Des histoires pour vous

SITE OFFICIEL D’AUDREY DEGAL

PIRE QUE LA MORT !

2 Commentaires

Bonjour à toutes et à tous, 

Il y a bien longtemps que je n’ai pas posté de nouvelle histoire sur ce site. C’est chose faite avec « PIRE QUE LA MORT ! » à lire ci-dessous et à partager bien sûr. Actuellement je procède à des modifications sur le site dont les pages change d’aspect. Merci de votre compréhension et courage face à l’étrange période que nous traversons tous à cause de la COVID. Je vous espère en pleine santé, vous et vos proches. La lecture est un bon moyen de se divertir et de s’évader intellectuellement. 

Je remercie par ailleurs toutes celles et ceux qui ont acheté et lus mes précédents romans car avec la COVID, si les « auteurs médiatisés » ont affiché des bénéfices extraordinaires car avec le confinement les gens ont lu, il n’en est pas de même pour les « auteurs méconnus » (dont certains seront les best sellers de demain) dont je suis encore, pour lesquels les salons littéraires ont été TOUS annulés. Nos romans restent invisibles au public, privés de visuels et de publicités. Afin que nous ne « mourrions » pas (mort littéraire indirecte provoquée par la COVID) et pour que vous puissiez continuer à lire sur ce site et à favoriser l’écriture de nos romans, de mes romans, les « auteurs méconnus » et moi-même avons plus que jamais besoin que vous parliez de nous, que vous vous penchiez sur nous pour ne pas disparaître. En ce qui me concerne l’ascension était belle et prometteuse avant la COVID et mes lecteurs m’attendaient pour des dédicaces. Tout ceci s’est éteint brusquement.

Bonne lecture !

PIRE QUE LA MORT !

 

            Tels deux phares dans la nuit mes yeux s’ouvrent en grand sur l’obscurité d’une chambre sordide. Il est à peine quatre heures. Aucun réveille-matin ne m’a tiré de mon sommeil. Normal, il y a longtemps que je n’en ai plus !

La lumière agressive de l’éclairage public et celle des enseignes lumineuses des magasins qui clignotent pénètrent violemment dans mon appartement, sans invitation. J’ai l’habitude, c’est toujours comme ça ! Bien sûr le bruit est aussi de la fête à laquelle je suis invité malgré moi. Les murs vibrent et résonnent inlassablement sous les vibrations de la fabrique d’à côté qui n’arrête jamais sa production. Le métro aérien, confiné dans le couloir matérialisé par les immeubles insalubres du quartier, semble lancer un appel à l’aide strident chaque fois que les rames passent en hurlant sur leurs rails mal entretenus. Enfin la fumée des pots d’échappement des voitures et celle de l’usine située non loin étranglent ce tableau dans lequel je survis, tableau probablement surgi de l’imagination démoniaque d’un artiste qui aurait eu un aperçu de l’antichambre de l’enfer et qui aurait voulu fixer ce terrible endroit sur sa toile afin de ne jamais l’oublier. Pendant un instant je crois être le personnage de l’œuvre de Munch, « Le Cri », lorsque je plaque les deux mains sur mes oreilles. Précaution inutile car ce vacarme a déjà pris racine au plus profond de mon crâne.

Tout est hideux, c’est insupportable mais c’est bien ici que j’essaie de me frayer un espace pour tenter d’exister. C’est ici que chacun de mes jours est coincé entre hier et demain !

Je n’ai pas peur de réveiller ma femme en quittant l’amalgame de couvertures trouées qui fait office de matelas. Elle est partie, elle m’a quitté depuis deux ans déjà. Proche de moi – car l’unique pièce de mon logement est très petite – sur une paillasse posée à même le béton, deux fillettes dorment, blotties l’une contre l’autre pour lutter contre les griffes du froid. L’hiver n’hésite pas un instant et machiavélique, il s’insinue partout depuis qu’il a trouvé un allié : le carreau cassé de la dernière vitre non obturée. Il entre pour se glisser auprès de mes enfants, jusque dans leurs draps. Je les vois frissonner, impuissant, le cœur déchiré. J’ai le sentiment de les trahir même si je sais que ce n’est pas le cas !

Dans la pièce, un recoin tient lieu de cuisine. J’allume le réchaud à gaz et un instant après, j’avale une tasse de café vaguement chaud. Il n’a pas de goût. J’ai déjà réutilisé le même filtre dix fois. J’écarte les rebords d’un vieux paquet de biscottes. Vide ! Ce matin, je ne mangerai pas. Je pense à Noémie et Léa, encore réfugiées dans leurs rêves ou leurs cauchemars. Elles non plus ne déjeuneront pas.

Je chasse les idées trop noires qui m’assaillent de toutes part – enfin, j’essaye de le faire – ça ne m’aide pas mais aujourd’hui, c’est jour de paye. Je suis criblé de dettes, je n’ai pas payé mon loyer depuis huit mois et les huissiers ont déjà fait leur œuvre en ne nous laissant que le minimum légal, soit presque rien. Les quelques billets que j’attends avec impatience m’aideront peut-être à tenir encore un peu, le temps que ça s’arrange, le temps que je trouve une solution, le temps que ce cercle vicieux infernal cesse enfin, le temps que…

C’est pratique, j’ai dormi tout habillé. Je n’ai plus que mes chaussures à mettre. Leur semelle est en piteux état mais je ne possède pas d’autre paire. Je tire précautionneusement sur les lacets mais crac, l’un d’eux casse. Décidément !… Ma basket est condamnée à bâiller désormais. Je sors, je descends les escaliers sales de l’immeuble et la porte de l’allée se referme doucement derrière moi. Je marque un temps d’arrêt dans la rue où j’ai l’impression d’être grignoté par la morsure du froid. Sans blouson, sans gants, j’affronte l’air glacé et, comme pour me réconforter, je noue autour de mon cou mon écharpe, usée, perforée par les mites. Mais elle est à moi ! Ma mère me l’a tricotée il y a des années de cela, avant que ce maudit infarctus ne vienne la faucher pour l’emporter et nous séparer. Je n’ai pas eu le temps de lui dire que je l’aime, pas eu le temps de la serrer une dernière fois très fort dans mes bras. Le temps, encore lui !…

Dans le métro, sous l’effet d’un éclairage blafard, tout est gris, tout est noir, tout est monochrome et sale. Les affiches publicitaires vantent pourtant un monde parfumé, où l’on peut se rendre en vacances, une maison entièrement gérée par la domotique et protégée par une alarme sophistiquée. Où se trouve cette planète-là ? Il doit y avoir deux Terres : celle où j’existe et une autre, merveilleuse, que je ne connais pas, que je connaîtrai jamais.

            Serrés comme des rats de laboratoire dans une cage en fer trop étroite ou comme des animaux menés à l’abattoir vivants, les pauvres bougres à mes côtés sont ballotés dans la rame, comme moi. Leurs visages sont fatigués, éteints, ténébreux, leurs épaules voûtées sous le poids d’une existence misérable, trop lourde à supporter. Certains sont jeunes mais ils me paraissent vieux, aussi vieux que moi. J’ai trente-cinq ans mais j’en parais soixante. La cruauté de l’indigence est passée par là !

            Je descends à la station habituelle. Je n’ai pas croisé de contrôleur. Heureusement ! Je n’ai aucun abonnement, aucun ticket et payer la moindre amende serait impossible. Mais au diable tout ceci ! Que pourrait-on me prendre puisqu’il ne me reste plus grand-chose ?

            Quand j’arrive au travail, le chef m’accroche du regard. Un vrai dictateur ! Il pointe son index en direction de la grande horloge et de l’autre main il brandit un carton. J’ai trente secondes de retard, trente petites secondes ! Mais il va me retenir une heure. J’ai envie de lui sauter à la gorge et de la serrer très fort puis de le frapper, de le frapper encore et encore, d’autant qu’il semble se réjouir de cette situation. La nuit, je rêve parfois que je lui écrase la tête contre un mur et qu’elle éclate. Ensuite je savoure ce moment où il ne peut plus rien dire et je me réveille. Ce n’est qu’un parasite, un nuisible dont personne n’a besoin. Pourtant il est là, fier dans son costume étriqué. Je le hais et tous ici le haïssent.

            Je m’installe rapidement à mon poste. La cadence de production est affichée. Elle a encore augmenté. Je dois ajuster quarante-sept pièces électroniques dans quarante-sept coques de téléphone en une heure. Hier c’était quarante-quatre et avant-hier quarante-deux. Quel inconscient est à l’origine de ce rythme infernal ? Sa vitesse s’impose à tous désormais ! Le rendement, toujours le rendement. Qu’est-ce que ce sera demain et qu’arrivera-t-il si je n’y arrive plus ? Cette perspective me glace instantanément d’autant que les crevasses qui ont envahi l’extrémité de mes doigts m’empêchent d’attraper les objets trop petits qui affluent sur le tapis roulant. Ils m’échappent parfois. Ma production s’affiche et clignote en rouge : Quarante-deux. Le chef me regarde, fronce les sourcils et croise les bras. Il faut que j’accélère !

            Quand arrive l’heure de déjeuner – dix minutes en fait – je ne m’arrête pas. Je dois rattraper mon retard et puis de toute façon je n’ai rien à me mettre sous la dent, comme beaucoup autour de moi d’ailleurs. Alors je me concentre et je travaille. Debout depuis des heures, mes jambes sont engourdies, je ne les sens plus et mon dos me fait abominablement souffrir. Je dois tenir, ne pas m’effondrer. Je visualise les billets que j’aurai ce soir comme un naufragé à qui on a jeté une corde et qui s’y accroche désespérément. J’achèterai du pain avec du jambon pour mes filles et un sachet de soupe à faire chauffer aussi. Je salive à cette idée, ma langue se promène sur mes lèvres sèches fendues tandis que mon ventre crie famine.

            Une sonnerie stridente fend l’air et tout s’arrête net. Dehors il doit faire nuit noire même si je n’ai pas vu le temps passer. Le temps, encore lui ! Il s’impose à moi, sans cesse. Je m’écroule au sol, épuisé, vidé, anéanti. La journée est terminée, j’ai enfin droit à ce répit ! Enfin, c’est ce que je crois, mais non ! Le chef me fait signe de le suivre, ce que je fais. Je me redresse et, la tête basse, je lui emboîte le pas comme un chien docile.

La suite de cette histoire prochainement sur ce site. Si vous êtes abonné (s’abonner est gratuit) vous serez informé dès sa publication. Pour information, mon prochain roman intitulé « PAROLES DE PIERRES » sort d’ici fin 2020. Je vous tiendrai informés dès sa parution.

Merci de votre fidélité.

AUDREY DEGAL

Auteur : audreydegal

Romancière auteure de Thrillers, de romans policiers au suspense intense.

2 réflexions sur “PIRE QUE LA MORT !

  1. Bonjour ma chère auteure , C’est avec un grand plaisir que je vais partager cette nouvelle lecture , en attendant la sortie du prochain roman ! ( Paroles de Pierres ) . Je suis déjà impatiente de lire votre nouveau livre . Il est vrai que nous devons soutenir les auteurs inconnus en cette période de la COVID19 ; Maintenant soyons attentifs le virus circule partout , ,, et , mon virus à moi c’est une bonne lecture ! !!! surtout avec vous Audrey Degal . Bien à vous et prenez soin de vous ….A bientôt , MO

    • Merci très chère Monique, toujours au rendez-vous de chacune de mes publications. J’apprécie le partage auprès des membres de votre communauté et vous avez raison, il faut rester prudent avec la Covid qui repart un peu partout. Prenez soin de vous et bonnes lectures. Audrey Degal.

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