Des histoires pour vous

SITE OFFICIEL D’AUDREY DEGAL


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LA DERNIERE COURSE

La Dernière course.

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            Les motos tournaient depuis des heures sur le circuit d’Australie, rebaptisé depuis longtemps Phillip Island War II. Vingt neuf pilotes s’étaient positionnés sur la grille de départ mais en piste, il n’en restait plus que douze qui se battaient encore pour le titre tant espéré de champion du monde de moto GP. Roue dans roue, les engins se défiaient, chacun voulant imposer sa loi aux autres en les dépassant, en freinant le plus tard possible avant les courbes, en se plaçant en aspiration derrière un adversaire avant de le dévorer. Les sliders, apposés aux combinaisons de cuir, frottaient le bitume au niveau des genoux. Parfois même, les coudes embrassaient l’asphalte ou les vibreurs quand ce n’était pas les casques, pour une fraction de seconde au cours de laquelle l’équilibre ne tenait qu’à un fil. L’extrémité des bottes étaient pourvues de pointes acérées et les gants cloutés.

            Parmi celles qui avaient dû rentrer aux paddocks, rares étaient les motos qui tenaient encore debout. Les carénages, les selles, portaient en eux les stigmates de cette compétition de haut niveau qui s’exprimait de façon plus acharnée que jamais. Parfois même, les machines arrivaient aux stands la tête basse, les entrailles pantelantes, presque entièrement brisées : amortisseurs détruits, échappements traînant lamentablement sur le bitume comme la traîne d’une mariée en fuite, boîtiers d’injection explosés, étriers de freins rompus tombant sur des pneus lacérés et derrière tout cela, d’épaisses traces d’huile témoignaient de batailles âprement et virilement menées.

            La course ne tarderait pas à s’achever. Au loin, on entendrait ensuite les hymnes nationaux qui résonneraient pour célébrer la victoire des trois premiers pilotes. Partout, l’effervescence serait à son comble et la police sur les dents, afin de limiter les débordements désormais coutumiers ou les règlements de compte de supporters qui s’estimeraient lésés. Il y aurait des blessés, comme à chaque fois. Il en était ainsi sur tous les continents et sur tous les circuits. Il y aurait aussi des morts, victimes collatérales auxquelles les autorités s’étaient progressivement et volontairement habituées puisque la rentabilité était devenue prodigieuse.

            – Bon Dieu, dans quel état elle est celle-là, dit le chef mécanicien de l’équipe Ducati, quelque peu consterné.

            Les mains sur les hanches, il constatait les dégâts. C’était une situation qu’il connaissait déjà puisqu’elle se répétait inlassablement de grand prix en grand prix. Mais il éprouvait de plus en plus de difficulté à l’admettre.

            – Il va nous falloir au moins deux jours de boulot ! C’est un vrai massacre !

            – Au moins deux jours, tu as raison, confirma un collègue. Regarde, même le réservoir a dégusté. Il fuit.

            – C’est fou ! Pourtant, Dovi2 n’est même pas tombé.

            – Non, mais quelle guerre il a livrée contre les deux autres pilotes.

            – Il a résisté aux assauts comme jamais. J’ai vraiment tremblé pour lui car j’ai cru, plus d’une fois, qu’il allait voir le goudron de près.

            – Oui, moi aussi. Les autres ne lui ont fait aucun cadeau !

            – Hélas, c’est comme ça maintenant, je ne m’y habitue vraiment pas. Deux pilotes dis-tu ? Il m’a semblé en compter trois contre lui par moments. Comment pouvait-il s’en sortir dans ces conditions extrêmes hein ? Vise un peu la moto. Plus rien ne tient, plus rien du tout !

            – Quand la Honda et la Yamaha l’ont encadré à droite et à gauche en le prenant en sandwich, j’ai vraiment cru qu’il allait méchamment chuter.

            – Oui, c’était vraiment chaud. Ils ne l’ont pas épargné. Mais il est comme son père ce petit. Il est capable de se faufiler dans un trou de souris et il est toujours à l’attaque. Il ne lâche rien.

            – Mais il ne gagnera pas. Il a dû rentrer. Avec une moto dans cet état, il ne pouvait pas continuer. Encore une fois ce sont les arrangements et les coalitions qui l’emporteront. Tu verras. Attendons quelques tours et je te parie que ce seront les mêmes que d’habitude qui lèveront les bras au ciel en hurlant : « J’ai gagné ! ». Tu parles de vainqueurs ! Des conspirateurs oui… Je regrette vraiment les courses d’avant. Mais que veux-tu… le nouveau règlement de la Dorna est en place et on ne peut plus rien dire.

            – Cesse de te lamenter, ça ne fait pas avancer les choses. La situation est ce qu’elle est. On n’a pas d’autre choix que de l’accepter. Au travail ! Il faut remettre la moto sur ses roues pour demain. Il y aura des essais. Quelque part on a de la chance : le pilote tient encore debout et ce n’est pas le cas dans toutes les écuries.

            L’unité médicale mobile ne désemplissait jamais. Il restait encore douze tours de piste à accomplir et l’on déplorait deux blessés légers, sept dans un état grave, un dont le pronostic vital était engagé et un mort qui avait disputé ce jour-là sa première course en moto GP. Une jeunesse fauchée ! Certes les hélicoptères avaient évacué les plus touchés vers les hôpitaux spécialisés proches mais on ne répare pas toujours les corps disloqués.

            Dans les tribunes, les spectateurs vibraient au rythme des moteurs, fixant les écrans géants visibles de toutes parts diffusant les affrontements qui se déroulaient hors de leur vue. Beaucoup applaudirent lorsque le numéro 74 sortit son bras dans le virage 9, heurtant la poignée de frein du 50 qui ne parvint pas à asseoir sa moto pour virer. La glissade inéluctable accompagnée de sa gerbe d’étincelles s’acheva contre un mur de publicité électronique vantant les propriétés exceptionnelles d’un nouveau casque proposé sur le marché. L’impact fut effroyable et ne laissa aucune chance au pilote. L’écran s’éteignit aussitôt, ne résistant pas davantage mais il serait vite réparé. Parfois dans le monde, il vaut mieux être une chose !

            Assis sur chaise qui lui était dédiée, Led comme on l’appelait, suivait la course de très près. Chaque dépassement accélérait son pouls, chaque courbe mal négociée lui faisait froncer les sourcils, chaque pilote tombé, incapable de se relever lui retournait le cœur. Deux de ses poulains, qu’il avait formés, tournaient encore sur la piste. Un autre avait été évacué suite à d’importantes blessures.

            – Alors Led, les nouvelles de Snow sont bonnes ? lui demanda un des membres de son équipe.

            Led venait d’enfoncer son téléphone portable profondément dans sa poche. Il frotta ses deux mains comme pour les réchauffer, les passa ensuite dans sa chevelure jadis blonde et frotta ses yeux clairs avant de répondre :

            – Etat stationnaire mais il n’est pas encore tiré d’affaire. Combien vont encore tomber ? Combien seront sacrifiés sur l’autel des bénéfices, de l’audimat, de la publicité, de… J’en ai assez. Ces courses ne ressemblent plus à rien !

            Il résista à l’envie de jeter son téléphone par terre. Chaque fois qu’il décrochait pour répondre à un appel, il craignait de mauvaises nouvelles. Il se leva, fit quelques pas et se plongea son regard dans le bleu de la mer impassible. Quelques mouettes planaient et il se souvint soudain de ce jour où l’une d’entre elles s’était invitée dans une course, manquant de heurter le pilote qui l’avait évitée d’un mouvement de tête. Il resta là de longues minutes à penser.

            Soudain, un son extraordinaire, pareil à celui d’une corne de brume, retentit, annonçant qu’il ne restait plus que deux tours et que les pilotes devaient rentrer aux paddocks. Il leur fallait compléter les réservoirs en essence afin que chacun pût donner le maximum dans les derniers tours de roues. Un changement de pilote était aussi possible et c’était une option que certaines équipes prenaient afin d’envoyer sur la piste un homme plus hargneux mais surtout plus frais. C’était l’ultime moment que tous attendaient, issu du nouveau règlement, celui aussi de tous les dangers.

– Eh, Led, comment m’as-tu trouvé ? questionna le Warrior qui venait de laisser sa moto entre les mains des mécaniciens. J’ai accéléré comme jamais !

– Oui, c’était très bien ! Continue ainsi.

– Tu vois, avec moi, tu mises sur l’avenir car un jour je gagnerai, j’en suis sûr, ajouta le jeune pilote pourtant exténué.

– Je n’en doute pas. Mais reste prudent. Tu ne dois pas t’emballer ! Tu n’es pas seul en piste.

– Je sais Led, je sais, mais aujourd’hui je sens que je vais gagner. Je le veux et je te promets que je vais tout donner, tout !

– Que veux-tu dire ? demanda-t-il inquiet.

Son jeune poulain vint s’accroupir auprès de lui.

– Tu vois, j’ai pensé qu’aujourd’hui, la sagesse, j’allais la ranger même si c’est ce que tu m’as appris. Tous les coups sont permis et moi, je reste toujours tranquille alors que franchement Led, je n’ai qu’une envie : dégommer, pousser tous mes adversaires,  leur couper leur trajectoire et les envoyer dans le gravier. Je veux et je vais gagner. C’est mon jour, je le sens !

– Et tu crois vraiment que cela correspond à ce que je t’ai enseigné ?

– Non, répondit le Warrior embarrassé. Mais si je ne joue pas le même jeu que les autres, jamais tu entends Led, jamais je ne remporterai un grand prix, jamais je ne serai classé en moto GP. Je dois m’aligner.

            – T’aligner ? Tu parles d’agir comme eux ?

            – Oui !

            – Et comment t’y prendras-tu ? Explique-moi !

            – Je dois moi aussi trouver des associés, comme les autres.

            – Des associés dis-tu !

            – Oui, exactement.

            – Mais tu enfourches ta moto dans dix minutes, tout au plus. Où vas-tu trouver des associés en si peu de temps ?

            – Eh bien Led, je ne te l’ai pas dit mais…

            Le jeune pilote paraissait embarrassé. Il poursuivit :

            – J’ai déjà rencontré d’autres pilotes. On en a parlé et on est tombé d’accord. Il ne reste plus qu’à concrétiser.

            Led ouvrit de grands yeux. Il s’approcha au plus près du jeune pilote et, les yeux dans les yeux lui demanda :

            – Concrétiser dis-tu ? Je t’écoute, précise un peu ta pensée. Que veut dire concrétiser Warrior ?

            – Tu le sais bien Led. Tu as déjà vu ce qui s’est passé. C’est comme ça depuis que je fais de la moto, depuis que je suis tout petit. C’est la course Led !

            – La course, répondit-il désabusé. La course ! Et tu oses appeler cela, cette boucherie une course ?

            – Je veux juste lutter à armes égales avec les autres. C’est tout ! Ce ne sera pas bien méchant, je t’assure. Avec Steve et Antonin, on veut juste entourer les vainqueurs et leur bloquer la route. A tour de rôle, on en met un en difficulté ce qui permet aux autres de passer et de gagner. Pour cette course, ils vont m’aider et à la prochaine, ce sera leur tour, etc. Tu vois, on veut juste les gêner…

            – Il vaut mieux être sourd que d’entendre cela !

            – Tu te trompes Led. En général, on dit plutôt le contraire, qu’il vaut mieux entendre ça que d’être sourd.

            – Non, tu as très bien compris et je ne me suis pas trompé. J’aurais préféré être sourd que de t’entendre, toi à qui j’ai tout appris, dire de pareilles horreurs. Mais te rends-tu compte que ce que tu suggères aura les mêmes conséquences que de pousser délibérément un pilote ou de l’empêcher de freiner ou… La vitesse Warrior, tu oublies la vitesse ! A 390 kilomètres heure, un cheveu te fait chuter, une brise de vent te déstabilise et la moindre erreur de trajectoire est souvent fatale. Combien d’hélicoptères as-tu entendu décoller aujourd’hui hein ? Jusqu’à présent il ne t’est rien arrivé parce que tu ne représentais pas un danger potentiel pour les autres et le titre, mais en t’alliant à d’autres pour gagner, tu vas devenir une cible et les cibles, ces requins font tout pour les éliminer. Je ne veux pas que tu prennes de tels risques. Réfléchis un peu. Si tu gagnes, seras-tu un meilleur pilote, le meilleur pilote ? Non ! Tu seras simplement celui que les autres auront le mieux aidé, celui qui aura sacrifié des vies, des pilotes, celui qui aura eu de la chance. Mais attention petit, la chance est éphémère, la chance tourne et demain ils t’attendront et te le feront chèrement payer.

            – Mais…

            – Arrête ! Ce n’est pas ce que je t’ai appris. Je ne t’ai pas mis un guidon entre les mains pour te voir sacrifier des vies ou la tienne. Je veux te voir piloter, progresser, que la foule t’adule, que la foule t’idolâtre, qu’elle t’attende, qu’elle penche avec toi dans chaque virage, qu’elle se propulse lors de chaque accélération comme si elle était sur ta moto vers une victoire méritée due à un pilotage de qualité et parce que le pilote est tout simplement un homme respectueux et de ce fait un pilote respecté. Et toi tu me parles de jeu de massacre, de victoire due aux alliés mais l’hymne que j’entendrais alors serait souillé. Jamais, comprends bien, jamais je ne m’y résoudrai. Une course doit être propre, honnête et toute victoire doit être méritée !

            Le jeune pilote fulminait sentant qu’avec de telles paroles la victoire qu’il espérait lui échapperait. Presque fou de rage, il vida son cœur et se mit à invectiver celui qu’il avait pourtant toujours écouté.

            – Peut-être, mais aujourd’hui je suis un pilote et je veux gagner quel que soit le prix à payer. Et puis de toute façon qu’est-ce que tu t’y connais en moto, en grands prix… Je ne t’ai jamais vu piloter, je ne t’ai jamais vu gagner ni te battre comme je le fais. Tu es ici parce que tu peux financer une écurie et développer des moteurs mais question pilotage, tu n’as rien à m’apporter Led, rien. Le fameux code du respect que tu imposes à tous les pilotes que tu as engagés ne sert qu’à les faire perdre, à me faire perdre. C’est une chimère, une utopie, un monde de courses parfait que tu as imaginé, incompatible avec la réalité. Réveille-toi Led : je suis un pilote de course et tu n’es que mon conseiller financier et moral. Tu ne parles jamais de toi parce qu’il n’y a rien à dire. Tu vis la moto à travers nous les pilotes mais le monde de la piste t’est totalement étranger ! Tous ceux de l’équipe t’obéissent au doigt et à l’œil peut-être parce qu’ils te craignent. Pour que je continue à t’écouter et à te suivre il faudrait que tu puisses m’éblouir, m’en imposer car je ne suis pas comme eux. Mais aujourd’hui, j’ai tout compris, je suis un nouvel homme et le pilote qui est en moi va gagner.

            Autour des deux hommes les mécaniciens et d’autres membres du paddock s’étaient approchés pour assister à la conversation houleuse. Devant les stands, deux lumières clignotaient, invitant les pilotes à se préparer pour disputer les deux derniers tours qui décideraient de la victoire.

            – Tu ne sais pas ce que tu racontes gamin, dit le chef mécanicien, tu…

            Un autre l’interrompit et fixant le Warrior dans les yeux il dit :

            – Tu aurais mieux fait de te taire. Décidément, tu n’as rien compris.

            – Retenez-le ! lança Led aux membres de son équipe. Il ne courra plus aujourd’hui.

            Tous avaient deviné son intention. Tous savaient qu’un jour cela se produirait. Tous lui obéirent comme un seul homme.

            Le Warrior fut aussitôt bloqué et dirigé hors des regards. Il se débattait mais on le maintenait fermement. Il criait qu’il avait une course à finir qu’on ne pouvait pas l’en empêcher mais rien n’y fit. Il fut conduit dans un des local de l’équipe où on l’installa devant un écran.

            – Maintenant petit tais-toi, arrête de bouger et regarde. Tu vas prendre la première et vraie leçon de pilotage de ta vie.

            La corne de brume qui faisait office de sonnerie retentit à nouveau faisant davantage penser à un lâcher de lions dans une arène qu’à une compétition réputée. Les combinaisons de cuir ajustées, les fermetures en D des casques parfaitement bouclées, les pilotes se dirigèrent vers les engins qui déjà vrombissaient. On aurait dit qu’une horde aussi puissante que sauvage allait être lâchée. Chacun se plaça sur la grille de départ pour les ultimes tours qui pouvaient tout changer.

            Posté devant son écran, le Warrior attendait. Le grand prix se jouerait sans lui. A sa place il vit un pilote avancer, doté d’une combinaison bleue et jaune. Au sommet de son casque, on pouvait voir la peinture d’une sorte de personnage caricaturé qui riait. L’homme se posta aux côtés de sa machine. Il semblait prier. Dovi2 le regarda. Il avait compris que le Warrior était forfait, remplacé par ce pilote. Led enfourcha l’engin et, comme les autres, parcourut le tour de chauffe. Sa conduite était souple, féline, racée. Il se positionna ensuite à la dernière place d’où il s’élancerait. Sa main droite balaya sa combinaison devant, derrière, comme des gestes rituels à accomplir peut-être gages de vélocité puis il s’accrocha aux poignées, le regard fixé au loin, sur la ligne d’horizon de la piste. Juste au-dessus de sa selle, sur le cuir, on pouvait voir lire trois lettres : LED. Le feu rouge clignotait, annonçant le départ imminent puis il passa subitement au vert. Les motos bondirent. L’assaut était donné.

            Il ne fallut à Led que quelques secondes pour absorber, avec une facilité déconcertante, cinq pilotes médusés qui restèrent dans son sillage alors qu’il attaquait. Ne faisant qu’un avec son engin, il se jouait des virages et, empoignant plus tardivement les freins que les autres, ils les dépassaient. Piqués au vif, deux pilotes tentèrent une manœuvre folle pour le faire chuter. Les motos se touchaient. Leur but, le diriger vers les graviers. Led devait absolument se dégager. Il freina alors brusquement, tandis que son poursuivant, décontenancé par son geste perdit l’avant et vola dans les airs tel un soleil sur le point de se coucher. Son autre adversaire en profita pour se placer devant afin de gêner sa progression. Mais Led comprit tout de suite qu’il attendait la remontée d’un allié lequel, s’il touchait sa roue arrière, le déstabiliserait.  Sans pouvoir le constater, il sentait déjà l’autre qui approchait. Leurs pneus risquaient bientôt de se toucher. Contre toute attente, il accéléra, accomplit avec une maîtrise incroyable un évitement et la moto, en équilibre sur la roue arrière, se propulsa en avant dépassant celui qui tentait de le freiner. La rencontre imprévue dess deux acolytes puis leur chute fut inévitable. Pris à leur propre piège, ils se relevèrent indemnes mais les motos refusèrent de redémarrer. Dans les tribunes on parlait :

            – Mais qui est ce pilote ?

            – Il est incroyable ! Il conduit avec une précision inouïe !

            – C’est un pilotage de toute beauté !

            – Oui, je n’ai jamais rien vu de tel.

            – Toi non, moi si ! Mais c’était voilà bien des années, quand les courses de moto consistaient encore à faire preuve d’adresse, de tactique de pilotage, d’observation.

            – C’est superbe et ça devait être passionnant !

            – Oh oui, bien mieux que cette foire d’empoigne grotesque à laquelle nous assistons à présent et qui consiste à s’écharper.

            – Tu connais ce pilote ?

            – Oui, c’est Led ! Un des meilleurs pilotes que la terre ait jamais porté.

            – Led ? Led ! ce nom ne me dit rien.

            Et sur la piste, Led remontait. Devant lui, il ne restait que deux pilotes qui ne laisseraient rien passer. Leurs alliés étaient trop loin derrière ou avaient chuté. Les trois hommes étaient seuls et devaient livrer bataille pour l’emporter. Les derniers virages du dernier tour décideraient de l’attribution du titre.

            Warrior, médusé, avait presque collé son nez à l’écran. Devant ses yeux, celui qu’il venait de rejeter, à qui il avait voulu donner une leçon lui démontrait un savoir-faire inégalé. Pendant les quelques secondes de fin de course, il vit ce pilote, telle une divinité, balancer son engin, accélérer, freiner… en un mot piloter. Il comprit qu’au jeu des alliances afin de gagner les pilotes avaient perdu en dextérité et que la finesse de la conduite avait progressivement disparu, remplacée par les bousculades, les pneus lacérés au couteau, les coups de bottes ou de casques. La moto GP était devenu un spectacle rentable navrant, honteux mais plébiscité.

            – Mais bon Dieu, qui est Led ? Dites-le moi les gars, demanda Warrior à ceux qui le laissèrent désormais se déplacer à sa guise.

            Il empoigna l’écran à deux mains comme pour s’assurer de ce qu’il voyait : Led, unanimement ovationné, qui franchit le premier la ligne d’arrivée.

            – Comment, toi le grand pilote, tu ne sais même pas qui il est ? se moqua un membre de l’équipe.

            Warrior sortit du local comme si on l’avait chassé. Aux avants-postes du paddock, là où stationnaient les trois premières motos de la course, il attendit Led. Sa moto était arrêtée, à la place d’honneur mais Led demeurait invisible.

            – Où est Led ? demanda-t-il à ceux qui l’entouraient.

            – Ah, ce pilote ! Il est parti, par là je crois. Il n’a même pas voulu parler. De toute façon il devra revenir pour recevoir son prix.

            Warrior regagna son stand. Led s’y trouvait. Il tenait un petit chiffon et frottait son casque non pas pour le nettoyer mais comme s’il pactisait avec.

            – Mais que fais-tu ? Tu as gagné. Tu es le vainqueur. Ils t’attendent pour le prix. Tu dois…

            – Vas-y à ma place ! Tu as disputé toutes les courses précédentes en appliquant ce que je t’ai enseigné : le respect. Je ne veux pas de ce titre et si aujourd’hui tu as compris ce que je t’expliquais alors c’est toi qui l’a amplement mérité ! Va petit, monte sur le podium et sois fier d’une bataille juste, d’un pilotage affûté et du partage de la piste avec tous tes équipiers. La moto est un univers à part que pendant longtemps d’autres sports ont envié. Il faut renouer avec les valeurs d’antan. Il faut retrouver le sens de la course en moto GP.

            – Mais qui es-tu Led ? Je te connais depuis des années, sans te connaître.

– Reçois ton prix, je te le dirai après !.

            Le Warrior se plia aux photos, aux publicités mais lors des interviews il tint un discours auquel personne ne s’attendait. D’un ton solennel, il nomma un après l’autre le nom des pilotes qui étaient tombés, encore pleurés par leurs familles. Nul n’osa interrompre sa litanie pourtant justifiée. Il expliqua ensuite que ce qu’il avait vu sur la piste l’avait changé, que ceux qui se croyaient pilotes ne l’étaient pas en réalité, réduits à l’état de combattants agressifs, violents, dénués de pitié, que tous avaient reçu une leçon, battus loyalement par l’habileté d’un ancien pilote jadis vénéré. Une journaliste l’interrompit :

            – Et ce pilote, Warrior, vous le connaissez ?

            – Je crois que nous le connaissons tous et je viens seulement de me rappeler de ce que mon père me racontait, de cette année 2015 et des dernières compétitions du moto GP au cours desquelles notre avenir s’est joué. Les instances sportives de l’époque, sensibles à l’audience qui avait grimpé du fait de la bataille injustifiée opposant deux pilotes, décidèrent de modifier le règlement. C’est ainsi que les coups furent autorisés, voire conseillés, les alliances pour gagner encouragées et même sponsorisées. Le vainqueur du GP de l’époque fut hué tandis que celui, qui l’avait semble-t-il aidé, fut conspué. Le titre échappa cette année-là à celui qui l’avait mérité et le moto GP devint ce que tous vous connaissez, cette course qui n’est plus qu’un appel au meurtre ! J’ai honte de ce qu’est devenu ce sport et j’annonce aujourd’hui que je ne courrai plus jamais comme avant. Je veux redevenir un pilote digne de ce nom. Je ne suis plus le Warrior !

            Le jeune homme voulut se retirer mais on l’interpella :

            – Le nom de ce pilote majestueux d’aujourd’hui s’il vous plaît.

            – Je l’ai toujours appelé Led sans savoir véritablement comment il s’appelait.

            Alors un journaliste de presse désormais retiré de la profession se leva, s’approcha du micro et dit :

            – A l’époque je le connaissais. Led pour Le Doctor. c’était le numéro 46. Je viens juste de le comprendre. C’est une belle leçon qu’il nous a donné. Il vient de redonner au moto GP ses lettres de noblesses !

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Le Royaume sans escale, 2ème partie

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Le Royaume sans escale, 2ème partie

            La mer, si calme jusque-là, avait désormais son mot à dire et le bateau tanguait si bien qu’il devenait difficile de se tenir sur les ponts. Comme s’ils étaient ivres, les matelots progressaient de biais tentant de s’accrocher à tout ce qui était à leur portée. Les treize gabiers avaient reçu l’ordre d’affaler les voiles qui faseillaient au vent du nord et battaient avec force, mues par de gigantesques mains invisibles mais puissantes. Il ne pleuvait pas mais les hommes étaient trempés jusqu’aux os, fouettés par d’innombrables gerbes d’eau salée.

            – Le Hennec, tire plus fort à droite, hurlait le maître des gabiers qui tentait de coordonner les gestes des marins.

            Deux matelots tentaient de dégager une voilure coincée, en vain. La scène ressemblait à un combat et la lourde toile entravait les jambes des hommes qui tombaient, glissaient sur le pont et revenaient tant bien que mal pour accomplir leur tâche.

            – Le hauban est bloqué, maître gabier. Inutile de tirer. On ne le dégagera pas ! Il ne…

            Il n’avait pas fini sa phrase qu’une vague, plus haute que les autres, le balaya tel un brin de paille et le jeta contre un mât. L’homme tituba en se relevant. Sa tête avait heurté deux ou trois obstacles, lors de sa glissade incontrôlée. Le maître gabier se lança à son tour à l’assaut pour aider ses hommes.

            – Il faut monter, nous n’avons pas le choix. Nous devons dégager la voile et vite l’affaler. Si la mer se déchaîne encore ainsi que le vent, avec cette voile qui bat, nous ne pourrons plus diriger le navire. Qui se dévoue ?

            Sans donner de réponse, Le Hennec, connu pour sa bravoure et son courage, commença à escalader le grand mât, un couteau coincé entre les dents. Les autres le regardaient, perplexes. Il était agile mais lourd. Les éléments semblaient vouloir empêcher sa progression et il reçut des dizaines de gifles monstrueuses d’eau salée. Il résista et quand il arriva enfin au sommet, d’une main, il s’agrippa et de l’autre il commença à tailler dans l’épaisse toile qui figeait tout le gréement. Avec le vent, elle s’était entortillée autour de celui-ci et, trempée, il était impossible de la défaire tant le nœud qui s’était formé était serré. Tout à coup, libérée, la voile tomba lourdement sur le pont. Aussitôt les deux matelots restés au pied du mât s’en emparèrent et la roulèrent pour l’attacher. La tempête gagnait en intensité. La houle martelait la coque du navire voulant le prendre d’assaut. Le bruit était infernal. Le vent sifflait rageusement, la mer vociférait d’obscures paroles.

            – Le Hennec, redescends maintenant, c’est bon ! Bravo !

            Les flots impétueux engloutirent ces paroles.

            – Il a été courageux, maître, fit remarquer l’autre en achevant son nœud de cabestan qui lui permettait de se tenir de l’autre main.

           – Oui, très courageux et habile. Fais deux demi-clés sur le dormant de l’amarre sinon le nœud va se défaire. Les nœuds de cabestan ont souvent tendance à se desserrer.

           – Oui maître ! Obéit immédiatement le gabier discipliné.

         – Voilà ! La voile est bien attachée, dit le maître calfat à son matelot. Rentrons à l’abri. C’est terminé.

            Le marin ne demanda pas son reste. Il leva le menton en direction du grand mât. Plus personne ne s’y trouvait.

            – Le Hennec maître, où est Le Hennec ?

            On l’appela. On le chercha. Il ne reparut jamais. Une lame plus véloce que les autres était venue le cueillir quand il redescendait. Trente-et-un hommes manquaient désormais à l’appel.

*

            – Je vous écoute Sillace. Qu’ont donné vos investigations ? Où sont les trente hommes d’équipages qui n’ont pas répondu à l’appel ce matin ?

            – Il n’y a pas un seul recoin du navire qui n’ait été inspecté. Nous avons procédé méthodiquement, ouvrant toutes les cachettes les plus improbables. Nous avons ouvert les tonneaux de poudre, de farine… Bref, le bateau a été passé au peigne fin mais il n’y a aucune trace des hommes que nous recherchons. Dans les hamacs où ils ont passé leur dernière nuit, les couvertures sont encore tirées, toutes de la même façon, comme s’ils dormaient dessous. Leurs quelques affaires sont aussi en place. On dirait qu’ils se sont évanouis.

            – Je n’ai jamais entendu une chose pareille ! rétorqua le commandant. J’ai confiance en vous Sillace mais j’avoue que c’est extraordinaire !

            Loutail, fixait le lieutenant d’un air dubitatif. Il ajouta :

            – Êtes-vous certain de n’avoir rien oublié ? Ne nous cachez-vous pas quelque chose ?

            – Je vous assure que non. Cependant lors de nos recherches…

            On l’interrompit.

            – Entrez, s’exclama Jim alors qu’on frappait à sa porte. Maître gabier, que vous arrive-t-il ? Faites vite nous avons une urgence à traiter.

            Encore dégoulinant d’eau de mer, le visage baissé, pressant entre ses doigts un chapeau tout aussi trempé, l’homme déclara :

            – Mon commandant, on a fait tout ce qu’on a pu pour détacher la voile qui s’était coincée autour du mât principal. C’est Le Hennec qui s’en est chargé mais en redescendant il est tombé à la mer et quand elle est aussi déchaînée, vous savez comme moi qu’il n’y a rien à faire. Je suis désolé mon commandant. Un homme de moins chez les gabiers.

            Jim frappa violemment du poing la table de bois et pria l’homme de se retirer.

            – Décidément, il semble que la chance ne soit pas de notre côté. Loutail, voyez l’aumônier pour rendre hommage à ce gabier.

            Le commandant en second sortit aussitôt.

            – Sillace vous aviez autre chose à ajouter avant l’arrivée du maître gabier.

           – Oui Jim. Je n’ai trouvé aucun des hommes mais j’ai débusqué autre chose : un passager clandestin.

            – Un passager clandestin ! Étrange traversée que celle-ci. Dites-m’en plus.

           – Eh bien, il se cachait parmi les soldats de la garnison. Ce qui a attiré mon attention, c’est qu’il se comportait étrangement et se tenait un peu trop à part. Les autres commençaient d’ailleurs à le chahuter. Nous avons fait aligner tous les soldats et nous les avons comptés, deux fois. Résultat : 131 soldats au lieu de 130 initialement embarqués. Et comme nous avons procédé ainsi pour tous les corps, les canonniers, les calfats, les hommes de bord, les charpentiers, les novices… Nous sommes certains que cet individu est de trop à bord. J’ai ordonné de l’arrêter. Il a alors tenté de fuir mais il a aussitôt été rattrapé. Et puis où pouvait-il espérer aller ? On ne s’enfuit pas d’un navire !

            – Les trente hommes qui manquaient ce matin tendent à prouver le contraire, coupa Jim perplexe. Et où est ce clandestin pour l’instant ?

        – Je l’ai fait placer dans la cale, à l’isolement. C’est un jeune, il n’a pas l’air récalcitrant. Si vous voulez le voir et l’interroger…

            – Pas pour le moment ! J’ai du travail. Avec cette tempête et les deux ou trois avaries déclarées, je dois modifier notre route pour espérer un temps plus clément en navigant au sud. En revanche, veillez à ce que les canons malmenés par le tangage du navire soient à nouveau fixés solidement. Ils pourraient écraser des hommes en bougeant et endommager la coque. Voyez aussi les autres lieutenants afin qu’ils fassent le point sur les vivres. Certaines pourraient avoir pris l’eau. Tout pourrit si vite quand l’humidité s’infiltre et avec cette tempête l’eau a dû pénétrer un peu partout ! Faites écoper ! Il faut être vigilant.

            – L’aumônier dira une bénédiction demain matin pour le marin tombé à la mer, déclara Loutail en revenant. J’ai aussi appris qu’il y avait un passager clandestin. Voulez-vous que je m’en charge ?

            – Non ! Remettons-nous au travail. Il faut tirer des bords en direction du sud où nous trouverons des vents plus favorables. J’espère que cette tempête ne s’éternisera pas trop.

            – Je l’espère aussi.

*

            La nuit suivante fut plus calme mais sur le bâtiment, on ne dormait guère. On réparait ce qui s’était cassé, on consolidait, on assemblait les voilures déchirées… Un rythme de cinq quarts avait été établi. Certains dormaient, quelques-uns travaillaient, d’autres médisaient :

            – Commandant Jim ou pas, elle n’est pas normale cette traversée. D’abord, des matelots qui disparaissent, la tempête qui fauche un homme, un clandestin caché parmi nous, les canons qui se sont détachés, cinq mille litres d’eau fichus et les salaisons qui baignent dans l’eau salée.

            – Je suis de ton avis. Il y a un mauvais œil qui est monté sur le Royal-Louis.

            – Bah, la tempête s’est calmée.

            – Allons, marins ! Cessez de parler et faites votre travail. Finissez votre quart et vous irez vous coucher, ordonna leur chef.

            Les matelots baissèrent les yeux et se turent. Ils n’en pensaient pas moins.

*

            – Sillace au rapport Jim !

            Il était cinq heures du matin. La nuit, comme la précédente, avait été calme. Le lieutenant attendait que le commandant le priât de parler. Ce dernier, assis dans un fauteuil, un verre à la main, referma le livre qu’il venait de consulter. Il n’avait pas vraiment dormi.

            – Avez-vous fait votre tournée mon ami ?

            – Tournée faite Jim.

            – Et ? Vous me semblez sur la retenue.

            – Effectivement ! C’est que… c’est que…

            – Dites, je vous prie, s’impatienta-t-il. Mais ne me dites pas que…

            – … Si mon commandant ! ne put-il s’empêcher de déclarer.

            – Il manque des hommes ? Il manque des hommes, reprit-il involontairement en écho. Disparus ? Comment ? Combien ? Lesquels ?

            – Treize sont portés manquants. Deux gabiers, six novices, trois voiliers et deux soldats.

            Jim ferma fortement les paupières pour accuser le coup que cette déclaration venait de lui porter.

           – Je n’ai pas dormi cette nuit. Je suis monté prendre l’air et je suis resté là, à arpenter les trois ponts et tout le navire des heures durant. Je n’ai rien vu d’étrange, pas d’activité si ce n’est celle des gardes. Mon Dieu, treize hommes ne s’envolent pas sans bruit. C’est impossible !

           – Je le sais mon commandant… Jim, mais comme hier nous avons déjà vérifié, fouillé, compté et recompté l’équipage. Le nombre reste toujours le même : nous avons perdu 43 hommes en deux nuits. Et…

            Sillace se tut un instant.

            – Et quoi ?

            – Les hommes parlent de traversée du malheur… le ton monte.

         – Certes mais après tout c’est bien normal. N’oublions pas aussi que nous avons un passager de plus : le clandestin. Allons lui rendre visite.

            Les deux hommes, accompagnés de Loutail, descendirent à fond de cale. Celui-ci tenait une lanterne dont les verres étaient brisés. La flamme vacillait. De la proue à la poupe, le Royal-Louis avait été compartimenté et il regorgeait de victuailles. Quatre petites pièces étroites, sombres et humides étaient restées dégagées pour accueillir les matelots devenus rebelles à l’autorité après des mois de navigation éprouvante. Dans une de ces cellules, le clandestin attendait. Il était couché à même le bois froid quand il entendit des pas s’approcher ainsi que des voix. Il se redressa, s’assit et entoura ses jambes repliées de ses bras. Aucun gardien ne surveillait les lieux. Un cliquetis, une clé qui se glisse dans une serrure, une rotation de plusieurs crans et un filet de lumière qui pénètre le premier dans la geôle exiguë. Le clandestin, habitué à l’obscurité, leva son bras devant son visage pour ne pas être ébloui. Un broc d’eau en terre reposait à côté de lui et une assiette dans laquelle on devinait encore des restes de repas. Jim, toujours bienveillant, humaniste avant l’heure lui dit :

            – J’espère qu’on vous a bien traité, jeune marin.

            L’autre, le visage enfoui entre les genoux ne répondit rien.

            – Vous taire ne vous avancera pas. La traversée sera longue. Il va falloir tout nous dire et nous révéler le pourquoi de votre présence sur mon navire. On ne vous fera aucun mal. Vous serez bien traité si vous nous révélez votre identité. Qu’êtes-vous venu faire parmi les soldats de la garnison ?

            L’inconnu se taisait toujours. Sillace sollicita la permission d’intervenir.