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L’ENVERS DU DECOR, 2ème partie

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L’Envers du décor, 2ème partie

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Résumé de l’épisode précédent : Marie Rose voit une étranger fouiller dans ses affaires, chez elle mais elle est la seule à le voir. Elle n’ose pas le dire mais le fait finalement. L’étranger entre et sort de chez elle mais elle ne peut expliquer comment.  Un jour il lui parle et lui dit qu’elle doit partir, quitter sa maison. Marie Rose est terrifiée. 

            Marie Rose perdait l’appétit et sa tension, déjà trop haute, était montée en flèche. Un rendez-vous fut pris chez le médecin de famille qui s’inquiéta de la trouver à ce point refermée sur elle-même. Sigi, qui n’avait jamais rencontré l’étranger, lui semblait lui aussi suspect et, en dépit des anxiolytiques qu’elle avalait, elle était de plus en plus convaincue que quelque chose se tramait, qu’on voulait se débarrasser d’elle.

            – Et si, son mari et l’étranger étaient de connivence pour la chasser de chez elle, songeait-elle. Après tout, comment expliquer qu’elle soit la seule à entendre l’intrus, la seule à le voir ?… Après toutes ces années de mariage, se pouvait-il que son propre époux, se mît à comploter pour se débarrasser d’elle ? Certes, le couple ne possédait pas grand-chose à part la maison mais certains éliminent les gêneurs pour bien moins ! L’argent rend fou !

            – On va prendre un nouveau rendez-vous chez un autre médecin si tu veux, disait Sigi pour la rassurer, voyant qu’elle se méfiait de lui.

            – Je ne sais que vous prescrire pour vous soulager, affirmait le praticien. Je crois que vous êtes très fatiguée. Il faut vous reposer.

            – Peut-être faudrait-il m’entendre, m’écouter et prendre en considération ce que j’affirme. Je vous dis depuis longtemps déjà qu’il y a quelqu’un qui a envahi ma maison, quelqu’un qui me veut du mal et qui a probablement des complices. C’est logique et cela explique que tout ce qui m’entoure disparaît ou bouge étrangement. J’ai raison docteur, j’ai raison !

            – Je vais vous envoyer consulter un confrère qui sera plus à même de vous aider. Mais les rendez-vous sont difficiles à obtenir car il est très sollicité.

            Deux mois plus tard, Marie Rose rencontrait le neurologue qui lui avait été recommandé. Il lui demanda d’évoquer sa vie, son passé, le présent, il procéda à des tests et une heure après, le verdict tomba, aussi tranchant qu’un couperet.

            – Marie Rose. Je peux vous appeler Marie Rose ?

            – Faites docteur !

            – Marie Rose, vous souffrez d’une affection dont nous allons nous occuper afin de vous soulager au plus vite. Celle-ci altère votre jugement, votre perception de l’espace, du temps et des personnes mais nous allons y remédier. Il y a des solutions.

            – Et en clair docteur, qu’est-ce que cela veut dire ?

            – Eh bien, votre cerveau, voyez-vous, est privé d’une substance chimique nécessaire à son bon fonctionnement. Ceci n’a rien d’étonnant et c’est dû à l’âge. Donc pas d’inquiétude ! Aussi, je vais vous donner un traitement qui permettra de compenser le manque et tout rentrera dans l’ordre même s’il faut du temps. Nous nous reverrons dans deux mois pour faire un nouveau point mais je suis optimiste. Cependant, s’il y a un changement notable, n’hésitez pas à m’en faire part monsieur.

            – Monsieur ? Pourquoi vous adressez-vous à mon mari comme si je n’étais pas là, comme si j’étais incapable de vous comprendre ? Docteur, avec tout le respect que je vous dois, je tiens malgré tout à vous demander si vous ne vous fichez pas de moi. J’ai bien compris vos insinuations et j’aimerais que vous me parliez, à moi, et que vous me parliez franchement au lieu de tourner autour du pot. Clairement, de quoi est-ce que je souffre, quelle est cette maladie dont vous redoutez de prononcer le nom ?

            – Les noms, les noms… À quoi bon les prononcer. Ils ne sont pas importants et ce qui compte à l’heure actuelle c’est de vous soigner.

            – Et moi je veux, j’ai besoin de mettre un nom sur cette maladie même si je n’ai ni le sentiment ni la sensation d’être malade.

            – Réfléchissez madame et prenons à témoin monsieur. Voyons, vous perdez des objets. Vrai ou faux ?

            – Vrai mais…

            – Écoutez-moi  et ne m’interrompez pas s’il vous plaît ! Poursuivons : vous croyez que quelqu’un, un étranger, vit dans votre maison, à vos côtés !

            – Oui, répondit-elle agacée par ces questions qui masquaient des aspects importants à souligner.

            – Vous pensez que l’on en veut à votre vie, vous vous sentez menacée !

            – Oui, et c’est le cas ! affirma-t-elle avec beaucoup d’assurance.

            – Eh bien voilà, il n’y a pas à tergiverser. Toutes vos réponses vont dans le même sens et confirment mon diagnostic sans doute possible.

            – Et vous oubliez docteur, ajouta Sigi, qu’elle se perd chez elle. Elle veut aller dans la cuisine et je la retrouve à la cave en train de chercher de quoi cuisiner. Lorsqu’elle va se coucher, elle monte et elle tourne dans la salle de bains sans trouver la porte et elle se demande où est passé son lit. Ah aussi, quand elle…

            – Bon ça va, s’énerva Marie Rose. Si vous croyez que c’est drôle de s’entendre dire tout cela et d’être ainsi la risée…

            – Nous ne nous moquons pas madame. Nous essayons de vous montrer que vous êtes dans l’erreur et que nous sommes dans le vrai. Vous êtes bien malade contrairement à ce que vous pensez.

            – Alors là c’est un peu trop facile. Tout le monde autour de moi a raison et j’ai tort. Je suis la seule à avoir tort. Vous ne trouvez pas cela étrange et vous ne voyez pas le complot qui pourrait se cacher derrière  ! Si je suis vraiment menacée et que vous ne faites rien, comprenez quelles en seront les conséquences docteur !

            – Calmez-vous madame. Ayez confiance, je suis là pour vous aider et je pourrais même vous présenter des personnes qui vivent exactement le même scénario que vous. Vous n’êtes pas un cas unique vous savez !

            – Ah, vous voyez, je ne suis pas la seule, vous l’admettez vous-même. Cela signifie que je ne me fais pas des idées et que c’est bien la réalité. D’autres sont aussi menacés, je suis menacée… mais faites quelque chose ! Il y a quelque chose qui cloche. Et qui sont ces personnes, où sont-elles ? Je veux les rencontrer.

            – Soit, puisque vous le demandez,  il s’agit de personnes atteintes de la maladie d’Alzeihmer. Et toutes ont à peu de choses près les mêmes symptômes que vous.

            Il observa sa patiente afin de réagir au plus vite à une réaction émotionnelle qu’il voulait anticiper. Celle-ci n’eut pas lieu.

            – La maladie d’Alzheimer dites-vous !

            – Exactement !

            – Et donc ce que je perçois n’existe parfois que dans mes pensées.

            – Parfois, effectivement. À d’autres moments, vous recollez à la réalité.

            – Et l’homme qui s’est installé chez moi n’existe pas, pas plus que la porte qui apparaît dans le mur et qui explique comment il apparaît et disparaît !

            – Je crains que ce soit effectivement dû à la maladie. Votre cerveau fabrique des situations que vous seule voyez car elles n’existent pas. C’est la raison pour laquelle Sigi ne voit jamais l’intrus dont vous parlez ou ces portes dans les murs !

            – Et vous ne trouvez pas, docteur, ironisa-t-elle, que lorsque je vous tiens ces propos et que je vous présente mes déductions, ceux-ci sont plutôt cohérents, issus d’une longue réflexion et vous sont présentés de façon plausible, preuve que vous vous fourvoyez probablement en me présentant votre diagnostic.

            – Il est vrai que vous vous exprimez de façon pertinente et que vous argumentez convenablement mais…

            – Mais rien docteur. Je vous dis et j’affirme que tout ce que je vous ai décrit existe bien et que je ne suis pas malade. C’est vous qui ne voyez pas la réalité. Bon, trêve de plaisanterie, partons.

            – Votre réaction est elle aussi normale. Tous les malades réagissent comme vous venez de le faire à l’instant car tous, comme vous, sont persuadés qu’ils sont dans le vrai. Mais, madame, croyez le spécialiste que je suis et que vous êtes venu consulter. Vous êtes malade et ce que j’affirme est vrai. Cependant, je peux vous aider. Acceptez mon aide et le traitement que je vais vous donner.

            Marie Rose croisa fermement les bras, baissa la tête et prit un air renfrogné. Il y avait une certaine logique dans ce que lui présentait le médecin mais elle trouvait que ce qu’elle affirmait n’était pas saugrenu. Elle demeurait intimement convaincue que tout ce qu’elle voyait d’étrange existait. Elle réfléchit un long moment sans parler puis elle ajouta :

            – Coupons la poire en deux, docteur ! Je suis certaine que ce que vous prenez pour des hallucinations est vrai mais j’admets parallèlement qu’il est insolite que je sois la seule à percevoir cela. Par conséquent, j’accepte de suivre un traitement à la condition que celui-ci ne soit pas trop lourd. Cela me semble… Ah !… hurla-t-elle soudain en se relevant d’un coup propulsant bruyamment la chaise sur laquelle elle était assise au sol.

            – Madame, que vous arrive-t-il, s’enquit le médecin qui s’était aussi levé.

            Tremblante, Marie Rose pointait son doigt vers l’angle de la porte et elle chuchota :

            – Il est là, il m’a suivie.

            Sigi et le neurologue se regardèrent. Un accord tacite se lisait sur leurs visages.

            – Qui est là ?

            – Lui, l’intrus, assura-t-elle sans parvenir à détourner ses yeux de l’endroit qu’elle leur avait désigné.

            – Je suis désolé madame mais il n’y a personne. Calmez-vous, vous n’êtes pas seuls, nous sommes auprès de vous.

            Puis s’installa devant son ordinateur et commença à rédiger sa prescription.

            Dans le cabinet, Sigi suivait les recommandations du médecin qui commentait ce qu’il écrivait. Marie Rose ne lâchait pas d’un œil celui qui, l’air nonchalant, la défiait. Il agitait un petit calepin qu’il ouvrait par moments et sur lequel il écrivait.

            – Je n’en ai pas fini avec toi et tu ne me fais plus peur. Je sais que je dois t’affronter, dit-elle.

            Le médecin et l’époux l’écoutaient divaguer, ne prêtant pas plus que cela d’intérêt à ses paroles. L’intrus se déplaça dans la pièce, fit un petit signe de la main, une porte se concrétisa dans le mur alors qu’elle n’existait pas auparavant, il la franchit et disparut. Marie Rose se précipita dans sa direction.

            – Non, ne pars pas. Je ne suis pas folle ! Tu es la seule preuve que j’ai. Reste, reste ! Je t’ordonne de rester.

            Les deux hommes se hâtèrent pour la retenir mais il était déjà trop tard. Marie Rose heurta violemment le mur avant de s’évanouir en disant :

            – La porte s’est refermée !

            Le médecin lui prodigua les premiers soins mais il fallut appeler une ambulance et procéder à des examens plus poussés tant le choc avait été violent. On installa Marie Rose dans une coque matelassée afin de la transporter. Sigi s’installa dans l’ambulance à ses côtés et celle-ci partit toutes sirènes hurlantes.
Le neurologue regarda le véhicule s’éloigner puis il regagna son bureau quelque peu embarrassé par cet incident. D’autres patient l’attendaient et cet accident lui avait fait prendre du retard. Il appela :

            – Monsieur Dujardin s’il vous plaît !

            Un homme se leva et suivit le spécialiste dans son cabinet.

             – Asseyez-vous je vous prie monsieur Dujardin.

             Comme l’homme prenait place il se mit à lui parler :

             – C’est terrible ce qui est arrivé à la dame !

             – Oui, elle a heurté ce mur de plein fouet !

         – Oh, regardez docteur, fit le patient en observant le mur qui portait encore la marque d’un choc dans le plâtre, elle a dû faire tomber un petit carnet !

           Le médecin se retourna, regarda l’objet, se leva et le prit. Il le feuilleta rapidement et, alors qu’il s’apprêtait à l’examiner, il ne put voir qu’un bref instant les pages pourtant écrites. Quelques secondes plus tard l’encre s’était effacée.

La suite très bientôt. Partagez avec vos amis ! 

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Auteur : audreydegal

Romancière auteure de Thrillers, des intrigues à ne pas ne croire vos yeux !

4 réflexions sur “L’ENVERS DU DECOR, 2ème partie

  1. c’est merveilleux

  2. Intriguée!!! je suis intriguée je le reste, très haletant dis moi, vivement la suite, merci ma Belle bisous 😉

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