Des histoires pour vous

La lecture nous permet de voyager, alors bon voyage

L’ENVERS DU DECOR, Fin

4 Commentaires

L’Envers du décor, 4ème partie

wp-1476647969861.gif

Résumé de l’épisode précédent : Marie Rose a tenté de fuir de chez elle, s’y sentant menacée. Le verdict médical est tombé, qu’elle refuse d’admettre. Tout lui paraît vrai et l’étranger qui lui paraissait hostile au début ne l’est plus vraiment. On lui rapporte le petit carnet perdu lorsqu’elle a heurté le mur de plein fouet. Sigi n’y voit que des pages blanches. Quand Marie Rose le prend, il est rempli de pages d’écritures. De plus, un autre inconnu lui est apparu qui lui dit de retenir absolument un nom : docteur Beffroi.

*

              Les jours qui suivirent auraient pu être difficiles à vivre pour Marie Rose. Pourtant, il en fut tout autrement.

            Estimant qu’elle était dangereuse pour elle-même parce qu’elle fuguait, le docteur Calyste avait signé un ordre d’internement immédiat. Aussi se retrouva-t-elle recluse dans une pièce de huit mètres carrés, triste et blanche dans laquelle aucune distraction ne lui était proposée. Fréquemment, le neurologue venait la voir et par moments, il la faisait mener dans son bureau où il la questionnait, essayant de mesurer l’efficacité de ses prescriptions médicamenteuses sur elle.

            – Marie Rose, je vous appelle Marie Rose désormais car nous serons amenés à nous voir souvent. Dites-moi, pouvez-vous m »expliquer où nous sommes, qui je suis, et ce que vous voyez autour de vous ?

            Le médecin patientait mais Marie Rose se taisait.

            – Ne lui réponds pas, lui avait suggéré l’intrus et tous les autres qui l’avait accompagnée. Il ne doit rien savoir. Il ne te croirait pas, il ne sait pas, il n’est pas initié…

            – Marie Rose, répondez-moi s’il vous plaît. Si vous restez muette vous allez vous sentir bien seule. Je suis là pour vous aider.

            Elle le regardait, elle regardait les autres qui entraient, sortaient par toutes ces portes, qui allaient venaient, lui parlaient, l’encourageaient. Finalement les bavardages du neurologue l’agaçaient. Une infirmière qu’il avait fait appeler s’approcha d’elle. Elle frotta le pli de son coude avec un coton en disant :

            – C’est un peu froid, je suis désolée.

            Mais Marie Rose sourit. Elle n’avait strictement rien ressenti, pas plus que lorsque l’aiguille pénétra dans la veine afin que le produit prescrit par le médecin se diffusât dans tout son corps. Son corps, justement, il ne la faisait plus souffrir. L’arthrose et l’ostéoporose qui torturaient ses hanches et ses vertèbres s’étaient évaporées. Et puis, il y avait tout autour d’elle tous ces nouveaux amis qui la rassuraient.

            – Dire que j’ai cru que vous étiez un étranger qui voulait me nuire, se surprit-elle à déclarer à l’intrus qui lui caressait la main pour l’encourager.

            – Vous dites ? fit le neurologue enfin heureux de l’entendre s’exprimer. Je suis ravi de vous entendre dire que vous ne me considérez pas comme un étranger.

            À cette réflexion, Marie Rose se mit à rire et avec elle ses compagnons tandis que le médecin, persuadé d’être seul avec sa patiente restait sérieux et pragmatique.

            – Ah, très bien, vous riez. Mon traitement fait donc effet et vous aide à voir la vie en rose. Parfait, se satisfit-il. Marie Rose, dites-moi. Voyez-vous toujours ces portes dans les murs ?

            – Docteur Beffroi, répondit-elle.

            – Non, vous vous trompez. Rappelez-vous ! Je suis le docteur Calyste et vous êtes déjà venu me consulter en présence de Sigi, votre mari. Sigi, vous vous souvenez de lui. Répétez après-moi : comment se nomme votre mari ?

            – Docteur Beffroi !

        – Pas du tout Marie Rose. Bon. Je crois que vous êtes fatiguée. On va vous reconduire dans votre chambre où vous pourrez vous reposer.

            Le médecin appela une infirmière qui, avec la plus grande douceur, guida Marie Rose vers la pièce qui lui était dédiée.

             – Je prends votre main, madame et ensemble, nous allons regagner votre belle chambre.

             – Oui, répondit la malade, et mes amis peuvent-ils m’accompagner ?

             – Je ne vois pas les amis dont vous parlez mais s’ils viennent bien entendu qu’ils pourront entrer.

            – Et mon chien aussi il peut me suivre ?

           – Ah les chiens sont interdits dans les hôpitaux mais quand vous rentrerez chez vous, vous le verrez.

         – Qu’est-ce que vous racontez ? Les chiens ne sont pas interdits. Il était avec moi tout à l’heure. Viens Tambour, viens mon toutou !

         Et l’animal faisait des bonds aux côtés de sa maîtresse dont il frôlait les mollets.

      – C’est curieux, remarqua le neurologue en voyant les deux femmes s’éloigner. Elle refuse de ma parler mais elle dialogue avec l’infirmière. Il va falloir approfondir cela. Il y a peut-être un lien avec un traumatisme du passé, un médecin brusque qui l’aurait bloquée…

            Le lendemain, et les jours suivants, le docteur Calyste n’eut pas plus de succès car Marie Rose bien qu’heureuse en apparence, refusait de lui répondre. Elle répétait sans cesse le même nom : docteur Beffroi. Elle le réclamait inlassablement. L’équipe médicale dut se rendre à l’évidence : jamais elle ne leur parlerait. Marie Rose était dans son monde, lequel requérait la présence de ce géronto-psychiatre extrêmement connu mais dont les travaux étaient décriés. 

            – Mais, docteur Calyste, où et à quel moment votre patiente a-t-elle entendu parler de ce docteur Beffroi ? interrogea, lors d’une réunion, le chef de clinique qui s’était penché sur la cas.

            – Je n’en ai aucune idée. La famille m’assure que personne parmi eux ne le connaissait pas, pas plus que Marie Rose. Je ne me l’explique pas !

            – Ce qui est sûr c’est qu’elle refuse de vous parler et que nous ne progressons pas depuis qu’elle a été admise ici. Nous piétinons lamentablement sur ce point. Rectification : vous piétinez docteur Calyste, depuis trois semaines vous piétinez.

            – Quelqu’un a-t-il une autre idée ? se défaussa le neurologue accusé. Je suis preneur car n’importe quel médecin serait aussi démuni que je le suis face à cette situation.

               Personne ne répondit.

            – Elle réclame le docteur Beffroi. Qu’elle le voie ! coupa le chef. Après tout, nous aurons tout tenté. Et s’il arrive quoi que ce soit, nous pourrons nous en laver les mains puisque la patiente sera entre les siennes.

            La suggestion fut acceptée à l’unanimité et autour de la grande table de spécialistes, de nombreuses portes apparurent dans les murs et s’ouvrirent. Beaucoup d’individus, parmi lesquels l’intrus, applaudirent. Ils se réjouissaient.

            Quand l’infirmière vint voir Marie Rose pour évoquer son transfert, cette dernière la devança et lui dit :

            – Enfin ! Ce n’est pas trop tôt. Depuis le temps que je vous répète qu’il me faut voir le docteur Beffroi…C’est moi qui suis soi-disant malade mais vous avez mis du temps à comprendre. Encore une nuit à végéter ici et à moi la belle vie. Quand est-ce que le rendez-vous est prévu ? Quand est-ce que je pars ? Ma valise, vite !

            L’infirmière ne sut que rétorquer. Comment était-il possible que Marie Rose fût informée d’une décision qui venait à peine d’être entérinée ? C’était impossible ! Le personnel de garde cette nuit-là entendit Marie Rose chanter et danser. Au matin, la malade était fatiguée mais ravie. En quittant sa chambre, elle levait les pieds pour ne pas écraser les serpentins, les ballons, les verres abandonnés au sol, restes de convives qui avaient fêté, comme cela se devait, un transfert tant espéré ! Les ambulanciers qui la prirent en charge s’amusaient de la voir ainsi procéder, enjambant le vide. Lorsqu’ils voulurent claquer la portière du véhicule à l’intérieur duquel Marie Rose venait d’être installée, elle exigea qu’ils prissent garde à ne pas coincer la queue du chien qui arrivait au grand galop et s’apprêtait à sauter à l’intérieur de la voiture pour la rejoindre.

            – Elle est bien dérangée celle-là ! remarqua irrespectueusement l’un des deux intervenants. L’intrus qui rôdait toujours dans l’entourage de Marie Rose ne put se retenir et lui fit un croche-pied au moment où l’homme montait. Il vint s’encastrer douloureusement le menton dans le volant en maugréant car il s’était blessé. L’intrus s’installa ensuite auprès de Marie Rose.

            – Dire que j’ai cru que tu me voulais du mal, lui dit celle-ci alors que le véhicule démarrait.

            – Du mal ? C’est un mot que j’ai connu mais que j’ai de plus en plus de difficulté à cerner tant le mal je ne sais plus ce que c’est et bientôt tu seras comme moi, comme nous tous : libérée.

            Et l’ambulance, après une heure trente de route, parvint dans un parc somptueux où se trouvait l’unité psychiatrique du docteur Beffroi. Des patients se promenaient dans ce havre de verdure où des fleurs, par milliers, embaumaient l’air.

            – On se croirait chez Circée, lança Marie Rose. C’est magnifique, ensorcelant, envoûtant… c’est parfait !

            Le médecin, ne la reçut que le lendemain en dépit de la hâte qu’elle avait de le rencontrer. Lorsqu’elle le vit, elle lui sauta au cou et écrasa ses lèvres sur ses joues pour le remercier.

             – Docteur Beffroi, je suis si heureuse de vous rencontrer.

            – Je sais Marie Rose. Votre étranger m’a beaucoup parlé de vous.

            – Ah oui et qu’a-t-il dit ?

            – Bien des choses et notamment que vous êtes un sujet très réceptif, animé par des passions, par l’envie d’aider… Vous avez eu une vie bien remplie !

            – Ma foi, c’est vrai, rougit-elle.

            – Venons-en au concret. Je pense que vous avez bien compris  que vous n’êtes pas vraiment malade !

            – Oui, docteur même si à un moment j’ai sérieusement douté. Mais pourquoi étais-je la seule à voir l’intrus, à lui parler, à discuter avec les autres, avec ma mère, avec mon chien…?  Comme c’est bon de les retrouver ! Et pourquoi dites-vous « pas vraiment malade » ?

            – Que de questions ! Je dois vous expliquer : vous souffrez effectivement de la maladie d’Alzeihmer.

            – Mais c’est affreux ce que vous m’annoncez ! se plaignit-elle visiblement contrariée par cette révélation.

            – Non, rassurez-vous ce n’est pas affreux, c’est merveilleux car vous parvenez désormais à voir ce qui demeure inaccessible à ceux qui ne sont pas atteints par cette maladie.

            – Pouvez-vous être plus précis docteur ?

            -Certains de mes confrères me prennent pour un fou parce qu’un jour, auprès d’une patiente j’ai tout compris. Il faut que je vous raconte. Cette dame était particulièrement perturbée en raison de cette maladie mais elle avait une particularité non négligeable : elle était télépathe. Un jour, lors d’une consultation et sans que je puisse l’expliquer, elle est – comment dire – entrée dans ma tête et je me suis retrouvé inséré dans son univers et j’ai vu. Oui, j’ai vu que ce qu’elle décrivait était réel ! Ses hallucinations n’en étaient pas, ses pertes de mémoires s’expliquaient par une vie parallèle. Cette maladie est un don, celui de percevoir une nouvelle dimension dont l’accès est inaccessible aux autres. En fait, elle vous permet d’accéder à un monde fermé. Les objets se déplacent ? Normal, puisque ceux de cet univers les utilisent et qu’ils adorent faire sentir leur présence. Ils se présentent chez vous alors que vous ne savez qui ils sont et pourquoi ils sont chez vous ? Quoi de plus naturel : ils veulent en savoir davantage sur vous pour mieux vous accueillir lorsque vous passerez parmi eux. Ils font déjà partie de votre nouvel espace-temps. Vous vivez à la fois dans le monde d’avant et ailleurs, ce qui est complexe et explique la difficulté à comprendre, à s’orienter… Des portes s’ouvrent dans les murs alors que vous ne les voyiez pas avant et les  étrangers, qui sont vos amis maintenant, les franchissent pour vous rencontrer et nouer ce lien qui vous permettra de vous sentir bien et d’être heureuse avec eux. Chacun a son « intrus » privilégié, comme vous l’appelez ! Il s’agit d’un volontaire qui s’immisce dans votre vie au moment opportun pour mieux vous cerner afin d’établir un dialogue . Ceux que vous avez aimés, connus, appréciés, arrivent ensuite et renouent avec vous ce contact dont ils ont été privés pendant des années. Il y a – oh c’est difficile à expliquer – des sortes de passerelles qu’ils peuvent franchir à leur gré comme vous feriez une balade. Ce monde n’est que bonheur, amour, joie… C’est un monde parfait et ceux qui ne le connaissent pas croient, hélas pour eux, que c’est la folie qui s’est abattue et qu’elle détruit ce que l’individu a été. Leur vision de cette maladie est complètement fausse et ils n’en savent rien car ils ne perçoivent pas cette dimension. Pour eux, elle n’existe pas. Nous, nous voyons les deux et c’est déroutant. Aussi, quand vous voyez les patients atteints par cette maladie errer dans des couloirs, palper des murs, ou dialoguer seuls c’est qu’une partie d’eux-mêmes est déjà passée dans l’autre dimension et qu’ils délaissent progressivement la vie dans laquelle ils ont existé jusque-là. N’ayez aucun regret Marie Rose ! Vous rêviez du paradis ? Il est à votre portée.

            Marie Rose l’écoutait, émerveillée, ébahie.

            – Donc je ne suis pas folle !

            – Vous ne l’êtes pas et ne le serez jamais. Ce sont les autres qui sont aveugles et sourds, privés, bien malgré eux, de cet Eden qui vous est réservé pour une raison que j’ignore encore. Eux vivent dans l’envers du décor. Le véritable décor, vous allez y accéder.

            – Mais comment passer complètement de l’autre côté ? Je ne veux plus rester ici !

            – Il me faut vous parler de Sigi auquel vous allez devoir renoncer du moins temporairement. Ne soyez pas triste même si lui risque de l’être.

            – Je ne parviens plus à suivre votre raisonnement docteur.

            – Lorsque vous serez passée, Sigi continuera à venir vous voir dans sa réalité mais il ne verra de vous qu’une enveloppe charnelle vide puisque vous serez ailleurs ! Oh, il restera quelques bribes de ce que vous avez été dans ce corps, il restera de l’amour aussi et votre enveloppe continuera à se mouvoir, à manger mais ce ne sera qu’une apparence de vous car vous serez déjà autre part et cela Sigi ne le saura pas. Pas tout de suite du moins ! Comprenez que le monde est inversé. 

            – Je ne peux pas le lui dire ? Je ne veux pas qu’il pleure. Il sera si seul !

            – Vous l’attendrez quelque part, prête à l’accueillir s’il se met un jour à voir des intrus dans sa propre maison. De toute façon tout le monde regagne un jour cette nouvelle dimension. Vous le reverrez ! En attendant, si votre décision est prise, il faut vous en aller. Votre enveloppe a besoin de s’assoupir, de s’apaiser et vous qui avez été patiente, vous avez amplement mérité votre autre vie où vous rejoindrez ceux que vous avez aimés et vos nouveaux amis.

            – Vais-je mourir ?

            Le docteur éclata de rire.

      – Absolument pas et lorsque vous franchirez l’une de ces portes, termina-t-il alors qu’il les désignait, n’hésitez pas à venir me raconter en quoi consiste votre nouvelle vie car tous me disent qu’ils ont enfin le bonheur à portée.

        Il se leva, quitta Marie Rose, la vit s’éloigner et pour la première fois franchir une porte et rejoindre ceux qui l’attendaient. Le petit carnet dont elle n’avait plus besoin resta sur le bureau du médecin. Il s’effaça puis disparut pour rejoindre quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne comprenait pas encore pourquoi tout ce qu’il avait connu était différent, un autre malade.

*

      – Mourir ! se murmura le docteur. Elle est bien bonne celle-là. Moi, j’aimerais bien y aller ! J’ai 35 ans… je vais devoir patienter.

*

En hommage à ma maman.

Que mon écriture lui permette d’accéder au nirvana que le bouddhisme lui inspirait !

En hommage aussi à tous les malades qui sont injustement touchés.

Que mon histoire soit vraie !

*

Mon histoire est touchante n’est-ce pas  et pourtant vous n’êtes pas encore inscrit à mon site ! Vite réparez cela sinon comment voulez-vous qu’un auteur existe et continue à écrire ! Et puis pensez à mes livres encore plus captivants que cette histoire-là. Franchissez le pas en vous les procurant dans une librairie ou grâce à ces liens : 

DESTINATION ETRANGES est disponible ici http://www.decitre.fr/livres/destinations-etranges-9782322034383.htmlen livre papier mais vous le trouverez aussi chez Amazon  en format kindle à 5,49 euros.

LE LIEN est disponible en  cliquant ICI (Decitre, livre papier) ou chez Amazon, fnac…  en format kindle à 5,49 euros.

Merci et à bientôt pour de nouvelles histoires. 

Audrey Degal

 

 

Publicités

Auteur : audreydegal

Romancière auteure de Thrillers, des intrigues à ne pas ne croire vos yeux !

4 réflexions sur “L’ENVERS DU DECOR, Fin

  1. c’est merveilleux

  2. Une bien belle fin, dont le regard a été porté sur le douceur plutôt que l’angoisse!!! Oui se serait merveilleux cet version là…
    Des bisoussssssssssssss ma Belle et merci pour ce beau roman 😉

Vous souhaitez laisser un commentaire, n'hésitez pas, je vous répondrai avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s