Des histoires pour vous

SITE OFFICIEL D’AUDREY DEGAL

PIRE QUE LA MORT (2e partie et fin)

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Bonjour chères lectrices et chers lecteurs,

Vous avez attendu la publication de la fin de cette histoire et je vous comprends. Mais, comme je vous le disais dans ma précédente publication (il y a longtemps), le site hébergeur a totalement changé de configuration (ce qui est perturbant) et je trouve celle-ci complexe, moins intuitive. Aussi, il m’a fallu du temps pour me lancer, découvrir les nouveaux « boutons », la nouvelle façon de publier, les nouveaux paramètres et je tente aujourd’hui de faire paraître enfin la suite de cette histoire, sans trop savoir sous quelle forme elle sera publiée. Je vous remercie donc de votre compréhension et j’espère vivement qu’aucune erreur ne surgira au dernier moment.

Et puis, j’ai terminé mon 5e roman intitulé « PAROLES DE PIERRES ». Le Covid empoisonnant nos vies à tous est aussi venu mettre son grain de sel dans la sortie de ce roman car l’éditeur a des délais de traitement et d’expédition des romans supérieurs à ce qui se pratique d’ordinaire. Donc, ce livre qui aurait dû être disponible en décembre 2020, ne le sera que fin mars 2021. Il fera l’objet d’une publication sur ce site pour vous informer de sa disponibilité.

Résumé : un appartement sordide, un père de famille qui se lève pour partir travailler, abandonnant ses deux enfants qui dorment sous de vieilles et trop minces couvertures trouées tandis que le froid pénètre par les carreaux cassés. Tel est de décor de cette histoire. Aujourd’hui, ce sera jour de paye. Est-ce un rayon de soleil dans cette triste journée ? L’homme se réjouit déjà à l’idée de rentrer à la maison et de pouvoir enfin manger. La journée à l’usine s’achève, il a à peu près tenu la cadence imposée. Il est épuisé. Son chef lui fait signe de le suivre dans son bureau. Comment sortir de cette spirale infernale ? Surtout quand l’imprévisible s’invite sur votre chemin !

— Voici votre paye. C’est la dernière !

            Je le regarde, ahuri, hagard. J’ai peut-être mal entendu.

            — La dernière ?

            — Oui ! Votre retard ce matin et votre cadence trop faible… Cherchez un autre travail !

            Je prends la petite liasse qu’il me tend, aussi fine que du papier à cigarettes et je tourne les talons sans rien dire car je sais que c’est inutile. Un autre a déjà probablement pris ma place. Je vacille avant de me ressaisir. Je dois rentrer. Noémie et Léa m’attendent.

            Je prends le même métro, avec les mêmes fantômes battus par la vie. Je regarde les mêmes publicités qui affichent le bonheur à côté de la misère et de la crasse des couloirs. Je les vois pour la première fois comme une insulte à ma condition. Comment vais-je faire ? Comment m’en sortir ?

            Des flèches accrochées aux plafonds indiquent des directions mais je suis dans une impasse. Quand donc tout ceci s’arrêtera-t-il ? Quand est-ce que je cesserai de heurter les parois coupantes de ce puits sans fond dans lequel je tombe. Je quitte la rame, j’avance un peu mais soudain je m’immobilise, comme égaré et je demeure figé sur le quai. On me bouscule, je reste imperturbable. J’observe la voiture qui repart et le trou noir, béant qu’elle laisse derrière elle. J’ai envie de m’y jeter pour en finir ! Après tout ma vie ressemble étrangement à l’enfer, alors… Je fais un pas en avant. Une main m’arrête.

            — Qu’est-ce que tu fous mon gars ? Fais attention !

            Sans lui répondre, je m’éloigne et m’engouffre dans les escaliers. Je monte, je monte…pour déboucher dans la nuit, la pluie et le froid. Je ne sens ni mes mains, ni mes pieds, ni mes jambes et je tremble. J’ai tellement faim ! Je noue machinalement l’écharpe de maman autour de mon cou – elle me fait du bien – et, tête baissée, j’avance tel un automate sur le chemin de la maison.

            Au coin de l’avenue Kennedy, je marque un arrêt. Je viens d’entendre un bruit bizarre. Je comprends immédiatement que je me trouve là où je ne devrais pas être. J’entrevois un homme à terre, qui se tortille et supplie. Il brandit au-dessus de lui ses deux bras, comme pour se protéger de la silhouette menaçante qui le domine et lui assène de violents coups de pieds. Je voudrais m’interposer, je devrais m’interposer mais je m’abstiens. J’ai déjà tellement de problèmes ! Tout à coup, celui qui se tient debout sort une arme. Il vise l’autre et tire. La détonation claque, m’englobe, m’étourdit. Je reste inerte, pétrifié, les yeux exorbités comme s’ils voulaient quitter mon visage trop maigre.

            L’esprit de conservation me fait faire volte-face et je me mets à courir avec une obsession : fuir, oui fuir ! Mais combien de temps mes jambes me porteront-elles ? Je me sens déjà défaillir alors que le criminel me poursuit.

            Pêle-mêle et sans que je sache vraiment pourquoi, je repense à mes deux filles, aux rares joies de ma vie, à ma femme partie, à mon travail éreintant, à mon licenciement, à mon existence sans but, sans lendemain.

            Des passants me croisent, me frôlent parfois dans la plus totale indifférence et certains se moquent même de mon accoutrement. C’est vrai que je ne ressemble à rien, si ce n’est à une créature décharnée ficelée dans des vêtements de nécessiteux.

            Un boom jaillit derrière moi, net et lourd. Qu’est-ce que c’est ?

            Je jette un œil. Mon poursuivant est encore là, tenace, il lâche un juron mais ne renonce pas à sa poursuite. Il vient de perdre quelque chose. Son arme probablement.

            Je n’ai pas le temps de penser, pas de temps à perdre ni celui de réfléchir aux options. Quelles options d’ailleurs ? Alors je cours droit devant moi, au hasard. J’avance mécaniquement, je pose un pied devant l’autre. Soudain, la semelle d’une de mes chaussures qui menaçait de me lâcher ce matin m’abandonne et je sens la peau du dessous de mon pied gauche frotter sur les pavés gelés et rugueux. Mais je cours toujours. J’avale le dédale des ruelles qui se présentent et j’entends derrière moi ce marathonien meurtrier qui refuse d’abandonner et de m’oublier. Il me rattrape progressivement, il finira par me rattraper. Il est plus véloce que moi.

            Je n’en peux plus. Le souffle me manque et ma poitrine se serre, comme prise dans un étau, alors que j’ai l’impression d’étouffer. Je n’ai plus le choix.

            Je ralentis. Il ralentit.

            Je m’immobilise. Lui aussi.

            Je serre les lèvres. Il sourit.

            Pourquoi ?

            Un simple regard et je comprends. Je viens de pénétrer dans une impasse, une impasse qui ressemble à ma vie, à ce que je suis : une voie sans issue, un être humain sans perspective d’avenir !

            Je ne parviens pas à crier, à appeler à l’aide. Je m’étonne moi-même mais rapidement tout devient clair au milieu de cette obscurité ambiante : je ne le veux pas ! Je ne cherche pas à m’engouffrer dans un immeuble, à gravir les étages, à m’emparer d’un objet pour lutter, frapper. À quoi bon !

            Il approche, lentement, sûr de lui, sûr du dénouement de notre rencontre d’un soir.

            Je n’essaye pas de le raisonner. Je ne tente pas de le supplier. Je ne quémande pas sa pitié ou, comme les chevaliers vaincus lors des batailles moyenâgeuses, je n’implore pas sa merci.

            Je reste silencieux, résigné pourrait être le mot correspondant le mieux à mon étrange conduite. Mais non, il y a mieux ! Le terme le plus adapté à ma situation serait « soumis ». Oui ! Je suis soumis et subjugué par l’instant à venir, séduit par la perspective qui m’est enfin offerte ou du moins qui le sera dans peu de temps. Le temps, oui, encore une fois il s’agit de lui. Proie facile qui sait qu’elle ne doit pas lutter, je ne résiste pas. Je m’offre à mon prédateur comme si je tendais ma gorge aux incisives affamées d’un vampire.

            C’est à ce moment, très exactement, que j’ai croisé son regard noir dans lequel j’ai lu l’étonnement. Il pensait s’abreuver de ma mort, s’enorgueillir d’une nouvelle offrande sur l’autel où il couche ses victimes et, par mon attitude, je le prive de sa jouissance. Comment me direz-vous ? Eh bien, c’est très simple : en me soumettant, en consentant à mon propre meurtre ! Oui, la perspective de mourir m’est devenue douce : ne plus avoir à subir, ne plus souffrir, être définitivement libéré de toute cette fange putride dans laquelle je subsiste.

            En l’absence d’arme, cet homme à la stature robuste et imposante, qui me dépasse bien de deux têtes, improvise. Alors que je sens son haleine chaude sur mon visage, tant il est près, il saisit à pleines mains les deux pans de mon écharpe, l’écharpe de maman, et il tire longuement dessus pour m’étrangler.

            Mes filles qui seront plus heureuses sans moi, confiées à l’Assistance publique où elles auront chaud et des repas quotidiens puis ma mère sont mes ultimes pensées.

            — Maman ! dis-je avant de m’éteindre, avec cette saveur de bonbon sucré sur la langue comme à chaque fois que je prononçais ce mot universellement protecteur et magique.

            Tout va finir. Tout est fini. Tout est calme. Maintenant je peux enfin me reposer.

            Puis mes yeux se sont fermés.

*

            Quatre heures du matin.

Tels deux phares dans la nuit mes yeux s’ouvrent en grand sur l’obscurité d’une chambre sordide. Aucun réveille-matin ne m’a tiré de mon sommeil. Normal, il y a longtemps que je n’en ai plus !

La lumière agressive de l’éclairage public et celle des enseignes lumineuses des magasins qui clignotent pénètrent violemment dans mon appartement, sans invitation. J’ai l’habitude, c’est toujours comme ça !…

            Je croise par hasard mon image dans un miroir brisé accroché au mur et je me fais presque peur. Je crains d’affronter cette nouvelle journée, semblable à celle d’hier, semblable à celle que demain je vivrai à cette différence près : ce soir, c’est jour de paye. Je me surprends à espérer, pendant deux secondes seulement. Ce soir mes filles et moi pourrons peut-être manger !

            Quand je quitte l’appartement, j’enroule l’écharpe bleue de maman autour de mon cou. Elle est particulièrement douce, ne vaut pas grand-chose mais elle est à moi et j’y suis particulièrement attaché.

            Une fois dans la rue, je me dirige vers le métro où je sais que je vais croiser des fantômes qui, comme moi errent dans leur propre vie, tels des êtres condamnés à revivre éternellement cette même journée.

            Sur le trottoir, je repère un caillou. Je ne peux m’empêcher de donner un coup de pied dedans pour l’envoyer plus loin malgré mes chaussures abîmées qui risquent de ne pas apprécier mon geste ridicule et j’ai une curieuse impression : celle d’avoir déjà fait cela et même vécu cela. Et si l’enfer c’était cela, revivre sans cesse le pire !

            Mais j’y pense tout à coup, je ne me suis pas présenté : je m’appelle Sisyphe.

FIN

Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner gratuitement à ce site, laisser un commentaire, visiter ma chaîne YouTube (en tapant : AUDREY DEGAL), et commander mes romans chez votre libraire habituel ou sur internet (vous trouverez leurs titres et références dans l’onglet « MES ROMANS »

Prenez bien soin de vous pour vous protéger du Covid 19 et à très bientôt !

AUDREY DEGAL

Auteur : audreydegal

Romancière auteure de Thrillers, de romans policiers au suspense intense.

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