un instant.

            — J’aimerais bien te répondre mais je ne sais pas trop comment ça s’est produit. Je me souviens que je dormais et que je t’ai senti remuer à côté de moi, dans le lit.

            — Mais avant ça où étais-tu ? Tu étais bien quelque part !

            — J’ai envie de te dire oui mais je n’ai aucune réponse et j’ai les mêmes souvenirs que toi. La veille, j’étais au bureau, croulant comme toi sous les dossiers. Marine, du service de comptabilité est passée me voir avant de partir. Plus tard j’ai quitté l’agence, j’ai attrapé le métro à la volée et en descendant du TER, je suis rentré à la maison. Il n’y a pas à tortiller, je ne sais pas comment j’ai atterri là. D’ailleurs, puisque nous sommes les mêmes, je te retourne la question. Est-ce que ce n’est pas toi qui as fait irruption dans ma vie ?

            — Non, non ! Je suis Éthan !

            — Mais moi aussi ! Inutile de te torturer, pensons à autre chose. J’ai remplacé le réveil que tu as cassé. J’en ai acheté un tout neuf, encore mieux que le dernier.

            — Arrête. Ne change pas de sujet ! Pourquoi es-tu là ?

            — Comme je suis toi, il m’est impossible de répondre mais j’ai juste une petite idée.

            — Ah, dis-moi !

— Regarde-toi, tu devenais une loque, tu étais épuisé, tu avais un teint de déterré. À part ton travail, tu ne faisais rien d’autre. Moi, au contraire, j’ai une pêche d’enfer enfin jusqu’à ces derniers jours. Personne ne peut tenir ce rythme de fou et être privé de vie personnelle, personne ! Je crois qu’un ange a eu pitié de toi et m’a envoyé ou l’inverse : il a eu pitié de moi et t’a envoyé. Franchement, je ne sais plus qui est qui aujourd’hui. Maintenant que nous sommes deux, nous pouvons nous répartir les tâches. Moi non plus je ne peux pas tenir éternellement. On doit permuter !

Éthan l’écoutait, plus inquiet que dubitatif et s’il trouvait la situation toujours aussi étrange, il commençait à se sentir dépossédé de son être. Il était le véritable Éthan, il en était sûr et l’autre n’était qu’une doublure. Pas question de lui céder sa place. Il devrait disparaître de sa vie à un moment ou à un autre. La violence dont il avait fait preuve la veille quand il avait tenté de l’étrangler le conforta dans sa méfiance et ses certitudes d’être le modèle original, authentique, unique. Il avait souvent imaginé être deux : l’un qui aurait travaillé pendant que l’autre pourrait se prélasser, s’amuser ou dormir à loisir mais jamais il n’aurait imaginé que cela se produirait.

Après le repas, ils se détendirent face à une série policière diffusée à la télé puis gagnèrent ensemble la salle de bains. Là, face au miroir, Éthan se figea et s’obligea aussitôt à prendre un air plus décontracté afin que l’autre ne voie pas qu’il était profondément troublé. Que leurs reflets soient absolument identiques, il le savait mais que l’étranger affiche les mêmes traces d’étranglement au niveau du cou n’avait aucun sens puisqu’à aucun moment Éthan n’avait tenté de l’étouffer ou du moins il ne s’en souvenait pas. Quelque chose clochait.

— Donc demain c’est moi qui vais travailler. Tu prendras le relais la semaine prochaine.

La tête sur l’oreiller, le jeune homme se contenta de répondre à la proposition de son squatteur.

— OK !

Il ne savait pas comment l’autre avait surgi dans sa vie et il ignorait pourquoi il avait ces marques terribles au cou.

Éthan supposa qu’il devait tremper dans des affaires louches, qu’il s’était battu avec un individu peu scrupuleux, qu’il était victime d’un chantage ou d’un règlement de comptes… Que lui était-il arrivé pour qu’il porte les mêmes traces que lui ? Elles n’étaient pas apparues par enchantement, cela ne leur était jamais arrivé. Une blessure chez l’un ne déclenchait pas la même chez l’autre. Ils ne l’avaient jamais observé depuis qu’ils se côtoyaient. Il y avait donc une explication différente mais Éthan n’osa pas demander laquelle.

Il se positionna dans le lit dos à l’autre, en chien de fusil et échafauda mille et une interprétation possible, à tel point qu’il ne trouva pas le sommeil, convaincu qu’une menace dont il ignorait l’origine planait sur sa tête, sur leurs têtes.

AUDREY DEGAL

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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE (suite 2)

 Résumé de l’épisode précédent : 

Éthan qui a trouvé un étranger endormi chez lui, dans son lit, s’est d’abord réfugié dans un placard avant d’appeler la police. L’inconnu, toujours paisible, ne s’alarme pas de la réaction du jeune homme terrorisé et violent. Ce dernier rétablit l’électricité et s’introduit dans la buanderie en attendant l’intervention des forces de l’ordre. Mais la poignée casse, le condamnant à rester enfermé, incapable de répondre à l’agent qui sonne à l’interphone. Il entend du bruit. L’intrus s’est réveillé et répond aux sollicitations des policiers.

Bonne lecture et laissez-moi un petit commentaire, ça fait toujours plaisir !

— Oui, c’est bien moi ! Qu’est-ce que c’est ? …. La police !… Qu’est-ce qui se passe ?… Moi ?… Non, je ne vous ai pas appelés… Un intrus, chez moi, c’est une plaisanterie !… Excusez-moi, mais je vous assure qu’il n’y a personne d’autre que moi ici, je suis un peu surpris d’être dérangé en plein milieu de la nuit !

            L’inconnu semblait agacé et mal réveillé.

            — OK, OK, continua-t-il alors que les policiers insistaient, je comprends, vous devez vérifier. Je vous ouvre…. Troisième étage, porte gauche.

            Il actionna le déverrouillage de l’allée comme s’il était vraiment chez lui.

            Quelques instants plus tard, un policier toqua à la porte de façon discrète pour ne pas ameuter le voisinage.

            — Pouvons-nous entrer ?

            — Je vous en prie mais je vous assure que tout va bien.

            La porte d’entrée venait de se plaquer contre celle de la buanderie dont elle masquait désormais l’accès. Toujours retranché, Éthan venait de comprendre que si les agents ne la refermaient pas derrière eux, ils ne le découvriraient pas dans sa planque d’autant que l’inconnu venait de ramasser la poignée et le carré qu’il avait trouvés par terre.

            Éthan se rapprocha de la porte, posa une main sur le bois et prit une inspiration, prêt à appeler pour signaler sa présence.

            Il essaya mais aucun son ne sortait de sa bouche sans qu’il sût pourquoi. Quelque chose le dérangeait dans cette situation improbable. Il était en quelque sorte bloqué, entravé dans sa volonté par des forces contradictoires qui le dépassaient et son corps ne lui obéissait plus.

            C’était plus fort que lui, il n’arrivait pas à agir.  Était-ce l’émotion, l’excès de peur, la fatigue ? Il ne parvenait pas à comprendre pourquoi il restait muet alors que tout le poussait à sortir de ce guêpier. Il dut se concentrer pour pouvoir lever la main mais ses doigts se contentèrent seulement d’effleurer la porte, tout doucement. Il renonçait malgré lui.

La situation aurait pu être angoissante ou cocasse mais elle n’était ni l’un ni l’autre. Elle le troublait et plus encore la voix de l’intrus. Elle lui était familière, si familière : les intonations, les expressions, le ton… De plus, il connaissait l’appartement et s’y déplaçait apparemment sans hésiter. Peut-être s’agissait-il d’un voisin qui occupait le même logement, juste au-dessus ou juste au-dessous de lui et qui avait échafaudé un plan pour le piéger et lui faire avouer son code de carte bancaire. Mais il aurait déjà agi au lieu de se contenter de se coucher dans le même lit que lui. Il dut l’admettre : les intentions de l’intrus étaient différentes.

Il aurait payé cher pour connaître le fin mot de tout ceci mais même son compte en banque garni ne pouvait lui offrir cette délivrance. Il enragea tout à coup, comme un volcan éteint depuis des siècles et désormais au bord de l’implosion. Ses nerfs lâchaient. Il leva brusquement un poing fermé, prêt à marteler la porte de rage et d’accablement mêlés. Son geste s’arrêta là, en l’air, poing retenu par une main invisible ou une volonté extérieure qui prenait l’ascendant sur ses propres décisions. Son bras refusait de lui obéir. Il dut bien l’admettre : il était prisonnier de la buanderie, de lui-même et de ce squatteur. Alors il prêta l’oreille pour saisir la conversation qui se déroulait sans lui.

            — Oui, je vous dis que je dormais. Je ne sais pas qui vous a appelés. Vous pouvez regarder dans toutes les pièces, je n’ai rien à cacher !

            Les policiers, deux probablement, avancèrent dans le couloir. Éthan entendit les portes s’ouvrir et se refermer, des pas, des paroles entrecoupées de moments de silence.

            — Je travaille au Lcl, répondit l’inconnu à la demande des agents.

            — Lcl ?

— Oui, le Crédit Lyonnais.

— OK ! Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal ces jours-ci ?

— Non !

Les questions-réponses fusèrent pendant un bon moment. De toute évidence les policiers ne se contentaient pas d’inspecter visuellement tout l’appartement. L’intrus les suivaient pas à pas, les bras croisés, tapotant parfois du pied par terre pour leur faire comprendre qu’il s’impatientait.

            — Écoutez messieurs, je vous remercie d’être passés mais, comme vous pouvez le constater, il n’y a rien d’anormal et je ne cours aucun risque chez moi. Je commence tôt tout à l’heure, je suis encore fatigué et je voudrais bien me recoucher.

            — Bon, OK, je ne vois rien. Nous allons vous laisser. Mais s’il y a quoi que ce soit, n’hésitez pas, appelez !

            — Je n’y manquerai pas. Merci d’être intervenus.

            Et il les guida vers la sortie de l’appartement dont la porte était restée grande ouverte durant l’intervention après quoi il tourna la clé dans la serrure pour bien refermer derrière eux.

            En descendant les escaliers les deux agents, un jeune qui débutait dans le métier et l’autre la cinquantaine, restaient dubitatifs.

            — C’est bizarre tout de même !

            — Oh, tu sais, j’en ai tellement vu et entendu dans ma carrière que plus rien ne me surprend.

            — Ouais !

            — Si ça se trouve, il nous a bien appelés, pour un pari avec des copains ou parce que c’est un angoissé qui s’affole au moindre bruit nocturne ou… Ne cherche pas à comprendre. Un chat a peut-être fait tomber un pot de fleurs sur un balcon ou des voisins se sont disputés un peu trop fort… qu’est-ce que j’en sais, moi. La nuit, les gens ont peur, c’est tout. Allez, on a fait notre travail et tu as bien vu, rien ne clochait.

            Le jeune opinait de la tête à chaque supposition de son supérieur qui ajouta :

            — Parfois, il ne faut pas prendre à la légère les appels à l’aide. On ne sait jamais ! Pense à ce qui arrive à Jodie Foster, tu sais, dans le film Panic room. Tu n’étais peut-être pas né mais elle ouvre la porte aux forces de l’ordre et elle leur dit qu’il s’agit d’une erreur. Elle est souriante, sûre d’elle et plaisante aussi. Pourtant, des malfrats sont entrés dans sa maison et la menacent vraiment. Mais comme ils sont juste à côté, elle ne peut rien dire. C’est violent comme film. Enfin tu vois ce que je veux dire !

            — Oui. C’est pas facile de savoir qui dit la vérité.

            — C’est tout le problème de notre métier !

            La Dacia Duster où ils prirent place démarra et ils regagnèrent le poste où ils étaient de garde toute la nuit.

            L’appartement d’Éthan avait retrouvé son calme et un silence oppressant s’était emparé des lieux. Où était passé l’inconnu ? Que faisait-il ? Pour Éthan les secondes, les minutes semblaient s’éterniser. Que se passait-il de l’autre côté de la porte, dans le couloir. Tel un aveugle il guettait le moindre son dans l’espoir de percevoir quelque chose. Il tentait de contrôler sa respiration tout en espérant que l’autre l’oublierait, retournerait se coucher et mieux encore quitterait l’appartement.

            Soudain un bruit métallique creva l’atmosphère cotonneuse dans laquelle il se sentait à l’abri. Le carré métallique venait de retrouver sa place ainsi que la poignée et la porte s’ouvrit. L’étranger se dressait au beau milieu de l’encadrement, solidement campé sur ses jambes.

            — Qu’est-ce que tu fous enfermé là-dedans, Éthan ? Heureusement que je suis là ! Tu as l’air frigorifié. Enfile donc le peignoir qui traîne sur le sèche-linge et sors de là. On va se recoucher, je suis crevé !

            Tel un petit garçon bien obéissant, Éthan suivit scrupuleusement aux conseils que l’autre lui donnait. Il était incapable de réfléchir, incapable de rétorquer, incapable de questionner, incapable de comprendre.

            Il secoua légèrement la tête comme si ce mouvement pouvait lui permettre de remettre ses idées en place.  Ses gestes étaient lents, hésitants, mal assurés. Les pans de son peignoir mal ajustés pendaient inégalement et sa ceinture approximativement nouée menaçait de se défaire. Il devait reprendre ses esprits. Il tourna les yeux vers l’autre qui l’attendait patiemment et se plongea intensément dans son regard.

            C’est à ce moment précis qu’enfin il comprit.

Il comprit pourquoi il connaissait cette voix.

            Il comprit qu’il avait déjà rencontré cet étranger.

            Il savait tout de lui à commencer par son nom.

            Comment n’avait-il pas pensé à lui dès le début ?

            C’était inouï mais si évident !

            Sans un mot, résigné et vaincu avant même d’avoir livré bataille, il dépassa l’autre, heurtant son épaule sur son passage, se dirigea tout droit vers la chambre tel un automate, s’allongea sur un bord du lit, se couvrit, éteignit la lumière mais garda les yeux grands ouverts, luttant pour vaincre l’épuisement et ne pas dormir. Mais le sommeil finit par le terrasser.

            L’autre, étendu juste à côté, ne tarda pas à ronfler, insouciant et serein.

*

            La sonnerie du réveil-matin, détruit la veille, ne tira pas Éthan de ses rêves agités. En revanche, une agréable et inhabituelle odeur de café chaud et de tartines grillées s’invita jusque dans la chambre et vint délicatement taquiner ses narines. Malgré toute cette douceur, il se redressa brutalement. La réalité venait de le rattraper et les événements de la nuit lui revinrent pleinement en mémoire.

Il repoussa les draps qui s’étaient emmêlés autour de ses chevilles et les entravaient et, à pas de loup, s’avança vers la cuisine pour pouvoir observer ce que l’autre faisait. Avec un naturel déstabilisant, l’intrus sifflotait un air bien connu et, sans aucune gêne, ouvrait les placards ou le frigo pour dresser la table d’un petit-déjeuner copieux, que d’habitude, Éthan trop pressé ne prenait jamais.

— Arrête de faire l’idiot, dit-il alors qu’il avait senti sa présence. Regarde, je t’ai pressé deux oranges. Viens, approche et installe-toi.

Éthan ne parvenait pas à répondre quoi que ce fût. Il avait l’impression d’être tombé au fond d’un puits, d’avoir passé la nuit dans une eau putride et d’avoir tenté vainement de gravir les parois abruptes qui auraient déchiré ses doigts et usé ses ongles. Mais ses papilles sollicitées par les senteurs qui émanaient de la table lui disaient au contraire qu’il était un roi et que quelqu’un veillait à son bien-être.

            — Fais comme chez toi !

            Éthan réagit à cette remarque en sursautant.

— Relaxe, mec, je te taquine. Tu as les nerfs à fleur de peau ! C’est dingue !

            Éthan se contentait de suivre les moindres gestes de l’étranger, ses déplacements et de l’écouter.

— Assieds-toi et déguste. Prends le temps pour une fois, fais-toi plaisir !

L’inconnu donnait le sentiment d’être très à l’aise. Il lui parlait comme si c’était naturel et qu’il avait l’habitude de converser avec lui.

Entre les toasts briochés dorés, le café impeccablement dosé et goûteux, le jus de fruit savoureux, Éthan finit par se laisser aller jusqu’à se sentir plus détendu. Après tout, il était certain que l’autre ne lui voulait aucun mal.

— Ne bouge pas ! fit l’étranger.

Il s’éclipsa dans la chambre et réapparut quelques minutes plus tard, vêtu du costume préféré d’Éthan qui lui allait comme un gant.

— Je te laisse, je vais bosser ! Profite de ta journée.           

Éthan parvint enfin à articuler :

— Mais… mais … où allez- v…

Il rectifia :

— Où vas-tu ?

            — Au bureau, au LCL pardi ! Toi, tu te reposes. À ce soir !

            La porte d’entrée qui claque, le moteur d’une voiture que l’on démarre dans la rue, la sienne, et un départ sur les chapeaux de roue. L’étranger avait filé.

Le retour au silence le plus complet et la solitude achevèrent de déconcerter Éthan dont les mâchoires devenues immobiles ne parvenaient plus à venir à bout du pain au chocolat dans lequel il avait croqué.

            — C’est une histoire de fous, dit-il tout haut.

            Il parcourut du regard son appartement, s’arrêta sur l’heure affichée à l’écran de la télé muette. Hébété, désorienté, il ne savait que faire.

            Il décida d’attendre une heure au terme de laquelle il appellerait le boulot pour dire qu’il se sentait mal et n’irait pas travailler. Après tout, on ne pouvait pas lui reprocher cette petite entorse alors qu’il n’était jamais absent.

            — Lcl bonjour ! Que puis-je pour vous ?

— Allo, oui…bonjour… !

            Tout à coup, il hésita. Était-ce la bonne stratégie que de mentir ? Qu’avait-il à perdre ? Cette journée lui serait salutaire. Il avait tant besoin de se reposer, de couper avec cette vie trépidante qu’il s’imposait depuis trop longtemps. Mais sans qu’il le veuille vraiment, un autre mensonge s’invita dans la conversation.

            — Je me présente, monsieur Lantignac à l’appareil. Je suis le directeur de la société Intratech gérée par monsieur Boccello Éthan. Pourrais-je lui parler ?

            On allait bien sûr lui répondre qu’Éthan Boccello n’était pas encore arrivé mais on ne lui dirait pas qu’il était encore attablé devant son petit-déjeuner. Contre toute attente, la réponse fut différente de ce qu’il avait imaginé.

            — Oui, bien entendu. Il vient juste d’arriver. Ne quittez pas monsieur Lantignac, je vous le passe tout de suite !

            Éthan voulut se raviser et dire qu’il le rappellerait plus tard mais la communication avait déjà basculé et, à l’autre bout du fil il l’entendit, lui, l’étranger.

            — Éthan, c’est toi. C’est sympa d’appeler.

            — Comment… ?

            — Ne te fais pas de soucis, je gère. Je connais ton boulot aussi bien que toi. Ne t’inquiète pas ! Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

            Éthan avait raccroché et il jeta le téléphone devant lui comme s’il lui brûlait la main.

            La situation lui paraissait si irréelle qu’il crut un instant qu’il avait sombré dans la folie. Peut-être qu’il se trouvait coincé dans la quatrième dimension. Peut-être que ses amis allaient sonner à la porte, accompagnés d’un caméraman et d’un producteur de télévision. Peut-être qu’un burn-out produisait ce type d’hallucinations. Peut-être que…

C’était pourtant la vérité.

C’était inexplicable mais un autre Éthan, en tous points conforme à lui, l’avait remplacé.

Il tourna en rond chez lui, se mit à lire, reposa aussitôt son livre, retourna se coucher sans conviction, se releva, alluma la télé sans la regarder, surfa sur internet sans idée précise, essaya d’appeler un ami avant de raccrocher… Déboussolé était le terme qui lui correspondait. Il avait tout son temps mais ne savait qu’en faire comme quelqu’un qui deviendrait subitement riche et ne saurait comment dépenser sa fortune. Puis, tout s’éclaira. À quoi bon chercher à comprendre ? À quoi bon lutter ? Il était libre et il pouvait donc profiter de sa journée. L’autre venait de lui offrir l’occasion de disparaître des radars pour faire ce que bon lui semblait. Les apparences étaient sauves : à la banque l’autre le remplaçait.

*

            Oui, totalement libre !

            Le trader du LCL avait virtuellement largué les amarres, brisé ses chaînes et il se sentit pousser des ailes.

            Pour la première fois depuis cinq longues années, au cours desquelles il avait dû faire ses preuves, écrasant de redoutables jeunes loups comme lui désireux de franchir les obstacles les premiers, il flânait.

            Il se rendit d’abord au musée des arts contemporains, erra dans les galeries, s’attarda devant les œuvres des plus grands artistes avant de sortir pour déjeuner chez un chef étoilé. Là, il ne se refusa rien. L’argent accumulé est fait pour être dépensé, se disait-il et ses comptes étaient bien garnis. Il suivit le conseil du sommelier et commanda un Saint-Émilion Grand Cru Château Angélus de 2018 qui s’accordait avec le menu choisi : coquilles Saint Jacques grillées, truffes Mélanosporum, bar à la vapeur, légumes glacés et foie gras, pigeon farci en cocotte sauce Salmis et Butternut rôtis, fromages de France et poire aux amandes et chocolat Valrhôna. La présentation était exquise et son palais flatté. L’après-midi, il s’accorda un plaisir qu’il reportait sans cesse : une séance au cinéma. Il essaya ensuite nombre de costumes avant d’opter pour la confection sur mesure. Il se promena le long des quais du Rhône et, comme le soleil déclinait il songea à rentrer.

            Sur le trottoir, mains enfoncées dans les poches de son manteau, il stoppa net. Et si l’autre revenait ! C’était un risque à prendre et de toute façon il n’avait pas le choix. Il gérerait la situation qui se présenterait.

            Il songea un instant qu’il pourrait se barricader dans son appartement et lui faire comprendre qu’il devait partir. Mais après tout, cette journée inespérée avait été profitable voire très agréable et il se sentait régénéré. Peut-être que ce remplaçant inespéré lui permettrait encore de se détendre en se rendant à sa place au travail. Il devait en profiter.

Il divaguait une fois de plus, son esprit faisait le grand écart, accaparé par des hypothèses antinomiques. Soudain, un postulat surprenant surgit, auquel il ne s’attendait pas : et si ce double ne rentrait pas, s’il disparaissait et que cette journée n’était qu’un aperçu voué à ne pas être reconduit. Cette pensée démente signifiait-elle qu’il voulait que l’autre reste ?

Il n’avait pas franchi le seuil de l’appartement qu’une senteur de cuisine épicée l’invita à entrer. Épicurien dans l’âme il adorait bien manger.

— Salut ! La journée s’est bien passée, s’enquit l’intrus.

Il était là, de retour.

            — Oui, très bien !

            Éthan réussissait enfin à lui parler.

            — Super, c’était l’objectif. Regarde, je t’ai préparé un tajine de poulet mais je ne dîne pas avec toi. Je file.

            — Tu files, et tu vas où ?

            — Je sors m’aérer un peu. Ta vie est rude et monotone. J’ai besoin de souffler. Ne m’attends pas, je dîne dehors et je risque de rentrer tard. Fais ce que tu veux de ton côté !

            — Et demain ?

            — Demain, je vais bosser à ta place, évidemment !

— Évidemment, répéta Éthan décontenancé.

L’inconnu doublé du cuistot ôta son tablier de cuisine sous lequel il était déjà apprêté pour sortir. Il attrapa sa pochette et ses clés au vol et avant de s’échapper adressa un petit signe de la main à son double.

— À plus !

Éthan aurait pu et aurait dû s’interroger davantage tant la situation était étrange. Il aurait pu et aurait dû poser les questions qui lui brûlaient les lèvres mais il préféra se raviser. Il craignait les réponses que l’autre pourrait lui apporter et il préférait profiter de cette aubaine, cette liberté soudaine, ces loisirs dont il avait oublié l’importance. Ce seul mot, « loisirs » avait disparu de son vocabulaire. Il s’attabla, dégusta le plat que l’autre lui avait préparé, geeka pendant des heures sur internet, visionna une série Netflix qu’il voulait voir depuis des lustres et après un bain, se rendit chez un concessionnaire Ducati encore ouvert pour s’acheter la moto dont il avait toujours rêvé. Puis il rentra, heureux, et il alla se coucher.

Pour la première fois, il n’avala aucun somnifère et dormit d’un sommeil aussi paisible que réparateur.

Le lendemain, l’autre se leva bien avant lui et, comme la veille, il lui concocta les repas de la journée avant de s’éclipser pour prendre sa place au travail.

Au fil des mois, Éthan avait pris de l’assurance et devenait hédoniste. Il alternait les journées consacrées au sport, aux parties de golf, il s’était inscrit dans un club pour passer le brevet de pilote dont il rêvait depuis l’enfance et il songeait déjà à s’offrir un jet privé léger. Il disposait des fonds nécessaires, il lui suffirait de faire un petit crédit pour compléter le financement. Pourquoi se priver ? L’autre se démenait au travail et les primes tombaient régulièrement. Au guidon de sa moto, il parcourait la France et n’avait pas pu résister à découvrir le Portugal, poussant le trajet jusqu’à l’Algarve. Il se prenait parfois pour Tom Cruise dans « Top Gun » et quand il roulait, il se moquait des limitations de vitesse. L’autre s’occuperait de les endosser.

*

Le rythme adopté par le couple était bien rodé : Le clone, cet autre lui-même qui n’était plus un inconnu, se rendait quotidiennement à la banque, enchaînait à sa place les heures de travail, les appels téléphoniques, les dossiers vertigineux, les déplacements d’affaires et le soir ou le week-end Éthan l’abandonnait pour sortir, aller au ski ou partir en voyage. Il ne s’absentait jamais plus de deux ou trois jours, soucieux que son double reprenne bien le boulot où il excellait. Éthan ne manquait pas non plus de surveiller son remplaçant car pour pouvoir continuer à profiter encore longtemps de la situation il fallait que tout fonctionne. Finalement, à part dormir dans le même lit, les deux hommes se voyaient peu et Éthan dévorait la vie, insouciant des lendemains.

Mais le bonheur est chose fragile, chacun le sait, et sans prévenir il peut s’éclipser. Les hommes s’habituent si facilement à être heureux ! Trop sans doute !

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Merci à toutes et à tous et à bientôt pour découvrir la suite !

AUDREY DEGAL


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DOMINIQUE

Bonjour à toutes et à tous,

Avant de vous offrir la suite de l’histoire « Paraître ou disparaître » dont deux épisodes sont actuellement en ligne, je voulais moi aussi, à ma façon marquer la JOURNEE DE LA FEMME et quoi de mieux qu’une histoire ! Je vous la livre ici en intégralité et j’espère que vous aurez du plaisir à la lire. Elle est tirée de mon recueil de nouvelles « DESTINATIONS ETRANGES » (cliquez dans « MENU » pour découvrir le livre, sa 4e de couverture et des extraits). Je vous laisse la savourer jusqu’à la dernière ligne et je vous donne rendez-vous très rapidement pour lire la suite de l’histoire à suspense « Paraître ou disparaître ».

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Je vous souhaite une agréable lecture et une excellente semaine !

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Partir, oui vouloir partir…

…mais ne pouvoir aller nulle part !

DOMINIQUE

Il fallait bien sortir ! Oui mais ce n’était pas toujours si simple ! La vie n’est pas si simple  !

Du placard du couloir de son appartement, au cinquième étage, Dominique sortit des chaussures et une veste. Il faisait un peu frais ce matin-là, même si plus tard dans la journée le soleil réchaufferait largement l’atmosphère. Ce serait une belle journée de septembre. Une belle journée, oui, mais pour qui ? Pas pour Dominique, assurément !

Un tour de clé dans la serrure et déjà ses sens en éveil balayaient son environnement. Écouter tout d’abord pour savoir si quelqu’un montait ou descendait les étages dans la cage d’escaliers. Mais il n’y avait personne, pas plus que dans l’ascenseur immobilisé. Voir ensuite, s’assurer que la lumière traquait les moindres recoins. On ne sait jamais ! Quelque malfaiteur pourrait bien se dissimuler quelque part, n’importe où, prêt à bousculer sa victime, à voler son argent et à la maltraiter pour lui faire avouer les codes nécessaires afin d’utiliser les cartes de crédit. Il pourrait aussi en vouloir à sa personne et cela était pour Dominique le pire des cauchemars. Un tour d’horizon : il n’y avait pas âme qui vive sur le palier. Sentir aussi, car la fiabilité de l’odorat est souvent déconsidérée alors qu’un parfum s’exprime, plus qu’on ne le pense, indiquant qu’un individu est passé, il y a quelques instants. Mais Dominique ne humait que sa propre odeur. C’était épuisant de devoir toujours être ainsi, en alerte. C’était cependant son quotidien.

Alors Dominique dévala les escaliers, rapidement, flottant presque sur chaque marche. Il était déjà 7 heures et il ne fallait pas être en retard. Surtout pas ! Les gongs de la lourde porte de l’allée qui menait dans la rue n’avaient pas été lubrifiés. Un grincement désagréable résonna donc, qui alerta les passants quand Dominique surgit de l’immeuble. Tous se retournèrent. Les mains profondément enfoncées dans les poches de son pantalon, il fallait avancer jusqu’à l’arrêt de bus sans prêter la moindre attention aux mille yeux braqués, inquisiteurs. 5 minutes de marche, ce n’était pas le bout du monde après tout ! Oui et non, tout dépend où est le bout du monde. Pour Dominique, c’était loin et il fallait se frayer un passage en enfer. On l’observait. Pire, on lui parlait :

— Salut toi !

Dominique ne répondait pas. Il était impensable de répondre.

— Je te parle !

Détourner la tête, garder les yeux baissés – le goudron, c’est si beau ! du moins faut-il s’en convaincre, faute de mieux – faire comme si l’on n’avait rien entendu, faire comme si ce n’était pas important. Bref faire semblant. Mieux encore, rêver que l’on peut partir. S’imaginer des destinations lointaines. Fuir le poids du quotidien. S’évader ! Mentalement, c’était sa bouée de sauvetage, le rivage auquel il fallait s’accrocher désespérément pour ne pas sombrer.

Dominique se rappelait le lycée. On lui avait enseigné le théâtre et les masques portés par les personnages qui eux aussi faisaient semblant, faisaient comme si. Le héros le plus émouvant en la matière était bien Cyrano, amoureux fou de Roxane, qui faisait semblant de ne point l’aimer et qui écrivait, écrivait inlassablement des lettres d’amour qu’il signait du prénom de son rival, Christian. Jamais il ne fut démasqué. Seule l’imminence de sa mort avait révélé son vrai visage. Dominique s’en inspirait, ne laissant jamais rien filtrer, refoulant ses émotions, ses envies de rébellion qui grandissaient chaque jour et qui menaçaient d’exploser. Sa vie était si belle avant. Elle était faite de liberté de penser, d’agir, de plaisanter…

Outre la marche à pied, il y avait une autre épreuve, redoutable : l’attente du bus. Il n’était jamais à l’heure et il fallait patienter parfois fort longtemps, immobile. Pour certains, cela signifiait que l’on désirait se joindre à eux sans oser le dire. C’est extraordinaire de voir comme des individus prennent leurs idées pour des réalités, plus encore pour des réalités partagées, se persuadant qu’ils sont irrésistibles. Tout l’art consiste justement à leur résister sans s’attirer leurs foudres.

— Tu viens, je te paye un verre !

Pas de réponse.

— Après on peut passer un bon moment tous les deux !

Toujours pas de réponse.

Enfin, la délivrance : l’arrivée du bus. Dominique gravit les quelques marches et avança dans l’allée centrale. Comme d’habitude, il y avait un monde fou. C’était l’heure de pointe. Serrés comme des sardines dans une conserve trop étroite, les passagers devaient se supporter et tout supporter : odeurs de transpiration, parfum aspergé de mauvaise qualité, haleine fétide, gaz intestinaux largués en dépit du respect d’autrui… Tout cela était difficile à accepter et pourtant ce n’était rien à côté des mains baladeuses qui se promenaient sur les fesses arrondies et cherchaient même à fureter devant les jambes. Dominique se contentait de se retourner pour montrer sa désapprobation mais il était impossible d’identifier les passagers irrespectueux. Et puis il en était ainsi chaque jour. Cela devenait normal pour tout le monde. Il était strictement interdit de crier au scandale sous peine de se voir accuser de provocation, de port d’une tenue indécente… D’ailleurs, la publicité, les journaux et les politiciens se rendaient complices de cet état de soumission. Les premiers affichaient quotidiennement le sexe faible dans des tenues qui n’en étaient pas, dans des attitudes inconcevables, contribuant à ce qu’il soit perçu comme un vulgaire produit de consommation courante, comme une marchandise. Il n’était pas étonnant que même les enfants soient parvenus à se convaincre qu’il s’agissait d’une vérité. Les derniers parce que cela rendait le commerce florissant mais aussi parce qu’ils se réfugiaient derrière la thèse de l’évolution des mœurs, arguant que ce n’était pas grave et qu’il ne fallait pas accorder d’importance à cela. Après tout cela ne provoquait pas la mort… alors !…

Place de la République. 7 heures 20. Dominique devait descendre. Enfin, il lui serait possible de respirer et de bouger. Il faudrait marcher vite jusqu’au bureau.

7 heures 35.

— Dominique, dans le bureau du chef du personnel, on vous attend. Vite !

Serait-ce enfin la bonne nouvelle tant attendue ? Un poste s’était libéré et Dominique avait les compétences requises. Ils étaient deux en fait à briguer cette promotion.

Dominique frappa à la porte.

— C’est vous enfin ! Avant de vous asseoir, préparez-moi donc un café.

Il ne fallait surtout pas espérer un « s’il vous plaît ». Cinq minutes plus tard, ce supérieur hiérarchique despotique regardait Dominique entrer, les yeux rivés sur ses formes généreuses. Comment ne pas se sentir déshabillé ? En plus, il fallait feindre la joie d’être regardé, prendre cet effeuillage virtuel pour un compliment. Dominique s’efforça donc de sourire et posa le café sur le bureau.

— J’apprécie particulièrement votre travail. Vous êtes une personne efficace et dévouée. Chacun dit de vous que l’on peut compter sur votre sérieux et votre réactivité. C’est exceptionnel et nous sommes ravis de pouvoir vous compter parmi les membres de notre personnel.  Cependant…

Voilà ! Après les compliments, il venait de prononcer le mot qui blessait assurément. Il y aurait nécessairement un obstacle à sa promotion.

— Cependant – et croyez bien que la décision a été prise après mûre réflexion – le poste que vous briguiez ne vous sera pas confié. En effet, nous avons finalement choisi mademoiselle Noëlle Meredit dont le profil et l’expérience cadraient davantage. Vous ne déméritez pas pour autant et vous pourrez bien sûr renouveler votre candidature ultérieurement…

— « Après mûre réflexion », se moqua Dominique par la pensée. Et il faudrait que j’avale cela ? Je n’avais aucune chance. Je suis bête, mais pourquoi avoir postulé ? C’était perdu d’avance. « Renouvelez votre candidature ultérieurement »… je ne suis pas si stupide. C’est du temps perdu.

— Vous pouvez vous retirer !

Dominique n’afficha pas son dépit mais son cœur se serrait. Il était si bon le temps où tout était possible, le temps où on lui aurait confié ce poste, le temps où  sortir à n’importe quelle heure ne choquait pas, le temps où… À quoi bon ressasser tout cela, ce temps était bel et bien révolu. L’année 2025 qui s’achèverait dans deux mois serait la plus noire que Dominique ait connue mais 2026 arriverait avec son lot de surprises. Dominique n’avait pas l’ombre d’une idée de ce qui se tramait…

La journée fut terne, comme toutes les autres journées passées au travail. Dominique se levait de temps en temps et quittait son bureau pour se rendre dans la salle de reprographie. Évidemment, comme d’habitude on parlait sur son passage, on plaisantait. Comment nier que ses formes plantureuses étaient convoitées ? Mais Dominique traversait cet espace sans rien dire, regroupant les photocopies à faire pour éviter de répéter ce supplice.

Au réfectoire, lors de la pause-déjeuner, ce n’était guère mieux. Dominique aimait manger d’autant que le sport lui permettait d’éliminer aussitôt. Malgré cela, il lui fallait supporter les :

— Attention, tu vas grossir !…

ou

— C’est pas bon pour la ligne !

Un mètre soixante-treize pour soixante-deux kilos, il n’y avait pourtant rien à redire. Bon, toutes les journées ont une fin et celle-ci approchait enfin.

Dominique rentra à la maison. La fatigue avait fait son œuvre et ses traits étaient creusés. Le trajet de retour fut comme d’habitude aussi pénible que celui de l’aller mais enfin, il faudrait profiter de la soirée pour se détendre.

Dominique inséra sa clé dans la serrure et poussa la porte.

— C’est toi Dominique ?

— Oui, c’est moi !  Les enfants ont été sages ?

— Oui… enfin… je crois. Je ne les ai pas vus depuis un moment. Ils doivent être dans leur chambre.

— Comment ça tu ne les as pas vus ? Et les devoirs alors ? 

— Les devoirs… tu sais bien que ce n’est pas mon truc les devoirs, ils ne m’écoutent pas et en plus il y a une émission intéressante à la télévision. Viens voir !

— Zut ! Fichue soirée ! murmura Dominique.

18 heures 30. Dominique déposa quelques paquets sur la table de la cuisine. À l’intérieur  : une laitue bien pommée, des filets de flétan, deux citrons verts et quatre flans au caramel. La voix de Claude monta de la pièce d’à côté. Dominique jeta un œil et n’aperçut qu’une télécommande flotter dans l’air du salon. Une main l’actionnait avec vivacité.

— Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?

— Salade, poisson, reste de légumes d’hier et flans au caramel. Mais tu sais…

— … J’espère qu’on mange vite, j’ai une faim de loup !

— Je te disais, ou plutôt j’essayais de te dire que je devais d’abord m’occuper des devoirs des enfants et qu’ensuite je préparerai le repas. Je n’ai pas quatre mains et tu devras attendre.

— Dépêche-toi alors !

— Au fait, j’ai dû payer les courses avec des espèces, ma carte bleue ne fonctionnait pas. Elle affichait « accès refusé ». D’ailleurs, il n’y avait pas que moi qui avais ce problème…

— Oui, c’est normal !

— C’est normal ?

— Je t’expliquerai… mais laisse-moi, je veux suivre le reportage. Ils ne vont pas le repasser pour moi !

20 heures, les devoirs étaient faits, les leçons apprises. Il fallait encore doucher les enfants et préparer le dîner.

— Quand est-ce qu’on mange ? demanda Claude. Je trouve que ça traîne !

— Tu es à la maison depuis plus longtemps que moi. Tu aurais pu m’aider ! Nous serions à table à l’heure qu’il est et…

L’atmosphère se tendit.

— Ne me parle pas sur ce ton ! coupa Claude. Les tâches domestiques c’est ta partie, pas la mienne. Moi je m’occupe du reste.

— Et c’est quoi le reste ?

— Tu sais bien, je ne vais pas t’apprendre le fonctionnement du monde. Moi, je suis doué en mathématiques, en physique…

— Justement à propos de mathématiques, c’était le devoir de Julie. Tu aurais pu…

— … non, les devoirs, je ne les ferai jamais faire ! Et puis tu t’occupes bien mieux des enfants que moi. Un point c’est tout !

Deux heures plus tard, Dominique débarrassait la table. Ses paupières étaient lourdes. La machine à laver le linge chargée, il fallait songer à s’offrir un moment de détente avant de dormir et que ne recommence une nouvelle journée de travail. Dans le salon, un fauteuil lui tendait enfin les bras !

— Ta journée s’est bien passée ?

— Non, pas vraiment. Je n’ai pas obtenu le poste que je demandais. Tu t’en souviens ?

— Oui, je me rappelle, tu m’en avais parlé.

— Et tu trouves ça normal ?

— Non, bien sûr, mais… en même temps, il fallait justifier de diplômes conséquents que tu n’avais peut-être pas !

— C’est toujours pareil ! Si, je les avais ces diplômes vois-tu, mais la direction a choisi mademoiselle Meredit.

— Une autre fois, tu auras peut-être plus de chance. Il ne faut jamais se décourager.

— C’est facile à dire quand on est dans ton cas.

— Que veux-tu dire ?

Dominique explosa.

— Tu le sais bien et tu t’en accommodes. Toutes les portes sont toujours fermées pour le sexe faible et cela va en empirant. Regarde, j’aime la moto, comme toi, j’aime être sur la selle mais quand j’ai voulu postuler au permis, le gouvernement venait d’en interdire l’accès. « Cela témoigne de trop de caractère et d’une indépendance incompatible » avec le sexe. Voilà ce qu’on m’a répondu. Et puis regarde tous les stéréotypes qu’il faut supporter et avec lesquels tu es toi aussi d’accord : on s’occupe mieux des enfants, du ménage, on n’est pas doué en maths… même les discours scientifiques s’emparent de ces stupidités pour bien établir la distinction entre sexe fort et sexe faible. Mais la vie devient étouffante, ce n’est plus supportable, c’est un retour en arrière inconcevable mais accepté parce qu’il permet l’économie de la réflexion. Même les enfants sont formatés dès l’école : qui tient le balai sur les images de leurs livres, qui fait les courses, qui dirige les entreprises, qui obéit toujours ?…

Claude regardait Dominique qui parlait en faisant de grands gestes et en tournant dans le salon comme un félin enfermé.

— Et la liberté dans tout ça hein ? Elle est foulée aux pieds ! Tiens regarde la revue littéraire que tu as dans les mains : encore un prix décerné et à qui est-il décerné, hein ? À Terry Chapdow ! Et cela ne te surprend pas, bien sûr que non, tout le monde en a tellement l’habitude. On nous  colle des étiquettes dès la naissance ! C’est une sorte de formatage social mais surtout d’interdits pour les uns et de privilèges pour les autres, le tout sous couvert des lois.

— Calme-toi ! On va t’entendre !

— Et alors, on va m’arrêter et me jeter en prison pour infraction à la loi ? Qu’on m’arrête  ! J’en ai assez de cette chape de plomb, des écarts salariaux, des tâches domestiques oui, des tâches domestiques car nous travaillons tous les deux mais quand je rentre, il faut que je fasse tout pendant que tu te reposes. Et moi dans tout cela ? Quand est-ce que je souffle ? J’existe pourtant, moi aussi je ressens la fatigue en fin de journée…

— Ne crie pas si fort. Je te comprends tu sais !

— Faux, tu ne comprends rien du tout et tu profites du système parce que c’est mieux pour toi aussi. Qui s’est insurgé quand la loi de 2020 a été votée qui nous interdisait de disposer librement de notre salaire ? Personne ou plutôt si, certains, vite emprisonnés ! Qui a osé protester en 2021 alors qu’il a été décidé de nous interdire d’adhérer à un syndicat sans autorisation ? Qui a hurlé au printemps 2021, quand a été supprimée la loi de 1945 qui affirmait la notion de « travail égal, salaire égal » ? Qui s’est insurgé en 2022, lorsque l’on nous a imposé de justifier d’une autorisation du partenaire pour obtenir un travail ? Et la pire de toute, hein la pire qui fait de nous des objets, promulguée en septembre 2025, voilà à peine deux pauvres petits mois, qui empêche de porter plainte pour harcèlement sexuel. Le harcèlement n’existe plus, comme par magie ! Tout de monde est devenu beau et gentil avec nous. Et pourtant je le subis, moi, le harcèlement sexuel : le matin en attendant le bus, puis à l’intérieur, au travail… Mais ça, ce n’est pas important, c’est devenu la norme. Mon Dieu mais que vont-ils encore inventer, quelle sera la prochaine loi qui…

— …Justement. Je voulais te parler de ta carte bleue. Elle n’a pas fonctionné tout à l’heure parce que le gouvernement vient de décider que vous ne pourriez plus être titulaires d’un compte bancaire et donc d’un tel moyen de paiement.

Dominique s’effondra sur un fauteuil, sans énergie, les yeux hagards. Claude renchérit :

— Personne ne doit être choqué par cette décision. C’est un moyen de vous protéger contre les achats compulsifs dont les scientifiques affirment qu’ils…

— …Tais-toi Claude ! Je t’en supplie, tais-toi ! Je ne peux plus rien entendre ce soir !

Telle une ombre, Dominique gagna sa chambre à coucher et s’allongea sous les couvertures chaudes, espérant trouver le sommeil. Toute cette vie ne pouvait être qu’un abominable cauchemar et le réveil réparerait la situation en rétablissant la réalité. Chacun retrouverait alors sa véritable place et le monde, celui d’avant, reprendrait ses droits, son fonctionnement, son ronronnement si bien rodé. Tant de livres, tant d’histoires, commençaient ainsi, par une vie impossible dont le héros ne voyait pas la fin et puis soudain, il se réveillait et retrouvait sa douce existence, avec ses privilèges, quand bien même ceux-ci privaient d’autres êtres de liberté. Mais Dominique ne ferma pas l’œil de la nuit et Claude, qui dormait à ses côtés du sommeil du juste, lui rappelait qu’au matin sa sombre vie se poursuivrait. Le mythe de Sisyphe était à l’œuvre. Sa vie ressemblait à une peine injuste à laquelle les Dieux auraient condamné sa personne en raison de son sexe.

*

Le réveil sonna. Dominique ne déjeuna pas.

Il fallait bien sortir ! Oui mais ce n’était pas toujours si simple ! La vie n’est pas si simple  !

Du placard du couloir de son appartement, au cinquième étage, Dominique sortit des bottes et un imperméable. Il pleuvait ce matin-là. Le soleil ne montrerait pas son nez de la journée. Il ne réchaufferait pas l’atmosphère gonflée d’humidité. Ce serait une journée de septembre identique à toutes les autres journées sordides. Ce serait une belle journée pour les autres, les privilégiés.

Ce matin-là, la radio avait annoncé de nouvelles mesures gouvernementales qui seraient adoptées dès janvier 2026. Parmi celles-ci les écarts salariaux entre les hommes et les femmes seraient rétablis et les postes à responsabilités exclusivement réservés au sexe fort. Le droit de vote, quelle que soit l’élection, serait aussi retiré pour préserver la fragilité morale des individus préalablement concernés. L’accès aux études supérieures serait aussi très encadré et les filières scientifiques, les métiers de la magistrature… seraient exclusivement réservés aux femmes. Enfin, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen serait corrigée et s’appellerait désormais la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne. Il y serait spécifié que des preuves scientifiques, nombreuses, étaient venues confirmer le fait que la Femme était supérieure à l’homme et que…

*

Février 2026. Le réveil sonna. Dominique se leva, comme tous les matins. La veille, il s’était occupé des enfants et du repassage du linge.

Il déjeuna puis se rendit dans la salle de bains. Il rasa les quelques poils du menton qui se disputaient un emplacement et rendaient son visage disgracieux. Le port de la barbe était devenu obligatoire. Elle devait être convenablement taillée chez tous les hommes. Ainsi, on les repérait mieux ! Avant de quitter la maison, il découvrit une liste sur le petit meuble en bois de l’entrée. Claude, sa femme, y avait écrit quelques achats qu’il devrait faire le soir, avant de rentrer car elle avait envie d’un bon repas bien mitonné. Claude avait pris soin de lui laisser aussi trois billets afin qu’il puisse régler la note.

Dans l’ascenseur, la voisine lui pinça les fesses. Dominique ne fut délivré que par l’arrivée de la cabine au rez-de-chaussée.

La rue, ces regards de désir portés sur lui, le bus, comme toujours bondé, et dans sa main, le petit mot de Claude qu’il avait froissé mais gardé. Une pensée : le lendemain, le surlendemain… Tout serait toujours pareil. Depuis cette guerre mondiale qui avait provoqué la mort de millions d’hommes, depuis l’arrivée au pouvoir de la dictatrice et de toutes les autres dans tant de pays, depuis la nomination de gouvernements constitués de femmes ministres, la revanche, comme elles disaient, se répandait plus vite qu’une pandémie. Les hommes, trop minoritaires, n’avaient plus leur mot à dire. Les femmes dirigeaient le monde politique, le monde religieux et renversaient des siècles d’oppression et d’esclavage.

Une avenue, un pont, un arrêt de bus sur le pont. Des portes qui s’ouvrirent et dans sa main le petit mot qui disait combien sa soumission à Claude était grande. Il y aurait d’autres matins, d’autres mots, d’autres ordres, d’autres obligations… Dominique sentit un crayon oublié dans la poche de son imperméable. Il le sortit et griffonna le papier.

Alors que le chauffeur allait refermer les portes, Dominique bouscula ceux qui le gênaient. Il sauta sur le trottoir. La pluie ruisselait. En moins de deux minutes, il fut trempé. Une voiture s’arrêta à sa hauteur :

— Hé, mon mignon, tu veux que je te dépose quelque part ? Tu es déjà tout mouillé ! Allez quoi !…

Dominique enjamba la barrière et se jeta dans les flots tumultueux sans aucune hésitation. Il disparut en quelques secondes. Il n’y aurait plus de lendemain car pour lui, il l’avait compris, il n’y aurait jamais d’échappatoire, jamais de destination lointaine, jamais de destin. Sur le goudron, un papier mouillé sur lequel on pouvait encore lire :

« Fais les courses. Surtout a… du fromage à raclette et la charcuterie. Je veux du…

……………………………………………………..

Je rentrerai tard ce s… car je sors avec des amies. Prépare le re… pour 21 heures

et puis fais-toi beau ! »

et la réponse qu’il avait eu le temps de griffonner avant de partir :

PLUS JAMAIS !

AUDREY DEGAL


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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE (suite 1)

Chers lecteurs et chères lectrices,

Voici la suite de l’histoire « Paraître ou disparaître ». Le prochain épisode sera publié rapidement afin que vous n’attendiez pas trop longtemps.

Merci à celles et ceux qui se sont déplacés samedi 4/3/2023 lors du salon du livre de Sigean afin d’acheter mon dernier livre « Paroles de pierres » que j’ai pu leur dédicacer et qui en ont profité pour me dire aussi combien ils ont (je vous cite) « trouvé passionnants » « La Muraille des âmes » et « Le Manuscrit venu d’ailleurs ». Votre confiance, votre enthousiasme, votre déplacement pour me rencontrer m’a vraiment touchée.

A celles et ceux qui n’osent pas encore se procurer les romans d’une auteure non médiatisée, je vous invite à lire les commentaires des lecteurs, sur ce site, pour comprendre que vous adorerez me lire.

Agréable lecture !

Résumé épisode précédent :

Éthan est cadre dans une banque. Il voue sa vie au travail si bien qu’il n’a aucune vie personnelle. Il vit seul et toutes ses journées se ressemblent. La compétition entre collègues est rude et pour rester au top, il travaille de façon acharnée. Une nuit, alors qu’il est dans son lit, il sent quelque chose bouger à côté. Effrayé, il pense à se défendre et à ce moment il comprend qu’il s’agit d’un homme allongé, qui dort. Il s’empare d’une lampe, prêt à la jeter sur l’inconnu.

            La lampe alla se fracasser de l’autre côté du lit. Il avait manqué sa cible.

            — Non mais ça va pas ! T’es devenu fou ou quoi.

            L’inconnu se rebellait mais ne semblait ni être inquiet ni vouloir partir. Éthan saisit alors le radio-réveil qu’il avait repéré grâce aux chiffres fluorescents.

            — Foutez le camp ou j’appelle la police !

            Mais où avait-il posé son smartphone ? Dans l’affolement il n’arrivait plus à rassembler ses esprits ou à réfléchir. À court d’idées, il lança l’appareil qui pesait son poids en essayant cette fois de viser vers les oreillers pour atteindre sa cible.

            Le radio-réveil vola dans l’air avant d’atteindre la forme qui dormait dans le lit puis de rebondir pour finir pulvérisé sur le parquet.

            — Putain, t’es dingue. Tu m’as fait mal. Viens te recoucher, on s’occupera de tes conneries demain.

            Éthan se sentait alternativement fébrile, hésitant, paniqué, effrayé ou indécis face à cette situation incompréhensible.

            Comme ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité, il finit par discerner une vague silhouette couchée en chien de fusil. Il la regarda, inquiet, perplexe et surtout désemparé d’autant que l’individu restait indifférent aux menaces. Son calme l’impressionnait.

            — Allez, recouche-toi Éthan, le pria-t-il sur un ton étonnamment tranquille, et puis remets la couverture en place. Il ne fait pas chaud !

            Ce n’était pas un rêve. Tout était bien réel et il faisait effectivement frais dans la chambre. D’ailleurs, Éthan commençait à grelotter. Pris d’une sensation de vertige, il crut vaciller. Ses jambes se dérobaient sous lui et il se retint de justesse au rebord de son lit pour ne pas tomber. Il prit plusieurs grandes inspirations pour recouvrer ses esprits et ses forces.

            — Il faut dormir, couche-toi, répéta l’étranger en tapotant les draps du plat de la main comme on appelle un animal auprès de soi.

Cette voix, cette façon de parler, Éthan les connaissait.

            Ce squatteur nocturne le connaissait, lui, puisqu’il l’appelait par son prénom. Par contre, Éthan ne parvenait pas à l’identifier. Qui donc était couché, là, dans son lit ? La question tournait en boucle dans sa tête.

            Comme le dormeur ne semblait pas vouloir déguerpir, le jeune homme quitta la chambre à pas de velours puis, une fois à la porte il la referma derrière lui et se précipita pour tenter d’appeler les secours. L’autre restait apparemment imperturbable. Rien ne semblait le déranger ou l’alarmer.

            Dans sa hâte, il renversa une bouteille de bière qui traînait depuis des jours, par terre, à côté du canapé. Sa hanche rencontra le coin de la table de la cuisine et son petit orteil droit heurta douloureusement le pied d’une chaise, lui arrachant de la peau, de la chair et un gémissement qu’il étouffa aussitôt.

            — Mais bonté, où est ce foutu téléphone ?

            Tel un aveugle, il avançait dans son appartement, les mains en avant, épousant le dessus de tous les meubles. Arrivé devant la télé murale, il sentit enfin sous ses doigts un objet rectangulaire, plat, fin et froid qu’il reconnut sans hésitation. Il tapota deux fois sur l’écran qui s’éclaira enfin. Quelques instants plus tard, il était en contact avec la police et après des explications confuses, son interlocuteur le rassura.

            — Surtout ne tentez rien. Je vous envoie quelqu’un au plus vite.

— Venez vite, c’est peut-être un détraqué !

— Nous allons vérifier mais en attendant, n’intervenez pas, restez calme ! On arrive.

            Pendant ce temps, l’inconnu aucunement perturbé s’était à nouveau assoupi.

            Alors qu’il raccrochait, Éthan consulta l’heure sur l’écran de son smartphone : 5 H 15.

            — C’est un cauchemar. Je vais forcément me réveiller.

            Il ferma les yeux, très fort, contracta tous les muscles de son visage et serra les poings comme si cette intense concentration pouvait lui permettre de retrouver immédiatement sa vie normale.

            En attendant et malgré l’étrangeté de la situation, il était moins tendu. Après tout l’inconnu n’était pas agressif. Peut-être s’agissait-il d’un voisin qui avait perdu la raison ou s’était trompé de palier et d’appartement et qui se croyait vraiment chez lui. Mais dans ce cas comment était-il entré ? Il pouvait aussi s’agir d’un malade qui avait fait une fixation sur lui, l’avait suivi jusque à son domicile et avait pénétré dans l’appartement sans qu’il s’en aperçoive. Pourtant Éthan ne se rappelait pas avoir laissé sa porte ouverte ne serait-ce qu’un instant. Cette hypothèse ne tenait pas la route ! Mais s’il échafaudait des théories aussi fumeuses  les unes que les autres, celle d’un pervers extrêmement sûr de lui s’imposa tout à coup. Dans ce cas, il serait la prochaine victime d’un sérial killer qui s’amusait avec lui avant de lui infliger les pires supplices. À cette idée, tout son corps se crispa, son cœur se mit à marteler sa poitrine tandis que des bouffées de chaleur et une sensation d’étouffement montaient risquant de le submerger s’il ne se ressaisissait pas rapidement. Tel un automate, il se dirigea vers le couloir et se réfugia dans un placard, loin de sa chambre. Jamais il n’aurait imaginé qu’il s’y cacherait et que ce lieu constituerait un refuge contre la menace. Il resta là, immobile, comme paralysé, coincé entre un balai, un aspirateur et une barre de penderie chargée de vêtements qui, pour l’occasion, faisait office de boucliers dérisoires. Si on lui avait dit, quelques jours plus tôt, qu’il serait en planque là-dedans, comme un voleur, il aurait ri, aurait plaisanté et n’en aurait pas cru un mot. Pourtant, il s’était bien enfermé volontairement dans ce placard, prisonnier de sa peur. Seul dans le noir, il se sentait impuissant et se demandait quand tout cela allait finir. Il s’efforça de rester silencieux et il attendit. Que faire d’autre ? La police finirait bien par arriver même si les minutes qui s’écoulaient lui semblaient durer des heures.

Alors qu’il prêtait attention au moindre petit bruit, des problèmes auxquels il n’avait pas pensé lui traversèrent l’esprit. La sonnerie, l’électricité  !…

            — Merde, jura-t-il tant cela le contrariait.

            Il venait de comprendre qu’il n’entendrait pas le bip de l’interphone puisque le courant était coupé. Il devait sortir du placard.

            Au moment de choisir son appartement, il avait opté pour un endroit spacieux. Après tout, il avait les moyens ! Mais aujourd’hui, il n’y voyait que des inconvénients. Le disjoncteur se trouvait à l’opposé du placard où il se trouvait, à l’autre extrémité du couloir.

            Sa pomme d’Adam fit un aller-retour bruyant lorsqu’il déglutit tout en faisant glisser la porte coulissante. Personne ! Décidément, l’autre dormait d’un sommeil paisible ! Il alluma son téléphone qui lui procura une douce lumière bleutée, suffisante pour se repérer. Au fur et à mesure, ses pas le rapprochaient de la chambre et il percevait de façon distincte une respiration lente et sereine. L’intrus dormait maintenant à poings fermés.

Parvenu proche de la porte d’entrée, il repéra le tableau électrique sur sa droite. Il ouvrit doucement la petite porte métallique qui le masquait mais hésita à pousser sur le bouton du disjoncteur. Et si une lumière éblouissante jaillissait dans la chambre et qu’elle réveillait l’inconnu ! C’était malheureusement un risque à prendre mais il était presque certain d’avoir tout éteint avant d’aller se coucher.

            Sous ses pieds nus, le sol était froid et ses pantoufles comme son peignoir lui manquèrent plus que jamais ! Il déposa son téléphone à même le sol pour frotter ses mains glacées l’une contre l’autre et se réchauffer. Puis, dans un élan éphémère de courage, il leva le bouton du disjoncteur avec le sentiment d’avoir pris une décision hors du commun comme s’il actionnait celui de la bombe atomique. Un léger « clac » retentit mais aucune lumière ne s’éclaira, ce qui lui arracha un soupir de soulagement.

            Pour ne pas avoir à retraverser le couloir et risquer de faire du bruit, il décida d’oublier son premier refuge, le placard qui l’avait accueilli, d’autant que la buanderie située juste derrière lui pouvait lui offrir un abri sommaire mais surtout moins étroit. Il y dégoterait bien des vêtements dans le sèche-linge pour se mettre quelque chose sur le dos.

            Toujours avec d’infinies précautions, il pénétra dans la pièce et alors qu’il allait refermer la porte après son passage, celle-ci lui échappa, claqua tandis qu’il resta avec la poignée orpheline dans une main. L’autre partie ainsi que le carré tombèrent à l’extérieur, dans le couloir, sur le carrelage dans un bruit métallique retentissant.

            — Merde ! jura-t-il. C’est pas vrai !

Depuis des semaines il se promettait de réparer la poignée récalcitrante mais il reportait sans cesse l’intervention. Cette nuit-là, il subissait les conséquences de son laxisme, désormais prisonnier de la buanderie, téléphone à l’extérieur.

Il pestait intérieurement, s’en voulait, se maudissait et piaffait de colère contre lui-même mais rien n’améliorait sa situation, bien au contraire.

            Une sonnerie retentit, qui le tira de cet énervement sans fin. Un dring, deux dring , trois dring . L’interphone ! La police ! Enfin elle arrivait ! À ce moment-là, une envie irrépressible de frapper sur n’importe quoi le saisit pour évacuer le trop-plein de tensions. Il venait de prendre conscience de l’absurdité de la situation et du fait qu’il ne pouvait ni répondre ni ouvrir à ses sauveurs.

            — Mais bon Dieu, tout se ligue contre moi ! s’agaça-t-il.

            Il chercha autour de lui un moyen de débloquer la porte. Il essaya d’abord d’introduire un stylo dans le trou prévu pour le carré et ainsi le faire tourner. Crac ! Sous la pression le plastique trop fragile se brisa et se répandit en miettes au sol. Il utilisa d’autres objets inadaptés, en vain. La porte restait close et lui enfermé.

Dehors, les policiers s’impatientaient et s’appesantissaient sur le bouton de l’interphone. Éthan se résigna et se contenta de tendre l’oreille mais seul le silence lui répondait.

Soudain, interpellé par un bruit de pas, il recula légèrement, baissa la tête et aperçut un rai de lumière jaillir. Le bas de la porte venait de s’’éclairer. Quelqu’un marchait dans le couloir en traînant les pieds. L’intrus s’était réveillé.

Il prit encore un peu de recul comme pour se protéger d’une intrusion violente puis il entendit parler. L’inconnu venait de décrocher le combiné.

La suite paraîtra très prochainement. En attendant invitez vos amis à lire sur ce site, voire à s’abonner pour ne manquer aucune publication.

A très bientôt,

AUDREY DEGAL


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PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE

Chers lectrices et lecteurs me revoici.

Tout d’abord, laissez-moi vous souhaiter une très bonne année 2023. Il n’est pas trop tard, nous pouvons le faire jusqu’au 31 janvier ! Je vous avais promis que j’allais reprendre mes publications de façon plus régulière dès 2023, c’est chose faite aujourd’hui. J’ai tardé en raison de la Covid qui ne m’a pas épargnée et m’a épuisée. Mais tout va bien et je vous présente donc la première histoire de 2023. Elle paraîtra en plusieurs épisodes et pour ne rien manquer je vous invite à vous abonner au site pour rejoindre les 1048 lecteurs fidèles qui ont déjà franchi le pas. Merci à eux ! (les 218 qui apparaissent peut-être sur votre écran ne reprennent que les abonnés par emails. Les 1048 correspondent aux abonnés email, Twitter et Facebook). Il s’agit ici d’une nouvelle à suspense, pas de policier. J’écris actuellement un roman policier et je ne veux pas que nouvelles et romans se parasitent. Pensez aussi à vous procurer mes livres déjà édités notamment les deux derniers « Le Manuscrit venu d’ailleurs » et « Paroles de pierres » dont les lecteurs rencontrés lors des dédicaces ne me disent que du bien tant ils ont apprécié l’originalité de chacune de ces histoires.

Bonne lecture !

PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE

            Lorsque son chef déposa une énorme pile de dossiers à traiter sur le côté droit de son bureau déjà trop encombré, Éthan remercia poliment son supérieur hiérarchique mais il n’en pensait pas moins.

            — Voilà de quoi vous amuser un moment ! déclara le patron selon une habitude que tous les employés détestaient.

            Y avait-il de l’ironie ou du sarcasme dans sa réflexion ? Le jeune homme s’en moquait car le problème n’était pas là. Le problème c’était dans la stratification de tâches sans fin, l’accumulation, l’overdose : un dossier puis un autre, puis dix autres, tous urgents, tous particuliers, tous… Il y avait de quoi tomber craquer, devenir migraineux, dépressif. Il y avait de quoi foncer chez son médecin pour hurler « J’en peux plus ! ». Ethan aurait voulu que tout s’arrête. Fini les montagnes de dossiers derrière lesquelles il aurait pu se cacher. Il aurait voulu ne plus avoir à rendre de comptes, rester chez lui, ne plus voir son chef, souffler un peu. Il aurait voulu n’avoir plus à courir après tout : le temps, les repas, les transports… Il n’avait rien à envier à une cocotte-minute prête à exploser sous la pression.

En un mot, il aurait voulu dis-pa-raître.

            Mais Éthan se considérait comme un battant et il résistait au burn-out comme on dit aujourd’hui. Ce jour-là pourtant, il accepta une fois de plus, une fois de trop, le travail supplémentaire qu’on lui confiait. L’entreprise pour laquelle il travaillait exigeait que les cadres soient compétitifs, entreprenants, audacieux tout en prétendant qu’ils s’épanouissaient dans leurs tâches. La responsable des ressources humaines en avait vu défiler dans son bureau des jeunes loups ambitieux qui promettaient, lors des entretiens d’embauche, de se jeter corps et âme dans leur boulot. La performance était la promesse de rester et de signer un CDI, véritable sésame. Le médecin du travail les récupérait en miettes quelques mois plus tard, voire une année car il ne fallait pas longtemps pour que physiquement ou intérieurement ils s’effondrent. Tous gagnaient bien leur vie. Leurs comptes en banque étaient bien garnis mais aucun n’avait assez de temps libre pour en profiter.

            Même si Éthan se revendiquait agnostique, il ne pouvait s’empêcher de prier des entités lambdas susceptibles de l’aider : Vishnou, Le Saint-Esprit, Bouddha et tant d’autres. Après tout c’était un moyen de comme un autre de se convaincre que le lendemain tout irait mieux. Comment s’en sortir autrement ? Mais toutes ses suppliques montaient au ciel où de toute évidence elles s’égaraient.

            Ce rythme effréné, ce ronronnement journalier insidieux auquel il s’était habitué aurait pu perdurer encore un peu. Pourtant, ce mardi 8 mars, il vivait sans le savoir sa dernière journée de stress car tout allait radicalement changer !

*

            Dès sa sortie de l’université, il avait tenté sa chance dans le domaine bancaire, fort de stages qui l’avaient conforté dans son choix de carrière. Un curriculum vitae puis un rendez-vous avec le D.R.H et quelques mois après, il intégrait le prestigieux siège social du L.C.L, rue de la République à Lyon où l’histoire de la banque avait commencé. Il grimpait quotidiennement un escalier de béton prolongé par de très anciennes marches en bois pour arriver au second étage où on l’avait installé. Là, seul dans son immense bureau pourvu de grandes fenêtres ne donnant que sur des façades grises, il travaillait.

            Ses journées de labeur se ressemblaient. Il commençait invariablement par allumer son ordinateur puis passait environ deux heures à consulter sa boîte mail, à répondre aux courriers – dérogeant déjà au programme qu’il s’était fixé – afin d’avancer, de traiter plus vite les affaires en cours. Il était souvent dérangé par les commerciaux qui sollicitaient son avis avant de lui confier leurs dossiers de financement car Éthan était investi de ce pouvoir qui consiste à valider ou à invalider ce que les autres lui soumettaient. Ses collaborateurs redoutaient les « K.O » qu’il prononçait, lesquels réduisaient à néant des jours ou des semaines d’efforts.

            Le matin, il arrivait souvent parmi les premiers, à 7 heures. À midi, il déjeunait dans son bureau pour ne pas perdre la moindre minute et quittait l’antre de la finance à 20 heures. Si ses repas n’étaient pas copieux, son temps de présence l’était.

            — Encore là Éthan ! faisait remarquer Marine du service comptabilité qui le gratifiait systématiquement d’un au revoir lorsqu’elle partait.

            — Oui, des affaires urgentes à traiter. Bonne soirée !

Il ne levait même pas le nez et replongeait dans cette atmosphère feutrée procurée par la lumière chaude qui émanait de la lampe de son bureau, seule éclairée à l’étage aussi tard.

            Sa vie après le boulot n’existait pas et d’ailleurs personne ne m’attendait chez lui.

            Il faisait généralement nuit lorsqu’il se décidait à quitter le travail pour rentrer. Ce soir-là, comme tous les autres soirs, il fit place nette sur son bureau, ferma le capot de son ordinateur et courut pour attraper un métro à la volée.

            Telles les perles d’un collier sale et gris, les rames se succédaient. Il s’y engouffrait, patientait assis car à cette heure-là il y avait de la place – et prenait ensuite un train de banlieue. Une longue marche le guidait ensuite au pied de son immeuble de banlieue.

            Le four à micro-ondes et la cuisine industrielle étaient ses alliés et seul, installé au milieu de son grand canapé, il ingurgitait des aliments méconnaissables, aux parfums flatteurs, riches en sel, en exhausteurs de goût, en graisses saturées et en adjuvants aux codes impénétrables.

            Derrière l’écran, ses seuls compagnons s’agitaient, présentateurs à l’humour forcé ou vulgaire, journalistes qui réduisaient leurs discours à de la propagande gouvernementale croyant berner le téléspectateur… Avantage de ces êtres télévisés : aucun risque de déranger et possibilité de leur couper le sifflet d’une pression sur l’arrêt de la télécommande.

Inconvénient :  absence totale de discussion.

            Sur un rayonnage de son réfrigérateur désertique, Éthan trouva un vestige lacté qu’il avala sans vraiment l’apprécier. Et la soirée s’achevait, conforme aux précédentes, peuplée de vide, conforme aussi à celles qui suivraient. Du moins le croyait-il.

            — Minuit ! fit-il en consultant son téléphone portable sur lequel personne ne l’appelait jamais.

            Il était temps de dormir. Une douche rapide et quelques instants après il s’infiltrait au milieu de draps froissés qu’il n’avait pas pris la peine de secouer depuis des jours. Cela n’avait aucune importance. Il se remémora vaguement sa journée, visualisa ce qu’il devrait prioriser le lendemain et finit par s’endormir, harassé. Dehors, un orage s’annonçait. Par moments, sa chambre était striée par d’éphémères éclairs comme si les flashs d’appareils photos tentaient de capturer les instants exceptionnels d’une célébrité, à son insu.  Mais Éthan était monsieur tout le monde et il n’y avait pas de paparazzis dans sa chambre à coucher. Il n’était qu’un homme ordinaire, tout ce qu’il y avait de plus ordinaire et cet homme ordinaire dormait.

*

            À 5 heures du matin, comme le dîner absorbé était très salé, une soif tenace le réveilla. Il avait tenté de l’ignorer mais sa gorge et sa bouche étaient aussi sèches que ses lèvres. Il s’assit au bord de son lit, les pieds posés sur la couverture qu’il avait repoussée au sol dans son sommeil. Il avait chaud. Finalement, il se leva et, à tâtons, il se dirigea vers le mur de la chambre, franchit la porte ouverte et longea, tel un aveugle, le long couloir au bout duquel il tourna à gauche. Parvenu à la cuisine, il voulut prendre un verre. Impossible d’en trouver un sur l’évier. Il fit alors demi-tour, décidé à allumer la lumière. Mais seul le « clic » émis par la manœuvre de l’interrupteur lui répondit. La pièce restait baignée dans l’obscurité.

            — Ah, c’est vrai, se souvint-il. L’orage ! Les plombs ont dû sauter. Zut !

            Il but directement au robinet, s’essuya les lèvres d’un revers de sa manche de pyjama et s’étonna d’entendre du bruit. Il s’arrêta, fit silence et tendit l’oreille.

            — C’est rien, se dit-il à lui-même comme pour s’en convaincre.

            Il rebroussa donc chemin, évita l’angle de la commode qu’il se promettait chaque jour de déplacer et arriva rapidement jusqu’à son lit. À tâtons, il repéra les bords du matelas puis il se hissa sur les draps redevenus froids, pour s’y envelopper. Là, il voulut rouler sur le côté pour s’installer en chien de fusil mais il heurta quelque chose et cette chose se mit à remuer.

            — Nom de Dieu ! jura-t-il sans s’offusquer de son blasphème. Qu’est-ce que c’est ?

            Et il bondit hors du lit.

            — Mmmh ! fit la forme.

            — Que… Qui est là ? bafouilla Éthan effrayé.

            — Mmmh !

            Éthan scrutait vainement l’obscurité. Les stores automatiques qu’il actionnait machinalement quand il rentrait occultaient l’appartement, le plongeant dans un noir à couper au couteau.  Instinctivement, il fit un bond en arrière, bouscula une chaise qui se renversa entraînant dans sa chute sa serviette et tous les papiers qu’elle contenait. Il s’immobilisa ensuite et tendit les deux bras en avant pour vérifier que personne ne s’approchait. Il ne frôla que le vide.

            — Qui est là, bon sang ! Dégagez de chez moi, tout de suite !

            Il se déplaça sur la gauche, contourna une table de travail, parcourut le chambranle d’une porte de ses doigts et pressa l’interrupteur qu’il sentit.

            Aucune lumière ne jaillit.

            Il se rua nerveusement sur le fil de la lampe posée sur la table. Le léger tremblement nerveux qui s’était invité rendait ses gestes brouillons.  Quand il trouva enfin le bouton, il l’actionna mais seul un « clic » résonna dans la chambre qui restait plongée dans le noir.

            — Merde ! Qu’est-ce que c’est ce délire ? Sortez de mon lit et…

            Une voix masculine qui lui était curieusement familière lui répondit :

            — Je dors bonté divine. Moins de bruit !

— Dégagez ! Je vous ai dit de dégager.  

            La panique venait de monter d’un cran. Éthan s’empara de la lampe qui, à défaut de lui procurer de la lumière serait une arme. D’un geste brusque il la leva en l’air pour arracher la prise et la propulsa violemment en direction de la voix provenant de son lit.

La suite prochainement. A Bientôt. Audrey Degal


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FILM TARANTINO, Once Upon a Time in Hollywood

Avant d’aborder ce film, je veux simplement dire que mes publications vont reprendre de façon plus régulière, elles seront plus nourries… car je dispose enfin du temps qui m’a toujours manqué. Le temps de bien m’installer dans ma nouvelle vie, au sud de la France et, dès janvier 2023, vous pourrez à nouveau venir lire sur ce site ou m’écouter sur ma chaîne YouTube qui, elle aussi va être dynamisée. Merci pour votre compréhension. 

J’adore Tarantino. J’ai vu tous ses films et je les ai tous adorés : Pulp fiction, Jackie Brown, Inglourious Basterds, Django Unchained, Kill Bill, Les Huit Salopards, Boulevard de la mort… Le dernier, Boulevard de la mort, est mon préféré. Donc, quand est sorti Once upon a time in Hoollywood, je suis allée au cinéma et je l’ai revu récemment.

L’histoire : surprenante… comme toujours chez Tarantino. Un acteur qui se sent sur le déclin est associé à sa doublure (véritable soutien moral), un cascadeur. Le premier, Rick Dalton, vit à Hollywood, dans une belle et riche demeure, à côté d’autres célébrités (Roman Polanski et sa femme), le second, Cliff Booth, dans une caravane, sur un terrain vague. Le spectateur est plongé dans les années 60/70 au coeur des productions cinématographiques que l’acteur, personnage autrefois célèbre, et le cascadeur, auparavant réputé, reconnaissent de moins en moins. Difficile d’y trouver sa place désormais.

Au fil des tournages, nous croisons des hippies un peu (pour ne pas dire beaucoup) déjantés, des acteurs heureux quand ils se voient à l’écran quelque part fiers de leur image et de leur rôle, une imitation de Bruce Lee (ici désacralisé) , une gamine de 8 ans qui prend son rôle très au sérieux et un toutou qui prend toute son importance à la fin en ce qu’il  propose un dénouement à « la Tarantino », dans un bain de sang savamment pensé.

Les deux acteurs principaux que sont Léonardo DiCaprio (Rick) et Brad Pit (Cliff) sont excellents et la scène qui m’a particulièrement convaincue de ceci est celle au cours de laquelle, DiCaprio, assis sur une chaise, tient sur ses genoux la gamine et la menace. Oui, DiCaprio comme Brad Pit à d’autres moments, sont exceptionnels de justesse dans leurs rôles respectifs, sachant s’adapter au scénario, à l’instant, pour nous livrer une interprétation que j’ai rarement vue sur les écrans. Oui, certains acteurs jouent toujours de la même façon. Eh bien eux non ! Ils composent, interprètent… Du grand art, du très grand art. La prestation de DiCaprio m’a particulièrement touchée car ce n’est pas un acteur que j’apprécie plus que ça. Pourtant, je ne peux que saluer ici son interprétation. Brad Pit est un acteur que j’ai toujours apprécié. Beaucoup de rôles lui ont permis de révéler son immense talent et je pense à mon préféré : « Rencontre avec Joe Black ».

Seulement,… il y a un mais :

Je n’ai pas autant aimé ce film (par rapport aux autres du même metteur en scène), Once upon a time in Hollywood. J’avoue avoir regardé l’heure à ma montre. Il m’a semblé décousu, trop… même si je sais que Tarantino joue souvent avec cela. (lorsque j’ai vu le film pour la seconde fois, je l’ai davantage apprécié).Je me suis demandée pendant un trop long moment où il voulait en venir et le passage correspondant à l’épouse de Polanski, certes jolie à souhait, qui va voir ses propres films au cinéma, m’a lassée. Je suis restée sur ma faim et j’ai trouvé le temps long.

Pourtant,… il y a un pourtant :

Mon époux, qui apprécie ce réalisateur, a adoré le film et n’a pas vu l’heure passer.

Comme quoi tous les goûts sont dans la nature ! En même temps, je me console en me disant que je reste très objective dans mes critiques puisque je ne jette pas des fleurs gratuitement à un auteur de romans ou à un réalisateur, sous prétexte que j’ai toujours aimé ce qu’il a écrit ou fait. Merci de ne pas me tenir rigueur de ma moindre « note » concernant ce film de Tarantino qui reste « agréable ».

Faut-il aller le voir ? Eh bien oui, comment vous forgeriez-vous VOTRE avis ? Peut-être serez-vous captivés et je vous le souhaite. Moi, j’attendrai le suivant.

Bonne continuation à tous !

Audrey Degal.

Pour information, mon 5e roman « PAROLES DE PIERRES » est paru et vous pouvez le commander chez votre libraire ou sur internet en ebook ou livre papier. Il a connu un franc succès lors du dernier salon du livre auquel je me suis rendue pour dédicacer mes livres, à Sigean, le 22 octobre 2022.


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DONNE-MOI LA MAIN !

Donne-moi la main !

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         Voici un récit très différent de ce que j’écris d’habitude. Il n’en sera pas moins étonnant à la fin. Vous pourrez lire ci-dessous la 1ère partie. La suite suivra très rapidement. 

          Je profite aussi de cette publication pour vous remercier, lecteurs fidèles, qui contribuez aussi au succès de mes livres déjà disponibles. Sachez enfin que si actuellement j’alimente moins souvent ce site, c’est parce que mon prochain roman, « La Muraille des âmes » thriller policier, engloutit tout mon temps. La phase de relecture des 400 pages prend beaucoup de temps et je veux que ce livre, mon troisième soit « parfait », pour votre plus grand plaisir je l’espère. Patience donc, je l’améliore, je le relis… pour VOUS  !

*

         C’était comme si elle avait raté la première marche ! Lola s’était sentie déséquilibrée. Autour d’elle, tout se mit à vaciller. La chute était inévitable et toute tentative de s’agripper vaine. Le gouffre l’attendait !

            Elle revit – il paraît que c’est souvent le cas en ces moments-là – sa vie défiler, vite, trop vite. Un tourbillon. Que s’était-il passé pendant toutes ces années réduites à quelques secondes dans sa tête ? Son corps lourd était irrémédiablement entraîné vers l’abîme, vers le noir, vers le néant. Elle commençait à ressentir une douleur, comme un élancement dans la poitrine qui lui disait : « C’est la fin ! ». Elle avait mal, horriblement mal. Elle tombait, certaine qu’à l’arrivée elle serait en morceaux. Toutes ces parties éparses d’elle-même seraient à reconstituer. Ce ne serait pas simple. Il y en aurait de partout, à des mètres à la ronde tant elle était tombée de très haut. Encore un instant… la fin approchait… 5…4…3…2…1…

            — Lola, c’est fini. Je te quitte !

            Et il était parti, et elle s’était cassée, poupée meurtrie qui peinait à sourire désormais.

*

            Lola regardait sa montre. Elle indiquait 15h30. Elle l’avait déjà consultée 5 minutes avant mais chaque instant lui paraissait si long depuis quelques temps. Le plus souvent, une minute correspondait à une heure. C’était un combat perdu d’avance : on ne tue pas le temps !

            Heureusement, il ne pleuvait pas mais il faisait froid. Froid, pour un mois d’avril mais surtout froid dans son cœur. Elle sentait un mal y progresser insidieusement, qu’elle ne pouvait chasser. L’ennemi était en elle qui portait un nom pourtant simple : solitude. Il faut te secouer ! pensa-t-elle à défaut de trouver mieux. C’était ce que tout le monde lui répétait en boucle comme si c’était simple, comme si cela allait résoudre tous ses problèmes, comme des mots magiques susceptibles de mettre fin à la douleur. Elle remonta son col fourré, ferma la pression juste sous son joli menton et glissa les mains dans ses poches. Debout, les chevilles croisées pour mieux se refermer sur elle, comme une huître qui contient une perle bien dissimulée, elle se donnait une attitude. Il y avait bien un joyau en elle mais elle était si perdue, si étrangère à tout ce qui l’entourait qu’elle ne le voyait plus briller, croyant que son éclat s’était éteint en elle. Elle se trompait !

            Dring ! Dring ! Une sonnerie. La sortie de l’école primaire. Ses deux enfants arriveraient dans un instant et lui diraient :

            — Ҫa va maman ?

            Elle répondrait que oui, avec un sourire, par habitude. Mais elle pensait tout le contraire. Elle avait d’ailleurs fait la même réponse aux autres parents qui inlassablement lui posaient la même question :

            — Comment ça va Lola, aujourd’hui ?

            — Bien, bien ! disait-elle sans aucune conviction.

            Pas du tout en fait, pensait-elle. Que répondre d’autre sans s’apitoyer sur elle-même, sans avoir à s’étendre sur sa situation ?

            Et elle rentrait avec ses deux petits bonhommes qui lui donnaient tant de baume au cœur, à ce cœur en perdition. Elle puisait en eux la force de résister.

*

            Andrew, celui qu’elle avait épousé voilà 10 ans, était parti. Version officielle : cela n’allait plus entre eux. Autre version : il y avait tant de scénarios possibles entre l’habitude, la routine, les difficultés quotidiennes, le poids de la vie de famille… Passons !

            Lola était forte. Avait-elle le choix de ne pas l’être ? Entre abattement et espoir, entre déchirement et confiance en l’avenir, entre larmes et rires, elle se battait. Elle remonterait la pente, même si elle était tombée de haut, même si l’ascension lui semblait vertigineuse. C’était tout un rythme à retrouver, toute une vie à reconstruire, tout un univers à repenser. La roue tournerait. La roue tourne toujours. Il suffisait d’attendre et de croire que tout pouvait changer même si parfois les roues donnent le tournis.

            Et puis un jour, il y avait eu les autres, ceux qui pourraient peut-être l’aider à rassembler ses morceaux, ceux qui pouvaient combler ce vide qui la faisait trop souffrir. Ceux qui aussi parfois ne sont pas nécessairement ce qu’ils paraissent. Le diable est protéiforme !

La suite de cette histoire ne tardera pas ! Pensez à vous abonner pour ne pas la manquer.

Vous pouvez vous procurez mes livres (cliquez dans ACCUEIL), tout y est. Que vous résidiez en France ou à l’étranger, tous mes titres sont disponibles. 

Bonne lecture !

Audrey DEGAL.